Dans le secret de la nouvelle stratégie française du renseignement



Identifier les enjeux les plus cruciaux du renseignement français et proposer un nouveau mode de fonctionnement et de coordination des efforts de la communauté du renseignement français est au cœur de la stratégie nationale du renseignement élaborée  cet été par la Coordination Nationale du Renseignement et de la Lutte contre le Terrorisme.

Cette nouvelle stratégie préconise une refonte des modes opératoires des Services pour faire face aux nouveaux défis concernant la protection des informations relevant des domaines stratégiques (politique, économique, scientifique et technologique) », l’aide des services de l’État à la prise de décision, ainsi que l’entrave de toute menace. Pour cela, « le partage, la mutualisation, et l’intégration sont devenus des enjeux essentiels » pour de la coordination des efforts de la communauté française du renseignement.

Menaces et Priorités : 

À l’ère des menaces terroristes, de la montée des radicalités et de l’instabilité qui pèse sur la scène internationale, la France se dote d’une nouvelle stratégie de renseignement. Une feuille de route élaborée, à l’instigation de l’Elysée, par la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Elle définit une stratégie globale pour l’action des services français dits « de premier cercle », concernés par les questions de la sécurité et de la défense.

Ce document prévoit d’importants changements dans le mode d’exercice des fonctions des différents Services (DGSE, DGSI, DRM, DRSD, DNRED et TRACFIN) et redéfinie leurs priorités afin de participer d’avantage à l’interception et à l’analyse des informations nécessaires pour assurer « la prévention des atteintes aux intérêts de la Nation, de protéger les personnes, les biens et les institutions et de défendre et promouvoir les intérêts de la France ».

Les enjeux prioritaires du renseignement français sont multiples tant à l’intérieur du territoire national qu’à l’étranger. Mais les menaces terroristes constituent, incontestablement, le premier défi auquel les Services font face.

En effet, depuis 5 ans, la France fait face à une vague sans précédent d’actes terroristes. La neutralisation préventive des risques d’attentats se révèle ainsi « au cœur de la doctrine française de lutte contre le terrorisme ». Malgré leur défaite militaire, les mouvements Djihadistes, au Levant comme au Sahel, continuent à exercer une menace pesante pour les intérêts français à l’étranger mais aussi en Hexagone. Et au « danger organisé » s’ajoute le passage à l’acte d’individus au passé trouble « inspirés » par la propagande djihadiste sur les réseaux sociaux. La nouvelle stratégie du Renseignement met l’accent sur le fait que l’anticipation de cette « déviance radicale » s’avère nécessaire dans des secteurs sensibles comme les prisons, les associations culturelles et cultuelles et sur internet.

Dans un contexte social tendu, les services de renseignement doivent prêter l’oreille également aux glissements des mouvements d’ultra-droite vers la violence, qu’il faut traiter avec la même vigilance que les menaces djihadistes. Par ailleurs, La Stratégie considère que la montée des mouvements contestataires à l’échelle nationale (infiltrés par des groupuscules insurrectionnels internationaux, comme les black-blocks) et les crises d’ordre public que cela provoque doivent pousser les Services à adopter une approche de proximité, afin de s’informer de la vie locale. Une connaissance nécessaire pour la bonne compréhension des mouvements traversant la société et la prévention de tout ce qui peut constituer un trouble à l’ordre public.

Défis internationaux :

Les relations internationales ont une place privilégiée dans cette nouvelle Stratégie. D’abord, il y a les relations entre États et l’importance d’analyser les transformations des pays partenaires de la France, afin d’anticiper les risques de « ruptures majeures » pouvant nuire aux intérêts français.

La Stratégie considère que, même si la république française n’est pas dans une logique conflictuelle avec les autres nations, elle se doit de se doter d’un « niveau avancé en matière d’information dans le domaine militaire ». Une vigilance que lui dicte « la résurgence de politiques de puissance militaire de la part de nombreux États » ainsi que « l’émergence de menaces « hybrides » qui imposent que nous entretenions une capacité autonome d’évaluation des arsenaux et capacités des autres États ».

Toujours dans le domaine militaire, la Stratégie insiste sur le fait que la France, en sa qualité de membre permanent du conseil de sécurité à l’ONU, se doit de contribuer à contrer la prolifération des armes et déceler les pays qui cherchent à se doter clandestinement d’armes de destruction massive.

Cependant, la Stratégie souligne que s’opposer aux menaces Étatiques ne se limite pas uniquement au domaine militaire. L’action des Services « recouvre aussi le terrorisme d’État qui peut survenir sur le territoire français » et aussi « les « menaces transversales » recouvrant les questions de l’ingérence étrangère dans le processus démocratique et les collusions qui peuvent nuire à la République ». Ainsi, le contre-espionnage français se dotera de nouveaux moyens dans l’optique de « l’adaptation constante des capacités des Services et une meilleure diffusion du Renseignement vers les entités chargées de la protection et de l’entrave. »

Internet est devenu l’espace de prédilection de certaines de ces pratiques d’ingérence, qui constituent une menace la démocratie, qu’elles soient de provenances étatiques ou issues du crime organisé. La Stratégie insiste sur la nécessité de mettre en place une politique de renseignement basée sur la lutte contre la propagation des « maliciels » (logiciels nuisibles), des messages de haine et de la cybercriminalité.

Intelligence économique :

La Stratégie considère que la défense et la promotion des intérêts économiques français doivent demeurer parmi les priorités de la communauté du renseignement. Les nouveaux défis relevant de l’intelligence économique exigent de « repérer et empêcher toute menace sérieuse, potentielle ou avérée, systémique ou ponctuelle, susceptible d’affecter les intérêts économiques, industriels et scientifiques de la Nation, en particulier les actifs stratégiques ».  La Stratégie souligne la contribution importante rôle que doivent apporter les Services, pour « identifier les menaces et accompagner les politiques de l’État en la matière ainsi que les acteurs économiques français dans leur expansion internationale ».

 

Encadré :

 La Coordination Nationale du Renseignement et de la Lutte contre le Terrorisme

 

La Coordination Nationale du Renseignement et de la Lutte contre le Terrorisme (CNRLT) a vu le jour en 2008. Elle s’occupe de l’élaboration de la stratégie et du conseil du chef de l’État dans les domaines du renseignement. Pierre de Bousquet de Florian, l’actuel coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, a aussi pour charge de garantir la bonne coopération entre les services et la cohésion de leur action.

La nouvelle stratégie du renseignement, que nous présentons ici, vient compléter une première version élaborée en 2014. Elle a fait l’objet d’un examen interministériel et d’une validation par le Président de la République au sein du Conseil National du Renseignement. Elle sera déclinée en partie dans un texte de loi relatif au renseignement qui sera présenté  devant le parlement, au courant de l’année 2020.

Notons que le Conseil National du Renseignement, au sein duquel cette nouvelle stratégie a été débattue, se consacre aux questions de défense et de sécurité. Il conçoit les politiques et les stratégies dans le domaine du renseignement et définit les ressources techniques et humaines nécessaires pour l’application de ces stratégies. Il est présidé par le Président de la République et y siège le premier ministre ainsi que les ministres et les directeurs des services de renseignements concernés.