Par Gérard Legraud
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Entrisme islamiste

Irlande : une sénatrice alerte sur l’influence croissante des Frères musulmans

Par Gérard Legraud
Par Gérard Legraud

Alors que, de l’Autriche à la Grande Bretagne, l’Europe resserre l’étau autour des mouvements fréristes, l’Irlande découvre à son tour des zones d’ombre inquiétantes. Dans une intervention remarquée devant le Sénat, la sénatrice indépendante Sharon Keogan exigé une enquête officielle sur l’influence grandissante des Frères musulmans en Irlande.

La sénatrice dénonce une expansion « silencieuse mais réelle » de la confrérie islamiste sur le territoire irlandais. « Nous courons un danger très sérieux du fait que notre gouvernement a permis à ce réseau idéologique de prospérer sans contrôle », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter : « Je demande donc au gouvernement et à la ministre de la Justice d’ouvrir une enquête globale sur l’influence des Frères musulmans en Irlande. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être naïfs. La sécurité, la cohésion et même la souveraineté de notre République en dépendent. »

Le précédent de Clonskeagh

La sénatrice fonde une grande partie de ses inquiétudes sur la fermeture, au printemps dernier, du centre culturel islamique de Clonskeagh, dans le comté de Dublin – la plus grande mosquée du pays. Elle y voit le symptôme d’un bras de fer révélateur avec une direction soupçonnée de liens avec les Frères musulmans.

Selon Keogan, la question dépasse largement le cadre religieux : « Il ne s’agit pas de religion, mais de transparence, de gouvernance et de l’influence idéologique d’un mouvement banni dans de nombreux pays d’Orient, le plus récemment en Jordanie, où il a été interdit à la suite d’un complot de sabotage. »

Appel à la lucidité

Pour la sénatrice, la situation irlandaise contraste avec celle d’autres pays européens : « Partout en Europe, la confrérie est strictement encadrée et surveillée. Et pourtant, ici en Irlande, nous faisons face au grave danger d’avoir laissé ce réseau idéologique se développer librement. Avant même d’envisager de restreindre cette organisation, nous devons connaître la vérité — et pour l’heure, nous avançons à l’aveugle. »

Cette intervention, largement relayée dans la presse irlandaise, s’inscrit dans un mouvement plus large de vigilance européenne à l’égard des organisations issues de l’islam politique.

De nombreux experts pointent la duplicité d’une confrérie qui, tout en se présentant comme un courant modéré et réformiste, demeure la matrice idéologique du radicalisme islamiste. La preuve en est que les principaux leaders des groupes djihadistes extrémistes en sont issus, y compris les fondateurs d’Al-Qaïda et de Daech.

Liberté et vigilance

Pour Raed Azzawi, directeur du Centre Al-Amsar d’études stratégiques au Caire, l’avertissement de Keogan sonne comme un rappel salutaire : « Les Frères musulmans exploitent les failles des démocraties occidentales, notamment la liberté d’association, pour s’y implanter à travers des structures culturelles ou caritatives. Leur objectif est d’influencer le tissu social et économique des pays d’accueil. »

Même diagnostic du côté du chercheur irakien Tariq Sarmimi, pour qui « il ne fait aucun doute que la mouvance des Frères musulmans est la matrice idéologique qui a inspiré de nombreuses organisations djihadistes. La confrérie se drape d’un discours de modération, mais son but reste le même : peser sur les pouvoirs publics et, à terme, instaurer un califat islamiste global. »

Craintes et controverses

Face aux craintes grandissantes que suscite l’influence des Frères musulmans dans plusieurs pays européens — notamment depuis la publication, en mai dernier, du rapport français sur l’entrisme frériste —, la sénatrice Keogan a voulu frapper les esprits : « Nous ne devons pas céder à la complaisance. Il en va non seulement de notre sécurité, mais aussi de notre capacité à défendre les valeurs et les fondements démocratiques de notre société. »

L’intervention de Sharon Keogan ravive un débat sensible mais nécessaire : celui de la frontière entre les libertés d’expression et de conscience et les impératifs de sécurité ; entre l’indispensable tolérance démocratique et la nécessaire vigilance face aux dérives de ceux qui exploitent le climat de liberté pour faire avancer des agendas antidémocratiques.

En posant publiquement la question, la sénatrice Keogan a, pour le moins, replacé l’Irlande dans le grand débat européen sur l’avenir du vivre-ensemble face aux défis de l’islam politique.