Guerres, famines, désordre mondial : Le coronavirus changera-t-il la face du monde ?



Christian Malard (*)

La pandémie qui s’est abattue sur la planète doit nous faire réaliser que rien ne sera plus comme avant. Il y a eu l’avant coronavirus. Il y aura l’après coronavirus géopolitique et géostratégique. Aujourd’hui, plusieurs facteurs ont de quoi inquiéter les chancelleries occidentales : Le retrait Américain des affaires du monde et du Moyen Orient, en particulier, laissant le champ libre à la Russie et à l’Iran ; L’offensive tous azimuts de la Chine et les divisions de l’Europe.

Le Ministre Français des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, a raison de dire que « la pandémie ne fait qu’exacerber les fractures mondiales et leur amplification qui minent l’ordre international. » Et comme aime à le répéter Serguei Lavrov, le Ministre Russe des Affaires Étrangères : « l’ordre mondial issu de 1945 est caduc. »

Sans doute y a-t-il une accélération des tendances plutôt que de véritables ruptures. L’absence d’une réelle gouvernance mondiale fait de la pandémie la continuation, par d’autres moyens, de la lutte entre les grandes puissances. Je partage la thèse selon laquelle l’exacerbation de la rivalité sino-américaine est la plus préoccupante. J’y reviendrai !

Emmanuel Macron et Donald Trump ont raison de déclarer que la Chine a menti et dissimulé la gravité de la pandémie. La désinformation est devenue reine aussi en Iran où le régime des Ayatollahs, comme celui de Xi Jin Ping, ne nous a annoncé officiellement le coronavirus que 4 semaines après le début de sa propagation, à partir de la ville de Qom, à 120 kms au sud de Téhéran où avaient séjourné 700 étudiants Chinois en théologie, faisant de Qom l’épicentre de la pandémie au Moyen Orient.

Une pandémie qui a bon dos car l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide Suprême de la Révolution iranienne et les Gardiens de la Révolution s’en servent pour demander de l’aide médicale et financière au nom de la lutte anti-coronavirus. alors que l’on sait, pertinemment, que cette aide médicale et financière est détournée au profit du Régime, de ses alliés du Hezbollah et des milices Chiites Irakiennes pro-Iraniennes du Hashd Al-Chaabi. Le Qatar, son allié, lui a transféré 4 Milliards de Dollars, le Japon et l’Union Européenne, toujours aussi naïve, ont débloqué 20 millions d’Euros chacun et le régime réclame 5 Milliards de Dollars au Fond Monétaire International. Le régime dit ne pas avoir d’argent et pourtant Ali Khamenei, selon nos sources, dispose d’une fortune personnelle de 200 Milliards de dollars (140 Milliards placés sur des comptes à Dubaï, au Qatar, en Turquie et 60 Milliards en cash.)

S’il n’a pas d’argent, alors comment expliquer que lors de son déplacement en Syrie, durant la semaine du 19 au 25 avril, Mohammad Djavad Zarif ait donné 100 Millions de dollars au Hezbollah et 65 Millions à Bachar el-Assad.

Quant au nombre des victimes de la pandémie, le régime iranien nous ment. Il annonce 5.700 morts alors que nos sources hospitalières nous donnent un chiffre dépassant les 30.000 morts. Et pendant ce temps, il accélère son programme nucléaire.

À mettre dans la même catégorie des désinformateurs, la Président Russe, Vladimir Poutine, qui nous a longtemps dit qu’il maitrisait la lutte contre le coronavirus et puis, très vite, on s’est aperçu que Moscou, la capitale et ses 13 Millions d’habitants, étaient aux 2/3 contaminés, que la propagation du virus avait gagné toutes les régions où l’on crée des hôpitaux de fortune. Vladimir Poutine a même dû faire aéroporter un hôpital dans l’Arctique, à la frontière avec la Norvège, où des soldats Russes étaient touchés par le Coronavirus.

Cette pandémie nous démontre que le monde et ses dirigeants, quels qu’ils soient, sont tous fragiles et vulnérables, comme le commun des mortels. Cela ne les empêche pas, comme Xi Jin Ping et Vladimir Poutine de jouer sur les fragmentations de l’Union Européenne, d’où l’appel des autorités Françaises à l’Europe « à se trouver un destin de leadership avec une souveraineté plus affirmée plutôt que de s’interroger sur elle-même. »

La pandémie frustre beaucoup Vladimir Poutine et ses ambitions. Il a dû, la mort dans l’âme, repousser, à une date non déterminée, la tenue du vote constitutionnel devant le maintenir du pouvoir jusqu’en 2036.

