fbpx
 
 

 

ISLAMISME AU MOZAMBIQUE : Des organisations prétendument environnementales financées par le Qatar nourrissent la violence



Ian Hamel (*)

Depuis plusieurs années, des islamistes radicaux mènent des raids meurtriers dans le nord du Mozambique. Ils s’aventurent parfois dans le sud de la Tanzanie. Leurs attaques font des centaines de morts et poussent des dizaines de milliers d’habitants à fuir la région. Affiliés à l’État islamique, les Chabab ont réussi à occuper, pendant près d’une année, le port de Mocimboa da Praia, qui compte 30 000 habitants, et pendant un mois, la ville de Palma (75 000 habitants), avant d’en être chassés. Ce coup de main a provoqué le retrait du groupe français TotalEnergies, pourtant prêt à investir plusieurs dizaines de milliards de dollars dans un très grand projet gazier près de la ville de Palma. Depuis une décennie, le Mozambique est présenté comme un futur eldorado gazier.

Depuis, avec le renfort de soldats sud-africains et rwandais, l’armée mozambicaine a repris du terrain. « Le nombre d’attaques terroristes a été réduit par trois, passant de 52 contre 160 en 2020 », assurait le Président Filipe Nyusi, en décembre 2021. Mais les djihadistes, estimées entre 300 et 1500, restent implantés dans le nord du pays. Non seulement dans la province du Cabo Delgado, mais aussi dans celle voisine de Niassa. « L’élan des Chabab n’a pas été véritablement brisé. Il y a un discours victorieux qui ne correspond pas à la réalité sur le terrain », estime Jasmine Opperman, consultante indépendante sur le terrorisme, basée en Afrique du Sud(1). La Tanzanie, qui pourrait elle aussi rejoindre le club des exportateurs de gaz, est également touchée par le terrorisme. Un poste de police dans la région de Mtwara, à 35 kilomètres de la frontière mozambicaine, a été attaqué par des djihadistes. Selon les services américains, l’émir de l’État islamique du Mozambique, Abu Yasir Hassan, serait de nationalité tanzanienne.

L’exploitation du gaz responsable du terrorisme ?

Mais cette guerre ne se fait pas seulement les armes à la main. Elle se développe via des associations de défense de l’environnement. Celles-ci exigent depuis 2018 l’arrêt de l’exploitation gazière au Mozambique. « Cette campagne est principalement menée par Ilham Rawoot, une Sud-Africaine qui se présente comme journaliste indépendante et chercheuse. En fait, c’est une activiste qui travaille pour le Qatar. Ses écrits sont systématiquement repris par Al-Jazeera », souligne Paulo Casaca, ancien député européen et auteur d’une étude intitulée « Le Djihad au Mozambique », publiée par l’École de pensée sur la guerre économique(2). Via l’ONG mozambicaine Justica Ambiental, intégrée au réseau d’ONG des Amis de la Terre, Ilham Rawoot multiplie les rapports alarmistes, afin de prouver que les projets gaziers au Mozambique sont catastrophiques, à la fois pour l’environnement et les populations locales.

Un article paru dans le quotidien Ouest-France titre ainsi : « Au Mozambique, l’exploitation du gaz aggrave le chaos »(3). La journaliste sud-africaine explique que les populations locales « sont les premières victimes de la militarisation de la zone au profit de l’industrie du gaz ». Elle s’en prend non seulement à TotalEnergies, mais aussi aux banques qui ont financé le projet gazier. Ilham Rawoot assure que l’exploitation du gaz au Mozambique pourrait générer jusqu’à « sept années d’émissions de gaz à effet de serre de la France »… Précédemment, le 7 mars 2021, elle a cosigné un texte sur Al-Jazeera affirmant que la compagnie gazière est carrément responsable du terrorisme. Elle assure que les journalistes locaux qui « font état des violences et de leurs liens avec l’industrie multinationale du gaz naturel liquéfié » seraient victimes « d’arrestations arbitraires, de détentions illégales, d’actes de torture et d’agressions commis par l’armée et la police du Mozambique depuis 2018 ».

Certes, il ne s’agit pas de nier que l’exploitation du gaz peut être source de pollution, que des populations ont sans doute été déplacées et que le régime mozambicain n’est pas un modèle de démocratie. Mais pourquoi tant de haine ? D’autant que le Qatar, gros producteur de gaz lui-même, est très vraisemblablement à l’origine de cette campagne, Ilham Rawoot étant l’auteur de pratiquement tous les articles et toutes les études, intitulés : « Mozambique GNL détruit villages et environnement », « De l’eldorado gazier au chaos », « Les banques détournent les yeux sur les pots de vin relatifs aux champs gaziers du Mozambique ». Le rapport « Djihad au Mozambique » souligne que cette activiste ne cache même pas ses liens avec l’islam radical. Elle écrit sur le blog de l’organisation Islamic Research Foundation International qu’il faudrait « renforcer le pouvoir législatif de la Charia au sein de la République d’Afrique du Sud ». Elle appelle au boycott des produits israéliens et dénonce l’occupation du Cachemire par l’Inde.

« Résultat, croyant défendre une juste cause environnementale, la presse internationale – en toute bonne foi – relaye ce raz-de-marée d’accusations portées à l’origine par une seule personne. Comme cette presse ne lit pas le Portugais, les reportages des journalistes et les travaux des chercheurs du Mozambique lui échappent », déplore Paulo Casaca, ancien député européen originaire du Portugal.

Mais pourquoi le Qatar tenterait-il de bloquer l’exploitation du gaz du Mozambique ? Le Gas Exporting Countries Forum (GECF), regroupant les exportateurs de gaz, prévoit une croissance plus lente de la production. Les conclusions du rapport rendu en février 2021 dévoilent un excès de l’offre par rapport à la demande. Cet excès pénalisera bien évidemment l’offre. Doha, l’un des plus gros exportateurs mondiaux, redouterait-il tout simplement l’arrivée possible du Mozambique sur le marché gazier ?

Dans son étude, Paulo Casaca affirme que les Chabab du Mozambique entretiennent des liens avec ceux de Somalie, et donc, au moins indirectement, avec le Qatar et la Turquie, très présents à Mogadiscio. Si la majorité des djihadistes est originaire de Mocimboa de Praia et des régions voisines, des femmes réduites à l’esclavage et qui ont pu en réchapper, racontent la présence d’étrangers, des Tanzaniens, des Somaliens, mais aussi des Arabes et des Asiatiques. Le djihad ne servirait pas seulement à établir un État islamique au Mozambique. Il permettrait aussi au Qatar de maintenir son opulence, en sabordant un futur concurrent sur le marché du gaz.

1- Laure Broulard, « Au Mozambique, la bataille sans fin contre les djihadistes », Le Monde, 22 décembre 2021.

2- Paulo Casaca, « Djihad au Mozambique. Acteurs, intérêts et perspectives », l’École de pensée sur la guerre économique, juin 2021.

3- Au Mozambique, l’exploitation du gaz aggrave le chaos, Ouest-France, 28 mars 2021.