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L’islamo-gauchisme existe bel et bien… et en plus il tue !

5 mars 2021 Investigations   21171  

Le terme « islamo-gauchisme » fait polémique. Imprécis et trop amalgamant, nous lui préférons, à Global Watch Analysis, les termes plus explicites de « collabos gauchistes de l’islamisme » ou d’« idiots utiles de l’islamise » ! Cependant, l’« islamo-gauchisme », au sens de la compromission de certains composantes ou courants de l’extrême gauche avec l’islamisme (politique ou djihadiste) existe bel et bien. Une longue enquête, menée en 2004, pour les besoins de notre livre « Ben Laden, la destruction programmée de l’Occident » paru, cette année-là, aux éditions Jean Picollec, démontre que cet « islamo-gauchisme » ne tue pas que le débat d’idées dans les universités françaises !


Par Roland Jacquard et Atmane Tazaghart

Les sanglants attentats qui ont frappé Madrid le 11 mars 2004 et qui ont fait 201 morts et plus de 1 500 blessés étaient troublants à bien des égards. Plusieurs indices conduisaient à al-Qaida et à l’organisation indépendantiste basque ETA.

Un communiqué des Brigades Abou Hafs[i] revendiquant les attentats, sous l’intitulé « opérations des trains de la mort », a été authentifié par les services antiterroristes. Mais les experts étaient troublés par un ensemble d’indices accusant l’ETA[ii].

Il y avait d’abord la nature de l’explosif utilisé, un genre particulier de dynamite[iii], jamais utilisé par al-Qaida auparavant, mais que les Basques utilisaient régulièrement depuis le début des années 80.

Autre fait troublant, le 25 décembre 2003, un etarra[iv] avait été arrêté à la gare de Saint-Sébastien en possession d’une valise contenant 28 kilos de ce même genre d’explosif. Suite à cette interpellation, un colis piégé avec 20 kilos de cette même dynamite fut découvert, le jour même, à bord du train Saint-Sébastien-Madrid. Il était programmé pour exploser à l’arrivée en gare Chamartin, à Madrid.

Ce n’était d’ailleurs pas la seule tentative récente d’ETA pour perpétrer un attentat au cœur de la capitale espagnole, en utilisant cet explosif. Moins de deux semaines avant le 11 mars, la police avait arrêté deux activistes d’ETA qui tentaient de s’introduire dans Madrid, à bord d’un véhicule bourré de 500 kilos de dynamite !

Autre indice, quatre jours après cette arrestation, le quotidien espagnol El Pais, citant des sources policières, révélait que les services espagnols de l’antiterrorisme craignaient un danger imminent : plusieurs informations indiquaient qu’ETA envisageait de peser sur les législatives espagnoles du 14 mars 2004.

Cela signifie-t-il pour autant que les attentats du 11 mars étaient l’œuvre d’ETA ?

Rein n’est moins sûr. En plus du communiqué des Brigades Abou Hafs revendiquant les attentats, plusieurs indices relevés sur les lieux du crime portaient la signature d’al-Qaida. Il y avait d’abord la découverte d’une cassette coranique aux côtés de détonateurs dans une voiture volée ayant servi à transporter les explosifs[v].

Autres indices créditant la piste al-Qaida : le recours à des téléphones portables comme télécommandes servant à déclencher les explosions à distance[vi], la simultanéité des quatre attaques[vii] et enfin l’envoi, deux jours après les attentats, d’une cassette vidéo montrant un homme cagoulé qui revendiquait les attentats au nom d’Abou Doudjana Al Afghani[viii].

Les étranges connexions des services de renseignement espagnols avec les instigateurs des « trains de la mort » 

L’origine des explosifs utilisés, environ 150 kilos de dynamite Goma2Eco repartis en quatorze charges explosives dissimulées dans des sacs à dos, reste toujours mystérieuse. L’analyse d’un des sacs à dos qui n’a pas explosé a montré que cette dynamite avait été fabriquée par la société Union Española de explosivos dont le siège se trouve à Paramo de Masa, près de Burgos. Le transport et le stockage de cet explosif étant soumis à une réglementation très stricte, la moindre disparition aurait aussitôt été signalée aux autorités. Or, aucun vol récent de cet explosif n’a été mentionné ni par la société qui le fabrique ni par les chantiers qui en font usage.

