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/AP/SIPA

 

Les liens sulfureux de l’Iran avec le Hamas et les Frères musulmans

17 novembre 2023 News   179669  

La main de l’Iran est clairement derrière les attentats terroristes du Hamas qui ont frappé Israël, le 7 octobre dernier. Au-delà des clivages traditionnels Sunnites-Chiites, les Mollahs iraniens et le mouvement islamiste palestinien ont un point commun : l’organisation des Frères musulmans et sa doctrine de l’islam politique. Explications.

Par Emmanuel Razavi

Israël a subi, le 7 octobre 2023, une attaque terroriste d’une ampleur sans précédent. Le Hamas a tué plus de 1 200 personnes et blessé au moins 2 700 autres. Ses ‘‘commandos’’ ont déferlé, depuis la bande de Gaza, sur Israël par les airs, mais aussi par la mer. Ils ont abattu à bout portant des civils dans leurs villages, pris des otages, découpé ou brûlé des corps, tué des enfants et violé des femmes, au nom de leur djihad obscurantiste.

Fondé en 1987 par trois hommes : Sheikh Ahmed Yassin, Mohammed Taha et Abdel Aziz al-Rantissi, le Hamas est lié à l’organisation égyptienne des Frères musulmans, dont le crédo est : « Dieu est notre but, le Prophète notre chef, le Coran notre Constitution, le Jihad notre voie, la mort pour Dieu notre désir le plus cher ». Pour ceux qui douteraient de la filiation mortifère entre ces deux organisations, il faut rappeler que les théoriciens du Hamas ont inscrit à l’article 2 de leur charte fondatrice publiée en 1988 : « Le Mouvement de la Résistance Islamique est l’une des ailes des Frères musulmans en Palestine. Le Mouvement des Frères musulmans est un organisme mondial, le plus important des mouvements islamiques de l’époque moderne ».

Prenant pour prétexte du conflit israélo-palestinien, le Hamas – qui figure sur les listes des organisations terroristes de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada et du Japon – s’est constitué telle une organisation dotée de composantes administrative, éducative et sociale, mais aussi d’une branche armée, les brigades Ezzedine al-Qassam – dont la spécialité est le terrorisme, notamment les attentats-suicides – ainsi qu’un service de renseignement.

Si, au cours des dernières années, le Hamas a tenté de gommer toute mention de son appartenance à la Confrérie égyptienne qui a fourni tant de cadres à Al-Qaïda, il s’inscrit toujours dans son arc idéologique. À l’instar de Daesh, sa direction politique prône l’instauration d’un ‘‘État islamique’’. Et surtout, le Hamas n’a – dans les faits – que peu de revendications territoriales, défendant l’idée d’un djihad global pour l’instauration d’un califat partout où vit un Musulman sur la planète. Il s’est toujours opposé aux négociations pouvant aboutir à un règlement du conflit palestinien et le dit d’ailleurs clairement dans sa charte : « Il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le djihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles ».

La cible du Hamas : le judaïsme, qu’il qualifie de façon perverse de ‘‘nazisme’’ et qu’il associe à un ‘‘complot secret’’ mondial. Ainsi, ladite charte du Hamas affirme que « l’invasion sioniste est une invasion cruelle qui ne recule devant aucun procédé mais utilise tous les moyens vils et corrompus pour réaliser ses aspirations. Pour ses opérations de subversion et d’espionnage, elle s’appuie fortement sur les organisations secrètes qu’elle a engendrées comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary et Lyons et autres organisations d’espionnage » !

Il faut, cependant, souligner que le Hamas est bien loin de faire l’unanimité parmi les Palestiniens. À Gaza, il a en effet instauré, à l’instar des Mollahs en Iran, un État théocratique violemment répressif, qui impose une censure islamiste et interdit toute forme de contestation. Tous ceux qui s’y sont opposés l’ont en général payé de leur vie. Selon une étude récente, la moitié au moins des Gazaouis souhaiterait ne plus voir le Hamas au pouvoir.

Derrière le Hamas, la main de ’Iran

Ce n’est un secret pour personne. La République islamique d’Iran est derrière le Hamas depuis longtemps. Comme le Qatar, elle finance le mouvement. Mais selon de nombreux spécialistes du renseignement français, israélien et américain, elle aurait aussi aidé à la planification de l’opération terroriste qui a frappé Israël, le 7 octobre dernier. Le jour même du massacre, un ex-chef des Pasdarans, le général Yahya Rahim Safavi, conseiller du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, affirmait : « Nous soutenons l’opération déluge d’Al-Aqsa et nous serons aux côtés des combattants palestiniens jusqu’à la libération de la Palestine et d’al-Qods ».

