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D.R

 

Pourquoi Erdogan aime le Hamas

19 novembre 2023 Expertises   46671  

Martine Gozlan

Parmi les incendiaires qui attisent le brasier du conflit Israël-Hamas en passe de dévorer le Moyen-Orient et peut-être le monde, Recep Tayyip Erdogan occupe une place majeure. Président d’une grande nation musulmane, membre de l’OTAN, et qui réclame son intégration à l’espace européen, il s’est fendu d’une proclamation fracassante et sinistre. Le 26 octobre dernier, à trois jours du centenaire de la République fondée par Atatürk, Erdogan a déclaré devant le Parlement de son pays : « Le Hamas n’est pas un groupe terroriste, c’est un groupe de libérateurs qui protègent leur terre ! ».

Ovationné par les députés qui scandaient « À bas Israël ! » et « Allah akbar ! », le chef de l’État turc a donc adressé une vibrante déclaration d’amour aux commandos exterminateurs. Le 7 octobre, ils ont déferlé en territoire israélien pour égorger, violer, brûler, mutiler les nourrissons, les adolescents, les femmes jeunes et vieilles, et chaque être vivant trouvé sur la route de leur chevauchée barbare.

Parmi les 1 400 personnes massacrées – dont 35 Français – de nombreuses victimes n’ont pu être identifiées en raison de l’acharnement des bourreaux à les défigurer. Les torturés des kibboutz Be’eri, Kfar Aza, Nir Oz et de la ‘‘rave-party pour la paix’’, organisée par une jeunesse israélienne et internationale idéaliste dans les dunes de Re’im, à quatre kilomètres de la frontière avec Gaza, ont péri dans des supplices qui évoquent les atrocités de Daech et celles de la Shoah. À cette horreur s’ajoute la prise d’otages en masse. On en dénombrait 229 à l’heure où s’écrivaient ces lignes – de plus de vingt-deux nationalités – parmi lesquels une trentaine de jeunes enfants et des personnes âgées.

Erdogan salue cette apocalypse. Il adhère donc avec jouissance au credo du Hamas : « Nous aimons la mort autant que les Juifs aiment la vie. » Erdogan aime la mort et l’appelle de ses vœux sur un monde islamique embrasé. L’homme avait pourtant repris ses relations avec l’État hébreu, du reste jamais franchement dissoutes en coulisse tant la Turquie, ruinée par l’autocrate islamiste, a besoin d’un peu de souffle économique. La diplomatie israélienne qui, avant l’attaque au dessein génocidaire du 7 octobre, misait avec naïveté sur ce type d’alliés au sein du monde musulman, devra se remettre en cause. Rien ne sera plus jamais comme avant.

Sur la toile de fond de l’épouvante, une certitude pourtant émerge : malgré son perpétuel double jeu (avec l’Europe, Israël, la Russie, l’Iran), Erdogan n’a pas changé. Dans cette affaire, son ADN est strictement conforme à celui du Hamas. Les idiots utiles de l’islamo-gauchisme – ces complices de l’abjection qui a assassiné Charlie Hebdo, le Bataclan, Samuel Paty, Dominique Bernard et Kfar Aza – invoquaient le pseudo-amendement de la charte du Hamas. Hélas, on a vu. Ils mentaient tout autant en tissant des lauriers ottomans au sultan de l’islamisme pseudo-modéré. Pour avoir commis un ouvrage, en 2011, intitulé ‘‘L’imposture turque’’ (Grasset) et consacré au système idéologique dans lequel le maître du Bosphore et de l’Anatolie était en train d’enfermer son pays, je persiste et signe : l’imposture Erdogan continue.

Comme tous les tyrans, l’homme se nourrit du chaos. Très tôt dans sa vie, il a martelé : « Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes, les croyants nos soldats ! ». Beaucoup plus tard dans son existence, alors qu’il a bouleversé la belle Turquie en embastillant ses grands esprits, ses journalistes, ses enseignants, ses poètes kurdes, en condamnant à l’exil ou à la peur la fleur de la jeunesse d’Istanbul, Erdogan se saisit du sabre ensanglanté des terroristes du Hamas et le bénit : « Allah akbar ! », au nom de toutes les causes trahies ; « Allah akbar ! », pour armer en sous-main – alors qu’il allait s’engager dans la coalition contre l’État islamique en Syrie et en Irak, en 2015 – les milices de Daech. (Pour avoir révélé le rôle des services turcs, le MIT, dans la fourniture d’obus et de grenades aux djihadistes, Can Dündar, le directeur de la rédaction du quotidien laïc Cumhuriyet, est jeté en prison. Libéré entre deux audiences de son procès, notre confrère, lauréat du prix pour la Liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2015, échappe à une tentative de meurtre et se réfugie à l’étranger) ; « Allah akbar ! », pour qu’avec Erdogan et ses frères assassins du Hamas, l’herbe brûlée du Proche-Orient ne repousse plus !