Editorial

Le plan Trump pour Gaza : Paix, illusion ou mise sous tutelle internationale ?

Atmane Tazaghart
Atmane Tazaghart

Le plan que Donald Trump vient de sortir de son chapeau en vue de mettre fin à la guerre à Gaza n’est pas un simple document diplomatique : c’est à la fois un pari personnel, une fuite en avant et une mise en scène planétaire. Derrière les vingt articles que la Maison Blanche déroule comme une partition millimétrée, il y a moins une logique de paix durable qu’une dramaturgie politique où chaque acteur joue sa survie.

Cessez-le-feu progressif, échange d’otages et de prisonniers, retrait israélien par étapes, mise sous tutelle internationale de Gaza avec Tony Blair en gouverneur colonial nouvelle génération… Sur le papier, tout est équilibré, presque séduisant. Israël aurait sa sécurité, les Palestiniens leurs milliards pour reconstruire, et la communauté internationale son illusion de paix et de stabilité. Mais la vraie question est ailleurs : qui gouvernera Gaza demain, et au nom de quelle légitimité ?

Trump, lui, n’a pas le temps d’attendre. Le 10 octobre approche, avec l’annonce du Nobel de la paix. Après l’échec ukrainien, le milliardaire devenu messie improvisé veut sa médaille. Il rêve de rejoindre, voire de dépasser, Barack Obama, ce rival fantôme couronné en 2009 pour une promesse jamais tenue. Le problème est que la politique n’est pas un spectacle hollywoodien, et les guerres complexes du Proche-Orient ne se plient pas aux calculs ou à l’ego d’un président en quête d’héritage, fût-il le chef de la première puissance mondiale.

En effet, la liste des obstacles qui guettent ce “plan de paix” ressemble à un mur infranchissable. Comment exclure le Hamas sans provoquer un nouveau conflit, voire une guerre civile palestinienne ? Convaincre Netanyahou de renoncer à ses dogmes sécuritaires pour libérer des milliers de prisonniers, accepter le compromis et reculer à Gaza ? Faire signer aux pays arabes un chèque de plusieurs milliards de dollars sans garanties ni horizon politique clair ? Et, comble du paradoxe, confier Gaza à Tony Blair, symbole vivant du “mensonge planétaire” qui a conduit à l’invasion de l’Irak en 2003 ?

Il y a aussi la Cisjordanie. Chaque nouvelle extension coloniale, chaque projet d’annexion, chaque provocation sur l’esplanade des Mosquées peut faire exploser la mécanique fragile du compromis. C’est l’épée de Damoclès qui plane au-dessus de tout projet de paix depuis le processus d’Oslo.

La vérité, c’est que ce “plan Trump” n’est ni un traité ni une vision : c’est une transaction. Une logique de marché appliquée à la tragédie. Otages contre prisonniers, dollars contre silence, retrait militaire contre tutelle internationale. Ce sera sans doute une sortie de guerre, mais aussi une mise sous tutelle. Peut-on appeler cela la paix ? Peut-être. Faut-il l’accepter comme horizon politique ? C’est une autre histoire.

Dans l’immédiat, Trump n’a qu’un objectif : s’imposer en ‘‘homme de paix’’ pour arracher la médaille du Nobel, le 10 octobre prochain. Mais l’histoire jugera moins la mise en scène que le résultat : Entre paix imparfaite et illusion de souveraineté, le piège se referme. Gaza transformée en laboratoire de gouvernance multilatérale, où les Palestiniens n’auraient qu’un strapontin pendant que Washington, Tel-Aviv et quelques capitales arabes se partageraient tous les leviers. Ce serait un saut dans l’inconnu doublé d’une illusion de pacification qui renverront, à nouveau, aux calendes grecques la vraie, la seule alternative de paix viable : la solution à deux États !