Le Forum européen des jeunes et étudiants musulmans (FEMYSO), qui vient d’ouvrir un bureau à Londres, est dans le viseur du député conservateur Nick Timothy. L’élu appelle le gouvernement britannique à enquêter sur les liens de cette organisation avec la confrérie des Frères musulmans, déjà pointée du doigt, en mai dernier, par un rapport des services français.
Le député conservateur Nick Timothy a tiré la sonnette d’alarme sur les activités du Forum européen des jeunes et étudiants musulmans (FEMYSO). L’organisation, qui vient d’implanter un bureau au Royaume-Uni, serait, selon lui, liée à la mouvance des Frères musulmans.
Dans un message d’alerte adressée à la nouvelle ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, l’ancien conseiller politique de Downing Street dénonce des « risques potentiels pour la sécurité nationale et la cohésion sociale ». « Le forum se présente comme une organisation défendant les droits de la jeunesse musulmane, mais les antécédents de plusieurs de ses responsables sont extrêmement préoccupants », écrit-il. Le député appelle à une enquête approfondie sur les financements et les réseaux d’influence du FEMYSO, redoutant qu’un manque de vigilance « facilite une infiltration accrue des Frères musulmans dans les sociétés européennes ».
Un rapport français accablant
Les inquiétudes de Nick Timothy font écho à un rapport des services de renseignement français, publié en mai dernier. Ce document décrit le FEMYSO comme une structure de formation de cadres à haut potentiel pour les Frères musulmans.
Selon le rapport, l’organisation ne se limite pas à des activités étudiantes ou culturelles, mais cherche à façonner une nouvelle génération de leaders alignés sur la pensée frériste. Le texte cite notamment Ibrahim El-Zayat, figure influente du mouvement frériste en Allemagne, présenté comme un acteur central du FEMYSO. Il mentionne également la présence, au sein de sa direction, de membres issus de familles proches de dirigeants historiques des Frères musulmans, dont l’une des filles de Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste tunisien Ennahdha.
Forum citoyen ou relais idéologique ?
Créé dans les années 1990, le FEMYSO se présente comme un forum de la jeunesse musulmane européenne œuvrant pour la participation citoyenne et le dialogue interculturel. Officiellement, il revendique un engagement social axé sur la lutte contre les discriminations.
Mais pour plusieurs services de renseignement européens, cette vitrine cache un projet plus politique : celui des Frères musulmans, qui chercheraient à influencer les jeunes générations issues de l’immigration musulmane. Le FEMYSO s’appuie sur des thématiques sensibles – identité, droits des minorités, lutte contre l’islamophobie – pour attirer des sympathisants, dont les plus actifs seraient ensuite intégrés à des réseaux affiliés à la confrérie.
Le dilemme de Londres
La question de l’entrisme frériste préoccupe désormais plusieurs capitales européennes. La France, l’Allemagne et l’Autriche ont déjà renforcé leur surveillance des associations soupçonnées de liens avec les Frères musulmans, estimant qu’elles favorisent le communautarisme et le séparatisme religieux.
L’ouverture d’un bureau du FEMYSO à Londres pourrait marquer une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion du mouvement frériste. La capitale britannique, souvent décrite comme un « sanctuaire historique » pour les mouvances islamistes depuis les années 1990, se retrouve une fois encore au cœur du débat sur l’entrisme frériste en Europe.
En effet, l’avertissement lancé par Nick Timothy intervient dans un contexte sensible. Pendant des décennies, Londres a servi de refuge à divers courants islamistes transnationaux, y compris à des groupes djihadistes impliqués dans des attentats commis ailleurs en Europe — notamment en France, lors des attentâtes de 1995 dont les commanditaires étaient basés au Royaume-Uni.
Ce n’est qu’après les attentats de 2007 que les services de sécurité britanniques ont adopté une approche plus stricte face aux groupes islamistes.
Pour l’heure, le FEMYSO n’a pas réagi aux accusations du député britannique ni au rapport français, sans doute pour éviter de relancer la polémique. Mais au Parlement britannique, la question pourrait rapidement faire l’objet d’un débat sur les moyens de prévenir l’influence frériste.
Plusieurs pistes sont envisagées par le gouvernement britannique :
- Un renforcement du contrôle financier : Sans interdire les organisations fréristes, cette option viserait à surveiller leurs activités, leurs circuits de financement et leurs réseaux d’influence. Une exigence accrue de transparence pourrait, à terme, conduire à des poursuites en cas d’irrégularités.
- Une vigilance sécuritaire discrète : Les autorités pourraient opter pour une surveillance discrète plutôt qu’une traque sécuritaire frontale. Et ce pour éviter les accusations d’islamophobie ou d’atteinte aux droits des minorités ou aux libertés religieuses. Cette approche consisterait à suivre discrètement la mouvance frériste pour anticiper toute menace ou risque de radicalisation.
- Une interdiction totale ou partielle : Il s’agit de l’option la plus dure. Elle consisterait à inscrire le FEMYSO sur la liste des organisations à risque, pour interdire tout ou partie de ses activités. Mais, dans le contexte britannique, cette décision serait politiquement sensible et juridiquement complexe, compte tenu du poids des associations islamistes au Royaume-Uni et l’influence qu’elles exercent sur le gouvernement, sous couvert de lutte contre l’islamophobie.
Un débat européen relancé
Quelles que soient les décisions prises par Londres, le débat sur l’influence des Frères musulmans en Europe est ravivé. Pour de nombreux experts, le FEMYSO incarne la stratégie d’entrisme du mouvement, qui, sous couvert d’engagement civique et associatif, vise à former les élites fréristes de demain.
Et, à Londres comme à Paris, les autorités se heurtent à la même équation : comment défendre la liberté d’association tout en empêchant les dérives islamistes susceptibles d’affaiblir la cohésion nationale.