Pour élucider cette énigme, un enquêteur espagnol, cité par le Nouvel Observateur[ix], a évoqué la piste d’une opération secrète d’infiltration des réseaux terroristes par les services de renseignement espagnols.

Les services espagnols auraient procédé à des ventes réelles d’armes et d’explosifs aux réseaux terroristes, dans le but de les infiltrer et de remonter le plus haut possible dans l’organigramme des filières qui les approvisionnent en armes. L’opération aurait ensuite mal tourné, permettant ainsi aux réseaux en question d’échapper à la surveillance policière et de passer à l’acte.

La rocambolesque histoire selon laquelle un ancien mineur toxicomane, du nom de José Emilio Suarez Trashorras, aurait vendu les 150 kilos de Goma2 utilisés lors des attentats à deux Marocains liés au réseau de Djamel Zougham[x], en échange de haschisch, après les avoir dérobés dans un chantier où il avait travaillé quelques années auparavant, sans que personne ne s’en rende compte ni ne signale leur disparition, a semblé peu crédible à certains observateurs[xi].

Cependant, une telle opération d’infiltration n’aurait aucune pertinence si elle visait un réseau lié à al-Qaida. Les services de renseignement savent qu’il est tout à fait dérisoire de tenter, ainsi, de remonter les pistes à travers un réseau local, pour parvenir au sommet de l’organigramme d’al-Qaida. Le strict cloisonnement des réseaux et la gigantesque étendue géographique de leurs zones d’implantation à travers le monde rendent en effet une telle tentative d’infiltration vaine et absurde.

L’opération d’infiltration aurait pu viser un réseau local espagnol lié à l’ETA qui aurait ensuite échappé à la vigilance policière en raison, précisément, du fait que les explosifs qui lui avaient été vendus, en vue de les utiliser comme appât pour tenter de l’infiltrer, avaient changé de mains et étaient parvenus aux cellules espagnoles d’al-Qaida[xii].

Alliance secrète entre ETA et al-Qaida ?

Comment expliquer que des explosifs vendus à un réseau d’ETA puissent, ainsi, parvenir aux cellules espagnoles d’al-Qaida ?

Une collaboration terroriste entre ces deux organisations apparaît, à première vue, impensable, tellement l’alliance entre elles est contre-nature. Cependant, une longue enquête entamée en mars 2002[xiii] nous a révélé qu’al-Qaida avait déjà sous-traité, par le passé, l’aide logistique et la fourniture en explosifs auprès d’ETA et d’autres organisations terroristes gauchistes dites de « type européen », comme les Brigades rouges italiennes, le GRAPO[xiv] espagnol ou le 17 novembre grec.

Tout a commencé fin mars 2002, par une révélation faite aux enquêteurs américains par le prisonnier marocain Abderahmane Hamidou[xv], détenu à Guantanamo, au sujet d’un projet d’attentat maritime qui allait frapper des navires de l’OTAN lors de leur passage à Gibraltar.

Sur la base de cette information, une enquête conjointe de la CIA et de la DST marocaine a permis de localiser une « cellule marocaine » d’al-Qaida chargée de l’exécution de cet attentat. Mais, avant de la démanteler, début mai 2002, les enquêteurs américains et marocains ont décidé de surveiller ses activités, ses déplacements et ses relations, durant plus d’un mois.

Ils ont alors découvert, avec stupéfaction, que les membres de cette cellule, des Marocains et des Saoudiens, prenaient contact, lors de leurs repérages à Gibraltar, avec des membres d’ETA qui devaient leur fournir les zodiacs et les explosifs prévus pour attaquer les navires de l’OTAN !

Deux mois après la mise en échec de cette opération à Gibraltar, d’autres indices sont venus conforter la thèse d’une alliance secrète d’al-Qaida avec des organisations terroristes européennes aux revendications nationalistes ou gauchistes.

La preuve en a été faite suite à l’arrestation à Athènes, le 17 juillet 2002, du leader historique du groupe d’extrême-gauche 17 novembre, Alexandre Giatopoulos.

