Reportage

7-Octobre : Choses vues en Israël

Par Emmanuel Razavi
Par Emmanuel Razavi

J’ai passé dix jours en Israël, avec le grand photographe Nadav Neuhaus. Nous y avons rencontré des témoins directs du 7 octobre, mais aussi d’ex-otages détenus à Gaza. Nous avons également visionné des images tournées le jour de la tragédie, et jamais diffusées. Tout, absolument tout, se recoupe pour pouvoir affirmer à quel point le Hamas s’est livré aux pires exactions.

Le 7 octobre 2023, Israël a vécu le traumatisme le plus important de son Histoire. Ce qu’ont fait les terroristes du Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, est comparable aux pires crimes de la Seconde Guerre mondiale. Au nom de la démocratie, mais aussi de notre humanisme et de la préservation de notre mode de vie, il faut être sans concession avec ces islamistes et leurs relais. Ils ne défendent aucune cause valable, si ce n’est celle de vouloir tuer la liberté.

Le pogrome perpétré par le Hamas le 7 octobre n’a rien d’une opération de ‘‘résistance’’.

Il s’agit d’une attaque terroriste de grande ampleur et d’un crime contre l’humanité.

Comme le souligne l’historien Alone Pauker, spécialiste de l’histoire des Kibboutz, ces communautés collectives, créées par des sionistes socialistes au siècle dernier, constituent l’ADN de l’État hébreux : « Ce qu’ont fait les terroristes est comparable aux crimes des SS pendant la Seconde Guerre mondiale ». Il sait de quoi il parle, car il a été l’un des témoins directs de l’assaut. Dans son village, 96 personnes ont été tuées, une jeune femme a été violée devant sa famille avant d’être abattue. « C’est d’autant plus dur que des Gazaouis qui travaillaient dans la région ont livré des informations au Hamas ».

Il ne faut pourtant pas se tromper : les horreurs perpétrées par les jihadistes ne sont pas l’œuvre de psychopathes. Au contraire, tout semble avoir été pensé méthodiquement. C’est ce que nous ont expliqué deux otages qui nous ont détaillé les privations subies, le manque de nourriture et d’eau. Des journées entières passées dans des pièces sans aération, à suffoquer. Et puis la peur des geôliers, de leurs coups, et des viols. Je

L’une des otages nous a fait le récit, insoutenable, de ses 51 jours de captivité : « Quand l’un des gardiens emmenait une fille avec lui, on savait ce qui allait se passer (…). Parfois, ils nous ordonnaient de prier avec eux et deux minutes plus tard, ils nous torturaient (…). Je suis certaine qu’ils avaient l’ordre de se comporter ainsi, car tout était réglé, presque systématique ». Cette ancienne captive a aussi témoigné, devant nous, des filles contraintes de se doucher nues devant leurs geôliers, et de subir, sous la menace de pistolets, de véritables supplices sexuels.

Retour sur les lieux du festival Nova

Yuli a 22 ans. Elle vit à Tel Aviv et est réserviste dans l’armée israélienne. Le 7 octobre, elle participait au festival Nova, à 3 kilomètres de la bande de Gaza, avec son petit copain, Adir. Elle est revenue avec nous sur les lieux du pogrome, pour la première fois depuis le massacre, en compagnie de son grand-père, pour rendre hommage à ses amis qui ont été tués.

Tout autour d’elle, fixées sur des morceaux de bois, des centaines de photos de jeunes abattus par les terroristes du Hamas. Jusqu’alors, Yuli n’avait jamais raconté le drame dont elle a été victime. Elle a d’ailleurs hésité avant de nous parler. Le regard rempli de larmes, elle nous confie : « Avec mon copain, nous sommes arrivés le vendredi soir. Nous nous sommes installés sous une tente pour dormir. Le samedi matin, à 6h30, nous avons été réveillés par des tirs de roquettes et de missiles. Nous sommes sortis en courant. Autour de nous, c’était l’horreur. Il y avait des centaines de gens qui fuyaient en hurlant. Mon ami, qui servait dans les forces spéciales, m’a dit que nous devions prendre la fuite. Alors nous avons pris quelques affaires et nous sommes montés dans notre voiture. Mais à cause des bombardements, nous avons abandonné le véhicule et nous sommes réfugiés dans un abri ».

