Comment mesurer le nombre de Frères musulmans en France, alors même qu’il est interdit aux membres de cette confrérie islamiste de s’en réclamer publiquement ? Au nom du principe de la taqiyya (duplicité), les membres actifs des organisations fréristes ont pour injonction de mentir s’ils sont interrogés sur leur appartenance à la Confrérie. Un sondage qui se contenterait de les questionnerait directement à ce propos ne serait pas d’une grande pertinence. Raison pour laquelle, en mettant à contribution des chercheurs spécialistes des Frères musulmans, nous avons aussi élaboré sept indicateurs, constituant des ‘‘marqueurs’’ spécifiques de l’idéologie frériste, qui nous permettent de sonder le nombre des Frères musulmans – sans poser la question directe de l’appartenance à la Confrérie –, établissant ainsi un ‘‘Indice de l’implantation des Frères musulmans en France’’.
Comme la confrérie des Frères musulmans cultive le secret et la ‘‘taqiyya’’, il est très complexe d’en cerner les contours nébuleux. Ainsi, même si 23 % des Musulmans de France déclarent ouvertement leur sympathie frériste, ils ne représentent que la partie visible de l’iceberg : il s’agit des ‘‘sympathisants externes’’ qui peuvent s’exprimer librement, contrairement à ceux qui sont formellement structurés au sein de la Confrérie qui sont, quant à eux, tenus au secret et ne peuvent s’en réclamer publiquement. Car, en prêtant serment, ils s’engagent à garder secrète leur appartenance frériste.
Fasciné par la franc-maçonnerie, qu’il a fréquentée dans sa jeunesse à Ismaïlia – aux abords de la rive ouest du canal de Suez, en Égypte -, le fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna (1906-1949), a conçu la Confrérie comme une ‘‘société secrète’’ dont les membres doivent dissimuler leur appartenance. Lors de leur prestation d’allégeance, ils s’engagent à garder le secret de leur affiliation à la Confrérie et ont pour injonction de mentir s’ils sont interrogés à ce propos, au nom du principe de taqiyya (duplicité), destiné à faire de cette appartenance un secret bien gardé.
Cela s’applique non seulement au ‘‘noyau dur’’, constitué des Frères ‘‘opérationnels’’ (en arabe : ‘Amil), mais aussi aux ‘‘sympathisants actifs’’ sensibilisés par la Confrérie, qui n’ont pas le statut de ‘Amil, mais celui, intermédiaire, de Mouhib (littéralement : ‘‘amoureux’’ [de la confrérie]).
Raison pour laquelle il est illusoire de vouloir cerner les contours de la mouvance frériste sur la base d’un sondage reposant uniquement sur les déclarations spontanées de ceux qui reconnaissent ouvertement être des sympathisants des Frères musulmans.
Pour pallier cette difficulté, nous avons adopté une double démarche. Avec l’IFOP, nous avons élaboré :
1. Un questionnaire direct, destiné à sonder ceux qui revendiquent ouvertement leurs sympathies fréristes, que nous appelons les ‘‘sympathisants externes’’ ;
2. Un questionnaire indirect, sous la forme d’un ‘‘Indice de l’implantation secrète du frérisme’’, destiné à cerner les deux cercles secrets du frérisme : celui des Mouhib (‘‘sympathisants actifs’’) et celui des ’Amil (‘‘membres opérationnels’’).
I- Méthodologie :
Cet ‘‘indice de l’implantation secrète des Frères musulmans en France’’ se comporte de sept indicateurs basés sur des questions qui portent sur des caractéristiques spécifiques de l’idéologie frériste. Avec un objectif double :
1- Distinguer les membres actifs des Frères musulmans des autres Musulmans ultraconservateurs, qui partagent certaines idées ou visions fréristes (qui ont largement infusé au sein des sociétés/communautés musulmanes) sans, pour autant, être des membres actifs formellement structurés par la Confrérie ;
2- Différencier les adeptes du frérisme de ceux des cinq autres mouvances islamistes : salafisme, wahhabisme, tabligh, takfir et djihadisme. Celles-ci partagent avec les Frères musulmans le socle commun du fondamentalisme islamiste, mais s’en distinguent par leurs modus operandis (violents ou pacifistes), leurs références idéologiques (radicales ou modérées) et leurs structures organisationnelles (secrètes ou ostensibles, légalistes ou subversives) …
Ces indicateurs ont été établis sous la direction de :
– Atmane Tazaghart, directeur de la rédaction d’Écran de Veille – auteur de plusieurs ouvrages sur l’islamisme, parmi lesquels ‘‘La menace Mondiale des Frères musulmans’’ (GWA, 2022), ‘‘AQMI, Enquête sur les héritiers de Ben Laden au Maghreb et en Europe’’ (Jean Picollec éditeur, 2011) ; et
– Martine Gozlan, rédactrice en chef d’Écran de Veille – auteure de plusieurs ouvrages sur l’islamisme, parmi lesquels « Pour comprendre l’intégrisme islamiste » (Albin Michel 2002), ‘‘L’islam et la République’’ (Belfond, 1994).
D’autres chercheurs spécialistes des Frères musulmans ont été associés à l’élaboration et la validation de ces indicateurs.
CERCLE A: Musulmans conservateurs ‘‘sympathisants externes’’ du frérisme
Pour appartenir au CERCLE A, il faut choisir simultanément les réponses surlignées en vert aux trois questions suivantes:
Indicateur n°1: Laquelle des deux affirmations suivantes se rapproche le plus de votre opinion ?
– La religion est une croyance personnelle qui relève de la foi et doit se limiter à la vie spirituelle et la pratique du culte
– L’islam est à la fois une religion et un système normatif et juridique qui doit encadrer tous les aspects de la vie de tous les musulmans, que ce soit familiale, sociale, économique et politique