Ce groupe s’était rendu célèbre dans les années 70 et 80 par ses actions anti-impérialistes visant les intérêts américains[xvi]. Il était considéré comme le groupuscule terroriste le plus secret et le plus cloisonné d’Europe. Pourtant, il s’est effondré brusquement, comme un château de cartes, lorsque Savvas Xiros, un de ses artificiers, a été blessé accidentellement par une bombe qu’il s’apprêtait à faire exploser dans un port de la banlieue Ouest d’Athènes, le 29 juin 2002.

Interrogé par la police grecque, Xiros avait fait d’importantes révélations sur son organisation. En l’espace de deux semaines, une dizaine d’arrestations ont été opérées, dont l’interpellation d’Alexandre Giatopoulos.

Chez ce Franco-Grec, né à Paris en 1944, les enquêteurs ont découvert d’impressionnantes archives retraçant l’itinéraire sanglant de son organisation. Dans la masse des documents saisis, une photo à intrigué les enquêteurs : on y voyait Giatopoulos en tenue afghane dans un camp d’entraînement d’al-Qaida !

En épluchant les archives de Giatopoulos, il a pu être établi que les liens entre 17 novembre et al-Qaida remontaient à l’automne 1998.

Les gauchistes grecs ont été fascinés par la « retentissante victoire » que les hommes d’Oussama ben Laden venaient de remporter contre le « monstre impérialiste » américain, lors des attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam.

Une alliance secrète entre Carlos, Abou Nidal, Ben Laden et les « Afghans arabes » !

C’est pendant cette même période, que Carlos, autre figure historique du terrorisme gauchiste[xvii], a lui aussi apporté son soutien à Oussama ben Laden[xviii]. Dans une interview accordée à l’un des auteurs[xix], il affirmait que « l’islamisme révolutionnaire » avait pris le relais du communisme pour devenir « le fer de lance de la lutte mondiale anti-impérialiste ».

Durant toute la période soudanaise d’al-Qaida et au fur et à mesure qu’il commençait à développer l’ambition de fédérer les vétérans arabes de la guerre d’Afghanistan au sein d’une internationale islamiste, Oussama ben Laden se rapprochait de certains chefs de file des « Afghans arabes » de diverses nationalités, parmi lesquels se trouvaient déjà, les Egyptiens Ayman al-Zawahiri et Mohamed Atef, mais aussi deux Algériens de poids : Qamar Eddine Kharbane et Abdallah Anas, de son vrai nom Boudjemâa Bounoua, le gendre d’Abdallah Azzam[xx], qui fut jadis un disciple du commandant Ahmed Shah Massoud[xxi].

En apparence, Oussama ben Laden était au Soudan pour gérer ses affaires commerciales qui englobaient une entreprise de BTP, des projets agricoles et d’élevage et une firme industrielle exportant des graines de tournesol vers l’Europe.

Mais, très vite, les services occidentaux et arabes antiterroristes se sont rendu compte que ces activités n’étaient qu’une façade destinée à cacher ses projets terroristes.

Les antennes locales des principaux services de renseignement étaient alarmées notamment par de nombreuses et répétitives réunions nocturnes au cours desquelles Oussama ben Laden recevait – dans une villa au bord du Nil située dans la localité d’Oum Darmane ou dans une autre maison plus modeste qu’il s’était fait construire dans un quartier chic au sud de Khartoum – des hôtes de marque islamistes et des « révolutionnaires » de diverses nationalités.

De plus en plus d’indices laissaient présager que toutes ces réunions œuvraient pour la création d’une coalition islamiste et nationaliste arabe dirigée contre l’Occident en général et le « grand Satan » américain en particulier.

Ainsi, des agents de la sécurité militaire algérienne chargés de « pister » le dirigeant islamiste Ben Azouz Zebda[xxii], exilé en Turquie, ont réussi à s’introduire dans son proche entourage. Lors d’un de leurs déplacements secrets au Soudan, ils assistent, à ses côtés, à l’une de ces réunions dans la résidence d’Oum Dermane et parviennent à prendre discrètement des photos.

Par un étrange hasard, l’une de ces photos mettra la DST française sur la piste de Carlos et conduira à sa capture au Soudan, en août 1994. Le « chacal » avait été reconnu sur cette photo par une de ses vieilles connaissances algériennes, le général Smain Lamari, devenu le chef de la section antiterroristes des services algériens, lequel s’est empressé de la transmettre à son homologue de la DST, le général Philippe Rondot, lancé sur les traces de Carlos depuis vingt ans[xxiii].