Quand le pilonnage cesse enfin, Adir et Yuli tentent une sortie. Ils aperçoivent alors deux personnes blessées près d’un véhicule. « Nous nous sommes précipités pour les soigner, mais on nous a tiré dessus. Adir m’a ordonné de me coucher sur le sol. L’une de mes amies, Sela, a été touchée quatre fois par des projectiles et un autre, Matan, a été abattu. Alors nous sommes retournés dans l’abri. Nous avons appelé le centre de secours d’urgence, mais on nous a répondu qu’il y avait trop de gens dans notre situation, que c’était impossible de venir nous aider rapidement. J’ai alors adressé un texto d’Adieu à ma famille, et pour dire à mon père que je l’aimais. J’ai aussi dit à Adir que je l’aimais. Il m’a répondu que lui aussi. Puis il m’a demandé de fermer les yeux et de ne pas regarder ce qui allait se passer lorsque les terroristes entreraient dans l’abri (…) ».

Yuli nous a raconté avoir entendu tout ce qui se passait à l’extérieur : « Des cris, des hurlements, des tirs ». Car les femmes ont été systématiquement violées, comme le montrent des vidéos de femmes nues filmées par le Hamas. « Le temps s’est arrêté », nous confesse Yuli. « Adir s’est soudain détaché de moi. Il est sorti hors de l’abri avec d’autres personnes, pour tenter de repousser les terroristes et nous éviter le pire. Mais ils n’avaient aucune arme. Alors il a été tué. Bizarrement, à ce moment, plus aucun terroriste n’a tenté de pénétrer dans l’abri pour nous agresser. Je crois qu’ils étaient trop occupés à l’extérieur ».

Le même jour, Eden, 30 ans, partait à la recherche de sa meilleure amie, qui lui avait signalé l’attaque par texto. Sur la route qui la mène au lieu du festival, elle découvre des cadavres mutilés, parfois démembrés. Elle a accepté de nous montrer une vidéo qu’elle a filmée avec son téléphone. Les images, tournées de près, sont insoutenables. Nous l’avons raconté dans le magazine Paris Match : On y voit le corps d’une jeune femme gisant près d’une carcasse de voiture, le visage et le buste calcinés, la jupe remontée sur le ventre, les jambes écartées. On distingue très nettement que sa culotte lui a été retirée. « Ils lui ont tiré une balle dans la tête. Ces images sont la preuve de ce qu’ils ont fait », nous a confié Eden, qui n’a pas retrouvé son amie, kidnappée par le Hamas. Sur la vidéo, on peut aussi observer plusieurs cadavres, calcinés.

Ne laisser aucune place au doute

Malgré les témoignages des victimes qui se recoupent dans les moindres détails, les aveux des terroristes et le nombre conséquent d’images existantes, certains, en France et ailleurs, doutent de la véracité de la tragédie du 7 octobre, quand d’autres – on pense à certains élus de La France Insoumise – refusent de qualifier le Hamas d’organisation terroriste, alors même que l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis le qualifient ainsi.

À l’instar de mon collègue photographe, j’ai couvert de nombreux conflits. J’en ai vu des horreurs. Mais ce qui s’est passé en Israël a cela de particulier que les assassins du Hamas se sont attaqués à un mode de vie : le nôtre. Ils l’ont fait de façon organisée, quasi militaire, assurément formés par leur parrain iranien, ce qu’ont d’ailleurs avoué plusieurs jihadistes capturés par l’armée israélienne.

En menant cette opération d’envergure, en violant et en massacrant des femmes, en prenant en otage des civils innocents, et en laissant des traces de leurs crimes, ils ont adressé un message mortifère à l’ensemble des démocraties occidentales : « Nous sommes capables de vous détruire ». Tel est leur sombre dessein.

Des islamistes admirateurs d’Hitler

Rappelons que le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, n’a aucune revendication territoriale. Ses revendications religieuses n’ont par ailleurs rien à voir avec l’islam modéré. Car il veut instaurer la charia partout où vivent des Musulmans. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter aux textes de ses inspirateurs égyptiens, Hassan al-Banna et Sayyid Qutb, qui furent les tenants d’une guerre civilisationnelle et religieuse contre les Juifs et l’Occident, en même temps que des admirateurs d’Hitler.

On peut bien sûr critiquer la stratégie du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou – on en a même le devoir – comme nous devons être horrifiés de la mort de milliers civils à Gaza. Mais il ne faut pas tomber dans le piège de ces terroristes qui se font passer pour des victimes et laissent croire qu’ils défendent la cause palestinienne. Car il n’en est rien.