GWA
Indicateur n°2 :Etes-vous plutôt d’accord ou plutôt pas d’accord avec l’affirmation suivante:
« Les sociétés occidentales souffrent d’un vide spirituel et d’une impasse morale qui ne peuvent être guéris que par l’adoption des valeurs morales et spirituelles de l’islam » ?
– Plutôt d’accord
– Plutôt pas d’accord

D.R
Indicateur n°3 : Etes-vous plutôt d’accord ou plutôt pas d’accord avec l’affirmation suivante:
« Pour mieux faire accepter les règles islamiques par la société française, les musulmans de France doivent s’engager politiquement au sein d’associations islamiques ou en soutenant les partis, candidats ou listes de candidats défendant les valeurs de l’islam » ?
– Plutôt d’accord
– Plutôt pas d’accord

GWA
L’indicateur n°1 fait référence au concept frériste de « l’islam global » ]Islam Choumouli] qui considère que la religion islamique ne doit pas être envisagée comme une simple croyance se limitant à la foi et à la vie spirituelle personnelle, mais doit aussi constituer un cadre normatif global qui encadre le musulman dans tous les aspects (familiaux, sociaux, économiques et politiques) de sa vie, de la naissance à la mort.
L’indicateur n°2 fait référence au projet frériste qui vise à établir un « règne global de l’islam sur terre » [at-Tamkin fil-Ardh], avec pour argument d’apporter « une réponse civilisationnelle pour sauver l’humanité du vide spirituel et des crises morales contemporaines ».
L’indicateur n°3 fait référence à la stratégie frériste dite de ‘‘l’islam politique’’ ]Islam Siyassi[ qui consiste à faire avancer les concepts et les lois islamiques, sans recourir à la violence, par le militantisme et l’engagement politique, associatif et électoral axé sur la religion et l’appartenance communautariste.
Le cercle A est le spectre le plus large du frérisme composé des Musulmans ultraconservateurs touchés par l’infusion grandissante des idées fréristes au sein des sociétés et/ou communautés musulmanes, sans être, pour autant, structurés au sein de la Confrérie. On peut ainsi y trouver des musulmans qui ne sont pas forcément pratiquants, mais qui pensent que l’islam est à la fois une religion et un système de gouvernance, ou affirment que les valeurs de l’islam sont le seul remède à la décadence morale de l’Occident.
– Il ne s’agit pas d’islamistes endoctrinés, mais de Musulmans sociétalement ultra-conservateurs, qui peuvent être pratiquants ou non.
– Ils ne sont pas structurés au sein de la Confrérie, mais adhèrent à son discours communautariste, ce qui les amène à fréquenter les mosquées et les centres cultuels fréristes (s’ils sont pratiquants) ou à prendre part aux activités associatives ou caritatives fréristes (même s’ils ne sont pas pratiquants).
CERCLE B: Islamistes adeptes du frérisme ‘‘sympathisants actifs’’ de la confrérie
Pour appartenir au CERCLE B, il faut:
– Appartenir au CERCLE A; et