Par ailleurs, Carlos – converti à l’islam depuis 1975 – ne nie pas avoir été en contact avec Oussama ben Laden au Soudan, même s’il évite, habilement, de s’étaler sur ce sujet.

Lors d’une interview avec l’un des auteurs, en juillet 1999[xxiv], aux questions : « Est-il vrai que vous avez connu ou rencontré Oussama ben Laden au Soudan ? Quelle était la nature de vos contacts avec lui ? », il s’est contenté de répondre : « Ce n’est pas un hasard que “cheikh Oussama”, d’autres révolutionnaires et moudjahidin et moi-même, nous ayons séjourné en même temps au Soudan ! »[xxv]

Carlos n’était, d’ailleurs, pas le seul « révolutionnaire gauchiste » à s’allier à Oussama ben Laden. Lors d’une interview exclusive accordée à l’un des auteurs[xxvi], Khalid Awad, membre du comité central de l’organisation Abou Nidal[xxvii], a révélé l’existence de connexions entre son organisation et al-Qaida, pendant la période où ces deux groupes avaient leurs bases au Soudan, c’est-à-dire durant la première moitié des années 1990.

« Lorsque Abou Nidal a voulu chercher un nouveau refuge pour quitter la Libye, affirme-t-il, son choix s’est porté sur le Soudan. Il a commencé à préparer ce transfert, en achetant des fermes et des résidences dans ce pays où al-Qaida était déjà basée. Il n’y a pas eu de contacts ou de coordination sur le plan organique entre les deux organisations. Ce qui s’est passé, c’est que des cadres d’Abou Nidal ont fait dissidence, après leur arrivée au Soudan, et ont rejoint al-Qaida. Ils étaient entre 100 et 120 personnes. Il s’agissait essentiellement de cadres militaires spécialisés dans l’instruction du maniement des explosifs et des armes légères. Ils ont certainement joué un rôle important dans la formation des combattants d’al-Qaida dans les camps de cette organisation, au Soudan à l’époque, puis en Afghanistan. Je pense tout particulièrement à l’un d’entre eux, du nom de “Wa’el”, qui était l’un des instructeurs militaires les plus éminents de l’organisation Abou Nidal. Les autres étaient aussi des formateurs militaires expérimentés. Je suis sûr qu’ils ont contribué de façon significative à former les combattants d’al-Qaida au maniement des armes, mais aussi à la mise en place d’opérations spéciales telles que les incursions dans les endroits fermés ou très surveillés, les prises d’otages et les assassinats individuels »[xxviii].

Cette tendance s’est confirmée davantage après les attaques du 11 septembre. A leur tour, les Brigades rouges italiennes ont succombé à cette fascination de l’islamo-djihadisme[xxix]. Lors de l’arrestation d’une cellule d’al-Qaida qui préparait une attaque maritime à Venise, le 10 juillet 2002, les Italiens ont mis la main sur des indices qui établissaient l’existence de contacts entre al-Qaida et les Brigades rouges.

En France, un enquêteur de la DNAT[xxx] ayant participé à la mi-juillet 2002 au démantèlement d’un réseau terroriste lié au GRAPO nous a confirmé que quatre des activistes de ce groupe, qui venaient d’être arrêtés en France, avaient suivi des entraînements dans les camps d’al-Qaida en Afghanistan ![xxxi]

Quelques semaines plus tard, l’alliance secrète entre al-Qaida et les Brigades rouges italiennes a été confirmée par un rapport des services de renseignement italiens, établi à la demande d’une commission parlementaire et rendu public le 7 août 2002.

Cette alliance sera, par la suite, officiellement revendiquée par Nadia Desdemona Lioce, une importante figure brigadiste, arrêtée le 2 mars 2003, suite à une sanglante fusillade à bord du train Rome-Florence.

Lors de sa comparution devant le juge antiterroriste Ferdinando Pomarici, Lioce a refusé de répondre aux questions et s’est bornée à lire un long manifeste de 16 pages dans lequel elle expliquait son action et revendiquait la « solidarité politique et militaire » des Brigades rouges avec al-Qaida. Elle justifiait cette position par « la nécessité d’apporter l’appui du prolétariat urbain des pays européens aux masses arabes et islamiques expropriées et humiliées, afin de contrer les visées israélo-anglo-américaines »[xxxii].