Le 14 octobre dernier, le chef du bureau politique, Ismaïl Haniyeh, rencontrait quant à lui le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, à Doha, la capitale du Qatar. Par voie de communiqué, le Hamas indiquait que « les deux délégations sont convenues de poursuivre leur coopération pour réaliser les objectifs de la résistance et du peuple palestinien ».

Rien d’étonnant dans ce soutien au Hamas affiché ouvertement, car « La République islamique entretient, dans les faits, des relations régulières avec plusieurs organisations terroristes sunnites », explique l’expert irano-américain, AmirHamidi, ancien agent de la DEA (Drug Enforcement Administration), considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de la République islamique d’Iran et son bras armé, le Corps des Gardiens de la Révolution. « Ceci n’est pas nouveau, poursuit-il. Il y a des cadres d’al-Qaïda qui vivent en Iran depuis le 11Septembre. Les Mollahs ont un lien direct avec eux, comme avec le Hamas ou le Hezbollah ».

Le point commun entre Téhéran et tous ces mouvements islamistes sunnites ? « C’est l’Organisation des Frères musulmans », affirme Amir Hamidi. Et d’ajouter : « La République islamique d’Iran entretient toujours d’excellentes relations avec la Confrérie. Leur point commun est de créer un État islamique, comme Daesh ou le Hamas. Elles ont d’ailleurs les mêmes méthodes : prendre des otages, les faire circuler dans la rue, et procéder à des exécutions publiques pour créer la sidération ».

Cette matrice frériste qui selle les liens entre le régime des Mollahs et les mouvements islamistes sunnites (voir le document, pages 16/17) trouve ses racines dans le fait que, dès les années 1950, Khomeini fut proche de Navvab Safavi, le chef des Feddayin é Islam, une organisation islamiste iranienne qui se présentait comme la ‘‘branche chiite’’ des Frères musulmans. L’actuel guide suprême iranien, Ali Khamenei, a lui aussi rencontré Safavi dans sa jeunesse. Une rencontre qui le plongera dans l’étude des textes de Sayed Qutb, l’un des théoriciens les plus durs des Frères musulmans, qui prônait – entre autres monstruosités – l’assassinat des Juifs et des Chrétiens. Khamenei traduira d’ailleurs en persan deux des livres de Qutb, dont le plus célèbre : “À l’ombre du Coran”.

L’influence de Qutb est telle chez les clercs de la mouvance khomeiniste qu’en 1984, un timbre à son effigie fut imprimé par la République islamique d’Iran. La relation entre l’Iran et les Frères musulmans est si forte que, dès l’avènement de la révolution islamique iranienne, la Confrérie islamiste égyptienne a toujours appuyé les Mollahs. En 1982, Umar Telmesani, alors Guide de la Confrérie, expliquait ainsi dans un journal égyptien : « Nous avons soutenu Khomeini politiquement parce qu’un peuple opprimé avait réussi à se débarrasser d’un dirigeant oppressif et à regagner sa liberté».

Menaces sur l’Europe

Les récents attentats perpétrés en France (l’assassinat du professeur de français Dominique Bernard à Arras, le 13 octobre) et en Belgique (meurtre de deux supporters suédois, en marge du match de football Belgique-Suède à Bruxelles, le 16 octobre) ont résonné comme un écho à l’appel au ‘‘djihad mondial’’ lancé, depuis Doha, par le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, le soir-même des attaques du 7 octobre.

Un tel ‘‘djihad mondial’’ ne peut que desservir la cause palestinienne. Par contre, il servirait assurément les intérêts de l’Iran. « Khamenei s’en sert pour faire pression sur l’Europe afin de protéger le Hamas, mais aussi pour pousser ses dirigeants à calmer Israël », explique une source iranienne proche de l’entourage du Guide suprême. Mais jusqu’où cela pourrait-il aller ? Expert en géopolitique et en contre-terrorisme, Olivier Guitta analyse la situation avec gravité : « L’Iran pourrait se focaliser sur des attaques terroristes aux États-Unis, en France ou en Suède. Des cellules secrètes peuvent être activées par l’Iran sur demande. En outre, le régime des Mollahs pourrait utiliser Al-Qaïda pour cibler l’Occident(…). La République islamique s’est très souvent servie du terrorisme pour punir ses ennemis et cette fois-ci, ce ne sera pas différent. Les services anglais considèrent, d’ailleurs, que l’Iran constitue la plus grande menace pour la sécurité intérieure de la Grande-Bretagne. Au moins quinze tentatives d’assassinats ou d’attaques en Grande-Bretagne par l’Iran ont été stoppées par les services anglais ».

Ce type de menace est aussi pris très au sérieux par les services français. D’autant plus que les Frères Musulmans disposent de très nombreux relais dans l’Hexagone, sous la forme de diverses associations, qui échappent trop souvent à tout contrôle.