– Se reconnaître dans la vision de l’islam d’au moins une des personnalités fréristes surlignées en vert à la question suivante:
Indicateur n°4 : Personnellement, vous reconnaissez-vous dans la vision de l’islam des personnalités musulmanes suivantes ?
Oui, plutôt / Non, plutôt pas / (Vous ne la connaissez pas suffisamment pour vous exprimer)
– Cheikh Rifa’a al-Tahtawi (Égypte, 1801-1873)
– Cheikh Mohamed Abduh (Égypte, 1849-1905)
– Docteur Taha Hussein (Égypte, 1889 -1973)
– Président Habib Bourguiba (Tunisie, 1903-2000)
– Cheikh Hassan el-Banna (Égypte, 1906-1949)
– Cheikh Youssef al-Qaradawi (Égypte-Qatar, 1926-2022)
– Président Mohamed Morsi (Égypte,1951-2019)
– Docteur Tariq Ramadan (Suisse, 1962- aujourd’hui)

GWA
L’indicateur n°4 fait référence au père fondateur des Frères musulmans (Hassan el-Banna) et aux principales figures du frérisme contemporain (Youssef al-Qaradawi [théologien de référence du frérisme mondial], Mohamed Morsi [néo symbole du martyr frériste dans le monde arabe], Tareq Ramadan [Figure la plus populaire du frérisme européen].
Le cercle B est le deuxième cercle (moins large que le premier), qui constitue l’antichambre du ‘‘noyau dur’’ frériste. On y trouve des islamistes convaincus, sympathisants de l’idéologie des Frères musulmans, qui considèrent les figures du frérisme comme les penseurs de référence de l’islam contemporain, mais la confrérie ne les admettra comme « membres opérationnels » [A’mil] que si leurs profils représentent un intérêt particulier.
– Ces ‘‘sympathisants actifs’’ ne sont pas structurés au sein des cellules secrètes que la Confrérie désigne comme des ‘‘familles’’ [Oussar], mais gravitent autour de ses ‘‘cercles de prédications’’ [Halaqat al-Da’wa] fréristes. Dans un schéma identique au statut de ‘‘sympathisant’’ dans les partis marxistes-léninistes.
– Ils sont acquis à la cause frériste et participent à ses activités publiques, mais la Confrérie ne les a pas (ou pas encore) admis comme ‘‘membres opérationnels’’ [A’mil] ;
– Ce sont des ‘‘muscles’’ que la Confrérie utilise pour donner de l’ampleur à ses activités publiques et propager sa pensée, mais ne deviendront des ‘‘cerveaux’’ admis au sein des structures secrètes de la Confrérie, appelées ‘‘Oussar’’ [‘‘Familles’’], que si les recruteurs de la Confrérie décèlent dans leurs profils un don ou une faculté qu’ils jugent utiles pour faire avancer la cause frériste.
CERCLE C: Noyau dur des ‘‘membres opérationnels’’ de la confrérie
Pour appartenir au CERCLE C, il faut:
– Appartenir au CERCLE B; et
– Choisir simultanément les réponses surlignées en vert aux trois questions suivantes:
Indicateur n°5 : Etes-vous plutôt d’accord ou plutôt pas d’accord avec l’affirmation suivante?
« La loi islamique (Charia) a une vocation universelle à s’appliquer partout dans le monde ».
– Plutôt d’accord
– Plutôt pas d’accord

