D’où vient la violence Djihadiste ?



Hamid Zanaz (*)

Selon l’idéologie islamique, aucun mode de vie n’est valable ou ne mérite d’être expérimenté, hormis celui défini par le Coran. Et donc même si tous les problèmes étaient résolus, l’intégrisme demeurerait. L’islam des Lumières tant attendu, tant désiré, cet islam rêvé est un « impossible ». Il ne fait que détourner les jeunes des valeurs universelles, les attirer davantage vers l’islam, puis vers le fondamentalisme, enfin le terrorisme. Aucun espoir de changement à moins d’abattre tout le système. Mais les musulmans d’Europe pratiquent une démarche inverse en exploitant le multi-culturalisme ambiant pour réclamer que les pays hôtes s’adaptent à leurs exigences religieuses.

Le prix Nobel de littérature Naipaul ne comprenait pas le « racket multiculturel où le descendant d’immigrant réclame droits et protection sans manifester un minimum d’empathie pour son pays d’adoption ». Mais quel genre d’empathie peut-on espérer quand on tolère l’intolérable ? Dans son livre en arabe intitulé De la division de la terre selon le fikh islamique, un membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, situé à Dublin, Abdallah B., écrivait, dans le chapitre consacré au djihad : « Faites le djihad contre les mécréants par votre parole, vos personnes, vos biens, et vos mains. » Ne voilà-t-il pas un bon conseil d’intégration adressé aux jeunes d’origine musulmane en Europe !

Tous les musulmans sincères, qui ne pratiquent pas la dissimulation ou la taqiya, prônent l’application, voire l’imposition de la charia par la force. Ils considèrent les non musulmans comme des égarés qu’il faut ramener à la vraie religion : l’islam !
Chaque musulman, où qu’il se trouve, en vient un jour ou l’autre à poser des questions aux politiques telles que : Allah m’a autorisé à prendre quatre femmes, pourquoi me l’interdisez-vous ? Pourquoi n’appliquez-vous pas le droit pénal islamique coranique, au moins dans les territoires où se concentrent les musulmans ?

L’islam porte donc en son sein le refus de la laïcité. D’ailleurs l’expression « Islam politique » est un parfait pléonasme parce qu’en islam, il n’y a pas de séparation entre l’orthodoxie (ce qu’il faut croire) et l’orthopraxie (ce qu’il faut faire). La loi et la foi sont les deux faces d’une même pièce. Pourtant, de nombreux “scientifiques musulmans” succombent aux mythes, leur esprit supposé critique semblant sans aucune incidence sur leur conception du monde : si les faits donnent tort à la charia ou contredisent les ‘vérités’ islamiques, pour eux, c’est la réalité qui est fausse, pas la charia !

Un bon musulman se sent coupable de ne pas avoir réussi à instaurer l’État islamique, que ce soit par la persuasion ou par la force. Cet idéal, ce but ultime s’appuient sur sa fierté de musulman. Il est fier de ce qu’il est, non de ce qu’il fait. Au lieu d’être ce qu’il va devenir, il veut être ce qu’il a été. Il découle, de ce blocage, une attitude dichotomique et, s’il accepte la modernité technique, il rejette sa métaphysique. Et ainsi il vit un développement sans progrès car il reste collé au sacré : l’interdit, le hallal, le paradis, l’enfer, les supplices de la tombe… Chez lui, la pureté et la peur l’emportent sur le processus de liberté. Mais, comme il se sent coupable de ne pas faire avancer la cause de l’islam qui est de propager la loi d’Allah partout dans le monde, il est en conflit avec lui-même.

Cette culpabilité intrinsèque ronge tout musulman qui souffre d’un « manque-à-être » flagrant dans un monde, pas encore complètement islamisé, qui fait de lui une conscience malheureuse ! Vivant dans le cadre d’une culture ouverte et dans une société sécularisée, en même temps qu’il plonge dans une culture islamique archaïque et fermée, il souffre d’une instabilité tragique. C’est cette citoyenneté ambiguë qui le rend inassimilable.

La pratique religieuse n’a rien à voir avec une quelconque spiritualité, elle est le résultat de la pression communautaire, un défouloir dérivatif. Le communautarisme islamique isolationniste est un hypermarché du « prêt-à-ne pas penser ». C’est pourquoi, il est très difficile de rencontrer aujourd’hui un croyant musulman épanoui car il est écrasé sous le poids d’un Léviathan : le fikh, le droit canon musulman, son seul GPS dans la vie. La foi en islam ne s’accompagne d’aucune paix intérieure. Le musulman est un combattant qui pourfend le mal, c’est-à-dire tout ce qui est contraire à l’esprit de sa religion. Il est en guerre permanente contre le monde non islamique. Son but ultime dans la vie : voir l’islam triompher, imposer sa loi partout, gouverner l’humanité ! Pour lui, la législation occidentale est un blasphème car elle vise à se substituer à la loi d’Allah, la charia. C’est le résultat logique de son conditionnement mental dans sa famille dès son plus jeune âge.

L’intégrisme activiste récolte les fruits de cette socialisation islamique ordinaire qui lui fournit des êtres préparés à obéir aveuglement aux préceptes de l’islam. Quand l’élève est prêt, dit-on, le maître arrive et n’a qu’à montrer le chemin du paradis. Exploiter ce que familles, mosquées, collèges et lycées islamiques, TV satellitaires coraniques et centres cultuels (dits culturels) islamiques ont semé dans l’esprit du jeune musulman vivant en Occident.

La rapide évolution de la société complique davantage la vie du musulman obsédé par la « licéité » de toute chose. Pour être de son temps sans jeter aux orties son identité culturelle, sa réflexion se limite à trouver des réponses posées par la nouveauté : l’islam prohibe-t-il ceci, tolère-t-il cela, désapprouve-t-il ou recommande-t-il telle ou telle chose, telle ou telle innovation, telle ou telle mode ?… Une vie colonisée, alourdie par le mythe de son passé supposé glorieux.

C’est pourquoi les adeptes de l’islam se définissent comme « musulmans en Europe » plus que comme « musulmans européens ». L’être-au-monde-islamique ne porte-t-il pas la guerre et le « choc de civilisations » comme les nuages portent la pluie ? La pression commence à donner ses fruits : l’archevêque de Canterbury, chef spirituel de l’Église d’Angleterre, ne jugeait-il pas inévitable la mise en œuvre de la charia en Grande-Bretagne ?
La tâche des intellectuels musulmans est immense. Il s’agit de saper une fausse idée fortement ancrée dans l’inconscient de la majorité des musulmans. Idée selon laquelle leur malaise serait dû à l’abandon de leurs normes fondatrices et que, seul, le retour intégral à ces normes islamiques oubliées leur garantirait un avenir meilleur et une gloire assurée… Les musulmans se détacheront-ils un jour de la marja’iyya islamiya, la référence islamique, ou pataugeront-ils éternellement dans une « auto-référentialité » isolationniste d’abord, guerrière ensuite ?

L’intellectuel doit-il aider les masses à sortir de la servitude volontaire ou les conforter dans leurs convictions dangereuses ? Doit-il approcher l’islam de l’intérieur, selon une démarche religieuse conforme à ce qu’il dit de lui-même ou l’approcher de l’extérieur par le biais des sciences sociales qui, seules, permettent de voir objectivement comment le Coran a été constitué, quelles sont ses sources, ses influences, ses réécritures…?

 

*Ecrivain et essayiste, dernier ouvrage paru « L’Europe face à l’invasion islamique » (Editions de Paris, 2019) .