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D.R

 

Les sympathies nazies et l’antisémitisme viral des inspirateurs du Hamas

24 octobre 2023 Investigations   399125  

Fondé officiellement, en décembre 1987, par le cheikh frère-musulman Ahmed Yassine et deux de ses acolytes, le Hamas a introduit dans le conflit israélo-palestinien le fanatisme islamiste et les attentats-suicides. Toutefois, les racines de la terreur exercée par ce mouvement islamiste, qui se revendique des Frères musulmans, plongent bien plus profondément dans l’Histoire de la région. Avec pour premier mentor Amin al-Husseini, le Grand mufti de Jérusalem, collaborateur des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela s’est ensuite prolongé avec Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens, qui envoya ses hommes en Palestine pour se battre contre les Juifs en 1948. Et plus récemment encore, le cheikh Youssef al-Qaradawi, guide spirituel des Frères musulmans, qui exhortait les Musulmans, depuis sa tribune d’al-Jazeera, à prendre le relais d’Hitler qui a « administré le premier châtiment divin aux Juifs » pour « les punir de leur corruption ».

Par Ian Hamel

Les plus grands criminels meurent parfois dans leur lit. C’est le cas de Mohammed Amin al-Husseini, chef religieux et homme politique palestinien, né en 1895 à Jérusalem et mort en 1974 à Beyrouth. En 1921, il prend le relais de son demi-frère Kamil al-Husseini, devenant Grand mufti de Jérusalem. Pour lutter contre les autorités britanniques et les Juifs, Amin al-Husseini se rapproche d’abord d’Hassan al-Banna, fondateur en 1928 de la confrérie des Frères musulmans en Égypte. Les deux hommes considèrent que la question palestinienne peut devenir « le plus puissant levier pour provoquer une mobilisation antijuive internationale et alimenter l’esprit du jihad1 ». Puis, dès 1933, le Grand mufti entre en contact avec le consul général d’Allemagne à Jérusalem. Et en 1941, il rejoint l’Allemagne après une première rencontre avec Benito Mussolini à Rome.

La photo de la rencontre du Grand mufti avec Adolf Hitler le 28 novembre 1941 a, depuis, illustré des milliers d’articles à travers le monde et nombre de couvertures de livres, dont celui du politologue allemand Matthias Küntzel ‘‘Jihad et haine des Juifs2’’. Le Führer a-t-il été séduit par les yeux bleus du Grand Mufti, « signe indiscutable de l’aryanité de leur propriétaire3 » ? Amin al-Husseini reçoit les pleins pouvoirs pour mener, depuis Berlin, une intense campagne en faveur de son djihad pro-nazi. Il incite les Arabes à s’engager du côté de l’Axe.

Sympathies frère-musulmanes pour l’hitlérisme   

En 1943, le Grand mufti encourage la création de la division de Waffen-SS Handschar composée de Musulmans bosniaques. Des images le montrent, faisant le salut nazi, passant en revue les troupes bosniaques de la Waffen-SS, qui se sont fait connaître par leurs atrocités (photo ci-contre). Auteur d’un brulot antisémite intitulé ‘‘Islam et le judaïsme’’, Amin al-Husseini soutient que « l’Allemagne national-socialiste combat la juiverie mondiale », et que « les Juifs sont les ennemis héréditaires des Musulmans4 ».

Poursuivi par les Britanniques et les Yougoslaves comme criminel de guerre, Amin al-Husseini réussit en 1946 à s’enfuir en Égypte, où il est accueilli par Hassan al-Banna. Le fondateur des Frères musulmans ne cache pas, lui non plus, ses sympathies pour l’hitlérisme et le fascisme. Il a d’ailleurs créé en 1940 les ‘‘Chemises kaki’’, qui défilent dans les rues du Caire avec des flambeaux, chantant des slogans islamiques vénérant la force et la suprématie de leur mouvement. « Ce spectacle était inspiré de l’exemple nazi des Hitlerjugend [les jeunesses hitlériennes] », rappelle Chérif Amir, auteur de ‘‘Histoire secrète des Frères musulmans’’6.

Chez les Frères musulmans, l’hostilité envers les Juifs précède bien la création de l’État d’Israël (voir l’encadré ci-contre). En 1936-1937, Hassan al-Banna a déjà organisé des collectes de fonds pour venir en aide aux Palestiniens lors des grèves générales menées par Amin al-Husseini, en révolte contre l’occupation britannique. Dix ans plus tard, en octobre 1948, les premiers Frères musulmans, appartenant à l’‘‘organisation secrète’’ de la Confrérie, partent se battre en Palestine, au nom de la ‘‘guerre sainte’’. À leur tête, Saïd Ramadan, gendre d’Hassan al-Banna et père de Tariq et Hani Ramadan.

Dès lors, les Frères musulmans condamnent tous les Juifs égyptiens et leur font « porter le poids des crimes que les Juifs sionistes perpétraient en Palestine. Tous les Juifs du monde devinrent de la sorte des opposants ou des ennemis pour les Frères », écrit Amr Elshobaki dans ‘‘Les Frères musulmans des origines à nos jours7’’.

