Iran

Jafar Panahi à nouveau devant les tribunaux : une Palme d’Or au banc des accusés !

Atmane Tazaghart
Atmane Tazaghart

Il y a, dans certaines convocations judiciaires, un bruit sourd qui dépasse le simple fracas des portes de tribunal. Celle qui attend Jafar Panahi, ce dimanche 4 janvier 2026, à la branche 26 du tribunal révolutionnaire de Téhéran, résonne comme un mauvais écho venu troubler, en ce début d’année, la quiétude du cinéma mondial.

Jafar Panahi n’est pas seulement un cinéaste. Il est devenu, au fil des interdictions, des condamnations et des films tournés contre vents et murailles, une figure morale. Un homme qui filme comme d’autres respirent : parce qu’il n’y a pas d’alternative. Son dernier long métrage, ‘‘Un simple accident’’, lauréat de la Palme d’or au dernier Festival de Cannes, salué sur toutes les scènes internationales, n’a manifestement pas été perçu comme un « simple accident » par les autorités iraniennes.

Car c’est bien ce film – son regard, sa liberté de ton, son obstination à montrer ce que le pouvoir préférerait tenir hors champ – qui se retrouve aujourd’hui au cœur du dossier. Aux yeux des mollahs, cette Palme d’or n’est pas une récompense artistique mais une pièce à conviction : ‘‘Un simple accident’’ est assimilé à une activité de propagande contre le régime. À Téhéran, la reconnaissance internationale devient ainsi une preuve à charge.

La sentence est tombée le 1er décembre 2025, sèche, administrative, implacable : un an de prison, deux ans d’interdiction de quitter le pays, et l’exil intérieur comme horizon : interdiction d’adhérer à toute organisation politique ou sociale. Le tout prononcé in absentia, comme si l’on jugeait moins un homme qu’une idée. Celle d’un cinéma libre, obstiné, irréductible.

L’avocat et défenseur des droits de l’homme iranien, Mostafa Nili, l’a annoncé sur les réseaux sociaux : après appel de la sentence du 1er décembre, l’audience est désormais fixée au 4 janvier. Une date qui, pour Jafar Panahi, n’est pas qu’un rendez-vous judiciaire mais une nouvelle scène, tragique celle-là, où l’art se retrouve sommé de s’expliquer devant le pouvoir.

Depuis des années, le réalisateur iranien transforme les contraintes en langage cinématographique. Interdit de filmer ? Il filme quand même. Assigné à résidence ? Il fait de son salon un plateau de tournage. Réduit au silence ? Il parle plus fort, avec les moyens du cinéma. Chaque procès devient ainsi un hors-champ de son œuvre, chaque condamnation une note de bas de page dans l’histoire moderne de la création artistique sous pression.

Ce qui se joue à Téhéran dépasse largement le cas Panahi. C’est la vieille querelle entre le regard et le contrôle, entre la caméra et la censure. Le cinéma, art du réel par excellence, devient insupportable à ceux qui redoutent qu’on regarde de trop près, trop honnêtement. Et lorsque la Palme d’or se transforme en chef d’accusation, c’est tout un art que l’on tente de faire comparaître.

Dimanche, dans une salle austère du tribunal révolutionnaire, ce ne sera pas seulement un cinéaste qui comparaîtra. Ce sera l’idée même qu’un film puisse être un acte de conscience. Et comme souvent, l’Histoire se souviendra moins du verdict que de l’œuvre. Car, quelque soit la sentence, l’œuvre de Jafar Panahi, cinéaste de l’abnégation par excellence, finira par triompher de la censure et du djihad judiciaire…