GWA
[l’indicateur n°6 est posé seulement aux Musulmans qui pensent que la loi islamique à une vocation universelle]
Indicateur n°6 : Laquelle des deux affirmations suivantes se rapproche le plus de votre opinion…?
– La loi islamique doit s’appliquer par la force et la contrainte
– La loi islamique doit s’établir graduellement, à travers la prédication, l’éducation et la sensibilisation, jusqu’à ce qu’elle soit majoritairement acceptée par la société

GWA
Indicateur n°7 : Laquelle des deux affirmations suivantes se rapproche le plus de votre opinion…?
– La démocratie est un concept occidental incompatible avec les principes de l’islam
– La démocratie peut être adoptée pour les sociétés et/ou communautés musulmanes, à condition de l’adapter au contexte et aux principes de l’islam, comme la « choura » (consultation des gouvernés par les gouverneurs)

GWA
Les indicateurs n°5 et 6 font référence à la « stratégie de graduation » et au concept frériste du « Tamkin » [établir un règne global de l’islam sur terre], qui comporte trois phases (prédication → endoctrinement → prise de pouvoir) dans le cheminement vers l’application globale de la charia.
L’indicateur n° 7 fait référence au concept frériste de « démocratie fonctionnelle » [dimocratiya wadhifiya], qui consiste à accepter les règles du jeu démocratique (partis politiques, élections, gouvernements issus de la majorité…), en les instrumentalisant pour accéder au pouvoir, tout en rejetant la pensée libérale qui constitue les fondements de la démocratie (respect des minorités, séparation des pouvoirs, alternance politique, libertés d’expression et de conscience…), sous prétexte de la « nécessaire adaptation de la démocrate au contexte islamique et aux principes et valeurs de l’islam » [Ta’sil al-Dimocratiya].
Le cercle C est le cercle le plus restreint qui constitue le noyau dur de la confrérie. Ce sont à la fois des islamistes endoctrinés et des fréristes formellement structurés au sein de la confrérie. Tenus par le secret, ils pratiquent la « Taqqiya » [duplicité] et ne reconnaissent jamais spontanément leur appartenance à la confrérie.
– Fréristes purs et durs, ils constituent les ‘‘cerveaux’’ du cercle le plus restreint de la Confrérie autour duquel s’articulent les deux autres cercles fréristes composés de sympathisants (externes ou actifs), qu’ils utilisent comme de simples ‘‘muscles’’.
– Ce sont des islamistes fanatisés, adeptes d’une application de la charia à l’échelle universelle. Mais, contrairement aux djihadistes ou aux Takfiris, ils ne cherchent pas à faire avancer leur cause par la violence, mais graduellement, à travers les trois phases théorisées par le père fondateur des Frères musulmans (prédication → endoctrinement → prise de pouvoir). Leur but ultime est l’établissement d’un État islamique (califat) mondial. Raison pour laquelle on peut qualifier leur stratégie de ‘‘djihadisme à bas bruit’’.
– La ‘‘quête de respectabilité’’ est la pierre angulaire de leur action politique. Pour se donner des apparences de modération, ils se présentent comme des ‘‘démocrates islamiques’’ – référence abusive aux ‘‘démocrates chrétiens’’. Mais, ils ne perçoivent la démocratie que comme moyen fonctionnel pouvant les amener au pouvoir : ‘‘La démocratie est comme un bus dans lequel on monte. Une fois arrivé à destination, on en descend !’’, selon la célèbre formule du président frériste turc, Recep Tayyip Erdogan.
II- Analyse des résultats :

GWA
Cercle A : Les ‘‘sympathisants externes’’
Pour ce cercle, les deux méthodes (questionnaire direct / indice d’implantation secrète) ne se recoupent pas : le nombre de sympathisants externes qui déclarent spontanément leur proximité avec la mouvance ou la pensée des Frères musulmans – quand on les interroge précisément à ce propos (questionnaire direct) – représente 23 à 24 % des Musulmans de France, soit entre 874 000 et 912 000 personnes. Par contre, lorsqu’on les sonde – au moyen du questionnaire indirect – sur leur adhésion réelle à l’idéologie des Frères musulmans, aux figures et aux concepts fondateurs de la pensée de cette confrérie islamiste, ils ne sont que 9,7 %, soit 193 800 personnes.

