C’est une première dans l’histoire récente du royaume scandinave : la ministre suédoise de l’Éducation et de l’Intégration, Simona Mohamsson, vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête gouvernementale sur ce qu’elle décrit comme « l’infiltration islamiste de la société suédoise ». Au cœur de cette investigation : le réseau des Frères musulmans, accusé d’exercer une influence croissante sur certaines institutions et formations politiques locales.
Cette décision marque un virage politique majeur. Longtemps, la Suède a fait de la tolérance son étendard et de la neutralité son credo. Mais l’heure n’est plus à la naïveté : face aux signes d’un islam politique qui s’enracine dans les quartiers, les écoles et les associations, Stockholm semble décidée à tourner la page du « multiculturalisme angélique ».
« L’islam politique s’est implanté dans plusieurs zones, contrôle désormais des écoles, des quartiers entiers, et même une partie du système social. Ce phénomène s’immisce aussi dans certains partis politiques. C’est inacceptable et il faut y mettre un terme. », confie Mohamsson, membre du Parti libéral. Et la ministre de préciser : « Le danger ne vient pas de l’islam en tant que foi, mais de ces courants islamistes qui utilisent la religion pour miner les fondements mêmes de notre démocratie. »
Dans un entretien accordé au quotidien Expressen, elle introduit un concept inédit : l’“islam bleu et jaune”, référence aux couleurs du drapeau national. Elle y voit les musulmans intégrés, « ceux qui célèbrent l’Aïd et Noël, qui vivent leur foi dans le cadre démocratique suédois ». Des citoyens à part entière qui, selon elle, « sont aujourd’hui pris en otage par les réseaux islamistes, qui cherchent à isoler les communautés musulmanes derrière une frontière culturelle et religieuse étanche ».
Mohamsson promet une riposte sévère. Les tenants de l’islam politique, dit-elle, « veulent créer des sociétés parallèles, empêcher les musulmans suédois de vivre normalement ». Et de trancher : « L’islamisme ne veut pas de constitutions, mais la charia ; il ne veut pas d’intégration, mais la séparation. Il veut que les hommes contrôlent les femmes, et veut décider de qui a le droit d’aimer qui ». Tout en précisant : « Nous ne combattons pas l’islam, mais les islamistes qui le détournent pour subvertir notre société. »
À ceux qui redoutent une récupération par l’extrême droite, la ministre répond sans détour : « Ce ne sont pas les musulmans le problème, c’est notre laxisme passé. Nous avons trop longtemps laissé ces extrémistes se présenter comme les porte-parole de tous les musulmans. Il est temps d’y mettre fin. »
L’onde de choc du rapport français
Cette initiative suédoise s’inscrit dans le sillage du rapport français publié en mai dernier, qui mettait à nu l’étendue de l’implantation des Frères musulmans en Europe. Ce document, largement commenté, a provoqué des remous dans plusieurs capitales européennes. Et Stockholm se devait de réagir, car la Suède y est décrite comme l’un des principaux centres de gravité des réseaux fréristes en Europe, en raison de trois facteurs : le financement qatari ; la bienveillance institutionnelle à l’égard des associations islamistes sous couvert de multiculturalisme ; et les connexions entre certaines associations islamistes et des formations politiques, comme le Parti social-démocrate.
Les Frères suédois
Officiellement, le gouvernement suédois dit vouloir « cartographier le degré d’influence » des milieux islamistes. Mais pour beaucoup, le mal est déjà fait. Des années de tolérance ont permis à des réseaux d’associations et d’écoles privées de prospérer dans un entre-deux légal où la religion se substitue peu à peu à la règle républicaine. Certaines de ces structures fonctionnent désormais selon des normes confessionnelles, en contradiction avec les principes civiques du royaume scandinave.
Dans le viseur : la Ligue islamique de Suède, souvent décrite comme la branche locale des Frères musulmans. Elle nie tout lien organique avec la confrérie islamiste, à l’instar de tous les tentacules européens du frérisme qui usent de la stratégie de dénégation (Taqiyya) pour se prémunir des poursuites. Mais pour les autorités suédoises, le doute n’est plus permis : l’agenda de la Ligue épouse trop fidèlement celui de l’islam politique européen, notamment sur le terrain du financement et de l’influence communautaire.
Mohamsson dénonce la complaisance politique de certains élus à l’égard de cette mouvance. Elle cite l’exemple des sociaux-démocrates de Göteborg, qui ont mis à disposition des salles de prière pour des groupes qu’elle qualifie d’« islamistes », déplorant « une décision contre-productive, qui nuit davantage aux musulmans intégrés qu’elle ne les aide. » Et de conclure que « L’islamisme n’est pas qu’une idéologie violente ; c’est aussi une stratégie méthodique, un usage calculé des outils démocratiques pour miner la démocratie de l’intérieur. »
La fin de la neutralité suédoise ?
La presse suédoise salue cette prise de conscience tardive mais nécessaire. Beaucoup d’éditorialistes partagent désormais la conviction que la menace ne vient pas seulement du radicalisme armé, mais aussi des réseaux qui avancent sous le masque du “civisme associatif” pour peser sur la vie politique et économique.
Le gouvernement a déjà constitué une commission d’enquête chargée de mesurer l’ampleur de l’influence islamiste dans les institutions publiques, les collectivités locales et les associations subventionnées. L’étude portera aussi sur les circuits de financement et les relations, souvent opaques, avec certains partis.
Ce n’est plus un simple audit administratif : c’est un tournant idéologique. La Suède redéfinit, ainsi, sa fameuse « neutralité » – non plus comme une indifférence, mais comme une vigilance démocratique. Un principe nouveau qui se résume en une formule : « Oui à la liberté de croyance, non à l’exploitation de la foi contre la société. »
En déclarant la guerre à l’islam politique, Stockholm cherche à réinventer le modèle laïque européen, adapté à la complexité multiculturelle du XXIᵉ siècle. Un pari risqué mais assumé : réconcilier droits et devoirs, liberté de conscience et citoyenneté, pluralisme et cohésion nationale, tolérances et protection de la démocratie de ceux qui usent de ses institutions pour la miner de l’intérieur !













