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FRANCE & BELGIQUE : L’épineuse question de l’organisation du culte musulman



La problématique de l’organisation du culte musulman en Europe n’est pas nouvelle. Elle est liée à de nombreux aspects, à la fois culturels, nationaux et linguistiques. Depuis la fin des années 1980, les pouvoirs publics de plusieurs pays européens exhortent les responsables musulmans à gérer leur culte. Mais les institutions destinées à organiser le culte musulman demeurent instables et peu représentatives.

Par Malika Madi

Résultat : trente ans plus tard,  les cursus théologiques de qualité destinés à former des imams en mesure de construire « cet islam d’ici », peinent à se mettre en place. S’ajoute à cela – et c’est le nœud du problème – l’incapacité de sortir d’une forme d’allégeance aux pays d’origine des populations musulmanes européennes issues de l’immigration. Sans oublier le refus obstiné de reconnaitre et légitimer les théologiens formés ailleurs qu’en « terre d’islam ».

Ainsi, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), censé être l’autorité de référence des musulmans de France, et l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), dont la tâche s’astreint exclusivement à la gestion de la temporalité du culte musulman,  sont essoufflés et arrivés à un état de délabrement qui les a rendus quasiment caduques.

Tant et si bien que le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré en décembre dernier la ‘‘mort’’ du  CFCM, alors qu’il était depuis 2003 l’interlocuteur exclusif des pouvoirs publics. En Belgique, l’EMB se trouve depuis plusieurs mois en état d’hibernation, voire de mort cérébrale. Les autorités et les représentants des musulmans de Belgique travaillent d’arrache-pied à son renouvellement, à travers un nouveau scrutin qui se tiendra en ce début d’année 2022.

La presse belge a dénoncé les influences étrangères, et plus particulièrement les ingérences turque et marocaine, qui s’exercent à travers un organe lié à l’EMB : le Conseil de Coordination des Institutions Islamiques de Belgique (CIIB). Pis encore, le véritable ver dans la pomme de ce conseil est la Diyanet, l’administration religieuse officielle turque, en lien direct avec le gouvernement d’Ankara. Elle y a posé ses billes aux côtés de celles du Millî Görüs, une association frériste très proche de l’AKP, le parti d’Erdogan. Et à cela s’ajoute un autre groupe d’influence : le Rassemblement des Musulmans de Belgique (RMB), interface islamique marocaine ouvertement financée par le royaume chérifien.

En France comme en Belgique, le constat est le même : l’islam d’Europe n’est qu’aux prémices d’un cheminement long et parsemé d’obstacles, qui ne pourront être franchis qu’en coupant le cordon ombilical avec les pays d’origine. Car, comme le précise un rapport de l’Union européenne intitulé « L’Islam dans l’Union européenne, quel enjeu pour l’avenir ? »,  la présence musulmane en Europe est « un processus non-homogène et inachevé. Il s’agit d’un processus évolutif, comme le sont tous les faits sociaux. L’organisation interne de l’islam européen n’est pas terminée ; les leaders sont peu nombreux ; la classe de dirigeants est en voie d’être constituée ; les populations n’ont pas encore fini de prendre pleinement possession de leurs droits dans l’espace public européen ».

L’objectif des autorités publiques belges et françaises est, justement, de libérer les organes du culte musulman de toutes ingérences étrangères, dans une volonté affichée d’européaniser le culte musulman, pour le rendre totalement compatible avec le mode de vie occidental.

Si la tâche s’avère complexe pour les gouvernements, elle ne l’est pas moins pour les représentants du culte musulman, qui sont le plus souvent élus car ils sont les plus consensuels, mais dont les actions, comme celle de conduire à une convergence des communautés musulmanes, restent laborieuses voire inexistantes.

La désignation des aumôneries, la formation des imams, des cadres religieux ou des professeurs de religion islamique (dans le cas des établissements scolaires en Belgique) ne peuvent s’effectuer, dans les conditions souhaitées, sans la mise en place de nouveaux mécanismes de représentation du culte musulman reconnus par les autorités publiques et jouissant d’une assise stable et bien ancrée au sein des populations musulmanes.