Le Qatar et l’islam englobant



De l’ouvrage Qatar Papers, signé par Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les lecteurs ont surtout retenu l’importance financière des projets développés par l’émirat gazier en Europe via l’ONG Qatar Charity. Et accessoirement le salaire de 35.000 euros versé chaque mois à Tariq Ramadan par Qatar Foundation, créée par la cheikha Moza, la mère de Tamim ben Hamad Al Thani, 38 ans, l’émir du Qatar depuis 2013.

Par Ian Hamel

Toutefois, la nouveauté est ailleurs. Contrairement aux autres pays du Golfe, et notamment à l’Arabie saoudite, l’ambition du Qatar ne se limite plus à des lieux de culte. Il entend proposer, comme à Mulhouse, à côté de la mosquée, des écoles, un centre commercial, un sauna, une piscine, un salon de coiffure, et même une morgue. Pour les Frères musulmans, il ne s’agit plus de restreindre leur emprise à l’heure de la prière mais bien de prendre en compte l’individu musulman vivant en Europe depuis la naissance jusqu’à la mort. A l’intérieur même de l’Occident impie, ils imaginent la création de sortes de bulles où les minorités musulmanes pourront conforter leur identité musulmane, et réduiront au strict minimum leurs contacts avec les “kouffars“.
Dans le Jura suisse, à La Chaux-de-Fonds, à côté du Musée des civilisations de l’islam, créé en 2016 grâce aux dons de Qatar Charity, l’émirat avait déjà acheté un terrain pour un million de francs suisses (900 000 euros) et envisageait d’investir 20 millions d’euros dans un vaste projet immobilier. Les appartements seraient loués à des musulmans afin de pérenniser l’investissement. L’objectif final étant que ces petites communautés musulmanes, vivant pratiquement en autarcie, puissent à l’avenir s’autofinancer, sans l’aide des subsides venant du Golfe. Mais la publication du livre Qatar Papers a finalement fait reculer l’ONG qatarie, qui renonce à son plus important projet en Suisse.
Si l’Institut du monde arabe avait été implanté à Vesoul, il aurait eu beaucoup de mal à faire le plein de visiteurs. Il en est de même du Musée des civilisations de l’islam à La Chaux-de-Fonds. Mais apparemment le Qatar a tenu à récompenser un vrai soldat de la Confrérie. D’origine algérienne, naturalisée suisse, Nadia Karmous ose monter au créneau chaque fois qu’il faut défendre l’islam radical, quitte parfois à se ridiculiser. Elle a ainsi traité les femmes, qui osaient dénoncer la vie sexuelle débridée de Tariq Ramadan, de « frustrées ». Ajoutant que Ramadan méritait le prix Nobel de la Paix…