Iran – USA : Vers un affrontement ?



Christian Malard (*)

La décision, prise par Donald Trump, d’éliminer le Général Quassem Souleimani, N°2 du Régime Iranien, transforme indéniablement un conflit qui mijotait lentement en une soudaine poudrière. C’est sans doute la décision la plus dangereuse et la plus risquée prise par un Président Américain depuis la 2ème Guerre du Golfe, en Mars 2003.

Donald Trump se devait de rétablir une politique de dissuasion et démontrer aux plus hautes autorités Iraniennes que leurs attaques perpétrées contre des cibles de pays amis, comme l’Arabie Saoudite ou les Émirats Arabes Unis, ne resteraient pas impunies.

Pour un Président qui voulait retirer ses troupes du chaudron moyen-oriental, il sera difficile à présent de s’en échapper, jusqu’à la fin de son premier mandat en Janvier 2021 ou jusqu’en 2025, s’il est réélu.

Donald Trump a engagé son pays dans un conflit qui recèle de nombreuses inconnues. Il ne s’agira peut-être pas d’une guerre conventionnelle, vu que les Iraniens préfèrent exceller dans le conflit asymétrique. Le régime des Ayatollahs n’ira pas au choc frontal avec les États-Unis mais fera tout pour provoquer un certain nombre de pertes américaines au Moyen Orient, en particulier en Irak où, suite à un vote du parlement, les 5.200 soldats stationnés dans le pays vont, en principe, se repositionner. Mais les cibles américaines à travers le monde ne manquent pas.

Reste que, pour un Président américain qui oscille entre ses impulsions isolationnistes et son désir de projeter une image de puissance à ses ennemis à travers le monde, la révolte d’une majorité d’Irakiens contre le régime irakien inféodé à l’Iran peut conforter le désir de maintenir une présence militaire américaine dans la région, surtout au moment où il y a une résurgence de l’État Islamique.

Qu’on soit d’accord ou pas, l’élimination de Souleimani est un acte d’auto-défense. Souleimani était responsable de la mort de plusieurs centaines de victimes, américaines ou d’autres natinalités, en Irak ou ailleurs dans la région, et projetait d’autres attentats.

Donald Trump se retrouve, dans le même temps, confronté à la menace grandissante de l’Iran qui vient de signer l’acte de décès de l’accord sur le nucléaire de Juillet 2015. La mort de Souleimani n’empêchera pas, en effet, les Iraniens d’accélérer leur quête du nucléaire, d’ici un an, selon les experts.

Voilà qui pourrait inciter les États-Unis et Israël à effectuer des cyberattaques sur les sites nucléaires Iraniens. Jusqu’à présent, les sanctions ont été essentiellement économiques et ont paralysé l’économie du pays. Le régime est au bord du gouffre face à une majorité d’Iraniens qui veut sa chute, mais il n’a pas encore capitulé.

Si Donald Trump prend conscience que ce régime ne comprend que le rapport de force, en ajoutant la pression militaire aux sanctions économiques, alors 2020 verra, peut-être la chute de « l’Ayatollarchie » Iranienne au pouvoir depuis 40 ans, 40 ans de trop…

* Expert en politique internationale et consultant diplomatique.