GWA
Cet écart qui s’explique par le fait qu’il s’agit, pour la catégorie la plus large – sondée au moyen du ‘‘questionnaire direct’’ – de personnes exprimant une sympathie spontanée pour le frérisme, sans pour autant être en contact opérationnel avec la Confrérie. Dans leur écrasante majorité, elles ne sont pas de véritables adeptes de la pensée frériste, car elles ne connaissent pas/ne lisent les principales figures de cette pensée. Et pour le surplus, seul la moitié d’entre elles (13% des Musulmans de France âgés de de plus de 15 ans, soit 494 000 personnes) se disent sympathisants de l’association ‘‘Musulmans de France’’ (ex-UOIF) qui est, pourtant, la filiale hexagonale des Frères musulmans !

GWA
Cependant ces personnes éprouvent de la sympathie pour Confrérie du fait de sa ‘‘stratégie de victimisation’’, qui consiste à présenter toute critique ou attaque à l’encontre du frérisme comme de l’islamophobie hostile à l’islam et à l’ensemble des Musulmans. Ainsi, il n’est pas fortuit que la branche française des Frères musulmans ait choisi, à dessein, l’appellation ‘‘Musulmans de France’’ : de ce fait, toute critique à son encontre ou restriction de ses activités sont perçus comme des des démarches hostiles à l’ensemble des Musulmans de France.
Quant aux sympathisants sondés au moyen du ‘‘questionnaire indirect’’ – qui permet de déceler l’appartenance réelle au frérisme, même quand elle est dissimulée –, ils constituent une sous catégorie plus restreinte qui ne comporte que les ‘‘sympathisants externes’’ réellement impactés par la pensée frériste, qui en sont de véritables adeptes. Et c’est cette sous catégorie de sympathisants convaincus qui constitue l’antichambre du 2ème cercle du frérisme, autrement dit le terreaux idéologique au sein du quel sont recrutés les ‘‘sympathisants actifs’’ de la Confrérie appelés ‘’Mouhib’’.
Cercle B : Les ‘‘sympathisants actifs’’ (Mouhib)
Les ‘‘sympathisants actifs’’ [Mouhib, en arabe] représentent 2,4 % des Musulmans de France, soit 91200 personnes. Bien qu’ils ne soient pas admis au sein des cellules secrètes [Oussar, en arabe] de la Confrérie, ils constituent la plus grande partie des effectifs qui participent à l’encadrement des activités publiques de la Confrérie et à la propagation de ses idées et sa littérature.

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Cercle C : Le noyau dur des ‘‘membres opérationnels’’
Le noyau dur des ‘‘membres opérationnels’’ [A’mil, en arabe] représentent 2,2 % des Musulmans de France âgés de 15 et plus, soit environ 83 600 personnes. Ce nombre est bien plus élevé que les estimations des services de renseignement français, qui indiquent 500 à 600 membres du noyau dur de la Confrérie, comme l’indique le ‘‘Rapport sur l’islamisme politique et les Frères musulmans’’.
Cet écart s’explique par le strict cloisonnement des cellules ou ‘‘familles’’ ]Oussar, en arabe] secrètes de la Confrérie. Ainsi, ceux qui sont repérés et identifiés comme membres du noyau dur frériste ne constituent, en réalité, que la partie visible de l’iceberg : il s’agit de ceux qui occupent des postes à responsabilité au sein d’organisations, associations, mosquées ou centres culturels affiliés aux Frères musulmans. Les fonctions qu’ils occupent font de leur appartenance frériste un secret de polichinelle, que les services de renseignement et les médias enquêtant sur la mouvance frériste n’ont aucune difficulté à percer.
En revanche, les composantes et activités des cellules (‘‘familles’’) qui structurent la Confrérie demeurent secrètes : elles constituent la partie immergée de l’iceberg, dont les membres n’ont aucune fonction officielle et n’apparaissent jamais dans les activités ou structures publiques de l’organisation. C’est à elles qu’incombe la plus grande part du travail souterrain de prédication, d’islamisation et d’endoctrinement fréristes.