Revenons, à présent, à la rivalité Sino-Américaine qui est attisée par la crise du Coronavirus. Elle conduit à une rapide dégradation des relations entre les deux pays, la pire depuis qu’ils ont établi des relations diplomatiques, en 1979. La pandémie a fait exploser un début de normalisation qui s’était esquissé avec la signature, au début de l’année, d’un nouveau traité économique.

Cela dit, Donald Trump a-t-il eu raison de qualifier la pandémie de « virus chinois » ? Même si le président américain a, bien sûr, des raisons objectives et légitimes de reprocher à Xi Jin Ping d’avoir caché la gravité de l’épidémie. Il faut ajouter à cela que Donald Trump voit, à juste titre, la montée en puissance de la Chine au niveau économique et militaire, avec la volonté cachée de supplanter les États-Unis.

Comme le disent certains experts : « Il ne fait aucun doute que l’on entre dans une période dangereuse. Les tensions suscitées par la pandémie risquent de déboucher sur une profonde transformation des relations internationales telles qu’elles se produisent d’habitude après un conflit majeur. »

Aujourd’hui, les Européens considèrent, à juste titre, la Chine comme un rival stratégique. Raison pour laquelle, il était temps que, lentement mais surement, l’Union Européenne et ses 27 membres, souvent divisés, se réveillent face à la Chine. Emmanuel Macron, qui a fait de la relance de l’Europe le fer de lance de sa politique étrangère, plaidant en faveur d’une Europe politique économique et militaire, sort de sa naïveté et critique les tentatives de divisions de la Chine vis-à-vis de pays  de l’Union fragilisés économiquement, comme la Grèce et l’Italie.

Je voudrais terminer ce tour d’horizon par le Moyen Orient et l’Afrique où la pandémie devient un cauchemar, surtout pour les camps de réfugiés. En Syrie, il y a 4 millions de réfugiés entassés dans des camps à la frontière turco-syrienne, qui dépassent Gaza en termes de surpopulation. Depuis 2011, début de la guerre civile, 11 millions de Syriens ont été déplacés en Syrie même ou vers l’Irak, la Jordanie, la Turquie, l’Égypte et le Liban. Selon les experts des organisations humanitaires internationales, les conséquences seraient dévastatrices.

En Irak, qui vit entre crise politique permanente et crise sanitaire, il y a 1,5 millions de nouveaux déplacés, suite à la recrudescence des combats avec l’État Islamique qui renaît de ses cendres.

Au Yémen, il y a 3,4 millions de réfugiés déplacés vivant dans des camps improvisés ou dans les quartiers surpeuplés de Sanaa et de Aden. Et 10 Millions de personnes y souffrent de la famine.

En Afrique, on ne peut exclure l’hypothèse d’un scénario catastrophe. Elle peut se retrouver, en même temps, face à trois crises : sanitaire, économique et alimentaire. Les pays de l’Afrique les plus touchés du Continent sont l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Angola.

L’Afrique subsaharienne est en récession. C’est une première depuis 25 ans et le risque de crise alimentaire atteint des niveaux jamais vus depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. La récession économique conduira à des conditions de vie encore plus dures, à l’appauvrissement des personnes, à la malnutrition et finalement à une mort qui ne fait guère de distinctions entre jeunes et vieux. Un tiers du continent est déjà sous le seuil de pauvreté. 500 Millions d’individus, en plus, vont basculer dans la pauvreté, s’il n’y a pas un plan de soutien, voire un plan Marshall, de toute urgence.

C’est au Sahel que la situation est la plus critique, dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Le chiffre des victimes se comptent par centaines, chaque semaine. Le coronavirus frappe même des membres de « L’opération Barkhane » qui regroupe 5.100 militaires français, parmi lesquels plusieurs cas ont été détectés.

Les combattants de Daech ont terrorisé un million de réfugiés déplacés. Il ne faudrait pas que les troupes Françaises se retirent, comme elles l’ont fait en Irak, à cause de la propagation du coronavirus. Ça serait sceller la renaissance et la propagation d’un autre fléau, celui de Daech. Le Monde n’a pas besoin de cela !

* Expert en politique internationale et consultant diplomatique.