C’est en 1946, deux ans avant la création d’Israël, que naît la branche palestinienne de la Confrérie. Cheikh Ahmed Yassine, le fondateur en 1987 du Hamas, qui vivait alors dans la bande de Gaza, y adhère en 1967, à l’occasion de la guerre des Six Jours. Au départ, il défend « l’islamisation de la société », par le prêche et l’éducation, bien davantage que « la résistance à l’occupation ». Et ce en conformité avec la doctrine frère-musulmane selon laquelle il faut d’abord « préparer les générations » avant d’engager le combat. C’est ainsi qu’Ahmed Yassine met sur pied le ‘‘Rassemblement islamique’’, en apparence principalement dédié à la religion. D’où la grande erreur des autorités israéliennes qui vont favoriser les disciples islamistes du cheikh Yassine pour affaiblir le Fatah de Yasser Arafat.

Antisémitisme viral

Mais, au moment de la création du Hamas en 1987, dans le contexte tendu de la première intifada, les tenants du courant ‘‘qutbiste’’ [en référence au théoricien frériste du djihad contemporain, Sayed Qutb], la tendance plus dure des Frères musulmans, l’emportent : pour eux, la réislamisation doit passer d’abord par la libération de la Palestine. L’année suivante, dans sa charte, violemment antisémite, l’organisation appelle au djihad contre les Juifs, à la destruction d’Israël et à l’instauration d’un État islamique. Même Mediapart, pourtant farouchement pro-palestinien, relève, dans un article intitulé ‘‘Aux origines de l’histoire complexe du Hamas’’, qu’en 2009, Mahmoud al-Zahar, l’un des principaux dirigeants du Hamas, « défendait [toujours] la véracité du Protocole des sages de Sion8 ».

Rien de bien étonnant à cet antisémitisme viral : l’un des principaux inspirateurs du Hamas n’est autre que le guide spirituel des Frères musulman, cheikh Youssef al-Qaradawi, disparu en septembre 2022. Né en Égypte en 1926, auteur de plus de 120 ouvrages, parmi lesquels ‘‘Le licite et l’illicite en Islam’’, il était considéré comme le théologien de référence de l’islam politique si cher aux Frères musulmans.

Depuis Doha, sur la chaîne al-Jazeera, il n’a jamais cessé de multiplier les provocations. Le 30 janvier 2009, cheikh al-Qaradawi – qui se définissait, pourtant, comme le chantre de l’islam ‘‘modéré’’ et ‘‘de juste milieux’’ – déclarait que « tout au long de l’Histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les punissaient de leur corruption. Le premier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait – et bien que [les Juifs] aient exagéré les faits – il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah le veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants ».

Quelques années plus tard, l’auteur de ‘‘Le licite et l’illicite en Islam’’ justifiait les attentats-suicides en Israël. Et alors même que l’islam interdit le suicide et prohibe formellement de s’en prendre aux vieillards, aux femmes et aux enfants en temps de guerre, cheikh Youssef al-Qaradawi apporte son soutien au Hamas, justifiant leur recours aux attentats-suicides contre les civils israéliens. « Les opérations du Hamas sont du djihad et ceux qui [les accomplissent et] sont tués, sont considérés comme des martyrs, déclarait-il en 2001. Les opérations martyres sont l’arme que Dieu a donnée aux pauvres pour combattre les forts. C’est la compensation divine. La société [israélienne] est une société militaire. Ses hommes et ses femmes sont des soldats dans l’armée, qui peuvent être rappelés à tout moment. Si un enfant ou un vieux est tué dans les opérations, il n’est pas visé et c’est par erreur, et en conséquence […] les nécessités absolues lèvent les interdictions9 » !

Avec de tels maîtres à penser, faut-il s’étonner de « l’extrême barbarie des razzias moyenâgeuses et sanguinaires perpétrées par le Hamas ce 7 octobre ?5 », comme l’a écrit ‘‘Ecran de Veille’’ dans l’éditorial de son numéro d’octobre 2023.

1 . Pierre-André Taguieff, ‘‘Liaisons dangereuses. Islamo-nazisme, islamo-gauchisme’’, éditions Hermann, 2021.

2. L’Artilleur, 2015.

3. Roger Faligot, Rémi Kauffer, ‘‘Le croissant et la croix gammée’’, Albin Michel,

4. Xavier Bougarel, ‘‘La division Handschar. Waffen SS de Bosnie 1943-1945’’, Passés/composés, 2020.

5. Éditions Ellipses, 2015. Préface d’Alain Chouet.

6. Karthala, 2009.

7. Rachida El Azzouzi, ‘‘Aux origines de l’histoire complexe du Hamas’’, Mediapart, 16 octobre 2023.

8. Ian Hamel, ‘‘Youssef Qaradawi : le “modéré’’ qui adorait l’effusion du sang ! », Global Watch Analysis, 5 octobre 2022.

9. ‘‘De l’urgence de mettre fin à l’occupation de Gaza par… le Hamas’’, Ecran de veille n°38, octobre 2023.