Selon une source diplomatique à Paris, lors d’une conversation téléphonique avec Emmanuel Macron, après le sommet Trump-Poutine, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a évoqué une proposition du président américain portant sur « la possibilité de participer à la sécurité de son pays après un accord de paix ». Trump aurait proposé à l’Ukraine « une garantie de sécurité inspirée de celle de l’article 5 de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), mais sans adhésion formelle ». Par ailleurs, le président américain a suggéré aux dirigeants européens l’organisation d’une conférence internationale sur la sécurité en Europe, avec la participation de la Russie.
Il s’agirait, pour le moment, de « discussions dont les contours restent très flous », ayant pour objectif de définir « une clause de sécurité collective qui permettrait à l’Ukraine d’obtenir le soutien de tous ses partenaires européens, des Britanniques et des États-Unis, prêts à agir dans le cas où elle serait attaquée à nouveau ». La « garantie de sécurité » apportée à l’Ukraine dans le cadre de cette alliance serait « à ratifier par les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni », mais « n’impliquerait pas l’OTAN ».
Selon nos sources, les réactions européennes sont majoritairement réservées quant à la « crédibilité d’une telle alliance », et ce en raison des « revirements géopolitiques du président américain ». Consulté, l’état-major français a suggéré au président Macron d’exiger la mise en place de modalités fiables pour « la mise en alerte permanente des pays concernés et l’accès aux informations satellites et électroniques américaines en temps réel ». Par ailleurs, les responsables des services de renseignement européens et britanniques suggèrent que « si cet accord est signé, il devrait comporter une clause incluant, dans la ‘‘garantie de sécurité’’ offerte à Kiev, l’interdiction de toute action de guerre hybride visant à déstabiliser l’Ukraine ».
De son côté, le président américain a évoqué, lors de sa conversation téléphonique avec Volodymyr Zelensky, une ‘‘garantie de sécurité’’ supplémentaire : « Si, dans le cadre de l’accord sur les minerais signé entre Washington et Kiev, des ingénieurs et du personnel américains s’installent en permanence en Ukraine, la Russie ne pourra plus l’attaquer ».
Quelles contreparties pour Moscou ?
Reste à savoir quelles contreparties Poutine exigera-t-il pour que la Russie accepte ces garanties de sécurité internationale offertes à l’Ukraine ?
Selon un document non officiel, émis par la délégation russe et ayant servi de base de travail lors du sommet Trump-Poutine, les exigences russes comportent deux volets : l’un est décrit comme « militaire », le second est qualifié de « propositions groupées ».
Au volet militaire figurent deux exigences russes :
– « Le retrait complet des forces armées ukrainiennes et de toutes autres formations armées ukrainiennes du territoire de la Fédération de Russie, y compris des Républiques populaires de Lougansk et de Donetsk, ainsi que des régions de Zaporijjia et de Kherson » ;
– « Le retrait de toutes les troupes, à une distance des frontières de la Fédération de Russie à déterminer par les parties concernées, conformément aux dispositions approuvées ».
Quant aux ‘‘propositions groupées’’, elles portent sur cinq points :
– « Interdiction du redéploiement des forces armées ukrainiennes et des autres formations militaires ukrainiennes, à l’exception des mouvements liés à leur retrait, à une distance des frontières de la Fédération de Russie déterminée par les parties concernées » ;
– « Arrêt immédiat de la mobilisation et début de la démobilisation » ;
– « Cessation des livraisons d’armes étrangères et de toute assistance militaire étrangère à l’Ukraine, y compris dans le domaine des communications par satellite et du renseignement » ;
– « Retrait de toute présence militaire de pays tiers sur le territoire ukrainien et cessation de l’implication de spécialistes étrangers dans les opérations militaires du côté ukrainien » ;
– « Garanties de la renonciation de l’Ukraine à toute activité de sabotage ou de subversion contre la Fédération de Russie et ses citoyens ».
Une conférence sur la sécurité en Europe ?
Pour rassurer l’Europe (Union européenne et Grande-Bretagne), écartée des pourparlers avec Poutine, Trump a évoqué, lors de ses conversations avec les dirigeants européens, l’idée d’une « conférence internationale sur la sécurité en Europe avec la participation de la Russie ».
Pour y parvenir, Trump a soumis aux Européens une « vision » que plusieurs sources européennes décrivent comme une ‘‘feuille de route’’ en trois étapes :
– Dans le cadre du ‘‘traité de paix’’ négocié avec la Russie, Kiev se retirerait complètement des régions orientales de Donetsk et de Lougansk en échange d’un engagement russe à geler les lignes de front dans les régions méridionales de Kherson et de Zaporijjia.
– La Russie accepterait alors que les États-Unis et les Européens offrent un système de garanties sécuritaires à l’Ukraine, mais sans adhésion à l’OTAN.
– Ensuite, une conférence sur la sécurité en Europe serait organisée, à l’initiative des États-Unis, avec la participation de la Russie.