Comment al-Qaida a ravivé le « néo terrorisme rouge » européen 

Ces multiples indices ont prouvé que l’Europe assiste, depuis le 11 septembre 2001, à la naissance d’une nouvelle internationale terroriste au sein de laquelle al-Qaida bénéficie du soutien d’une multitude de groupes terroristes européens, gauchistes ou nationalistes[xxxiii].

Un schéma semblable à l’alliance, qui avait vu le jour dans les années 70 et 80, entre des organisations gauchistes et nationalistes arabes comme Septembre noir, Abou Nidal, le FPLP ou l’Organisation des révolutionnaires internationalistes de Carlos et leurs « camarades » occidentaux d’Action directe en France, des Brigades rouges italiennes, de l’Armée rouge japonaise ou de la RAF[xxxiv], communément connue sous le nom de la Bande à Baader-Meinhof en Allemagne. Tous ces mouvements avaient un point commun : ils étaient tous plus ou moins téléguidés par le mouvement communiste qui voulait asservir l’Occident.

Or, si des groupes comme Action directe en France, la Bande à Baader en Allemagne ou les Cellules communistes combattantes en Belgique n’ont pas d’héritiers ou de successeurs, le terrorisme d’extrême-gauche n’est pas pour autant écrasé.

En Italie, un rapport des services de renseignement remis au ministre de l’Intérieur, Sergio Mattarella, en avril 2001, s’alarmait de la résurgence d’un « néo-terrorisme rouge », incarné notamment par les Brigades rouge du Parti communiste combattant, les Faisceaux territoriaux anti-impérialistes et les Noyaux d’initiation prolétarienne révolutionnaires.

En Grèce, malgré la décapitation du groupe 17 novembre après les arrestations de juillet 2002, un attentat à la bombe à été perpétré, le 29 mai 2004, par la nouvelle direction de ce mouvement, dans la ville de Larissa où est détenu Alexandre Giatopoulos. Et de sérieuses menaces avaient été ouvertement proférées par ce même groupe contre les Jeux Olympique d’Athènes.

En France, où un expert de l’UCLAT[xxxv] considère que « la question du néo-terrorisme rouge n’a jamais été autant d’actualité »[xxxvi], des groupes comme les Francs-tireurs partisans, la Fédération anarchiste ou la Confédération nationale des travailleurs mènent des actions musclées ayant recours à la violence, mais ne relevant pas du terrorisme de masse. Ils constituent, cependant, un creuset potentiel pour un néo-terrorisme rouge motivé par une haine anti-impérialiste considérablement exacerbée, notamment depuis la guerre américaine en Irak du printemps 2003.

La même haine anti-impérialiste est en passe, notamment depuis les incidents du sommet du G8 à Gênes, de donner naissance, au sein du mouvement altermondialiste qui est à l’origine un mouvement intellectuel et pacifiste, à un courant radical formé de casseurs ultra-violents, de diverses nationalités, se faisant appeler les Black Blocks[xxxvii], susceptible de verser, lui aussi, dans ce néo-terrorisme.

 


 

[i] Organisation terroriste se présentant comme une branche armée d’al-Qaida.

[ii] En dépit des doutes qui ont pesé sur le gouvernement Aznar, l’accusant – à juste titre d’ailleurs – d’avoir voulu délibérément privilégier la thèse d’ETA pour des motivations électoralistes (les attentats ont eu lieu trois jours seulement avant les élections législatives espagnoles), plusieurs indices et éléments matériels découverts par les enquêteurs et authentifiés par les experts les mieux documentés sur ETA conduisaient aux nationalistes basques. Parmi eux, Jean Chalvidant, l’auteur notamment d’un ouvrage de référence intitulé ETA, l’enquête (éditions Cheminements).

[iii] Les enquêteurs espagnols ont d’abord pensé qu’il s’agissait de titadine, un type de dynamite dont l’ETA avait dérobé 8 tonnes dans une carrière bretonne, à Plérin (Côtes d’Armor), en septembre 1999. Puis les enquêtes ont montré qu’il s’agissait plutôt de Goma2, un autre genre de dynamite très familier, lui aussi, d’ETA qui l’a utilisé dans plusieurs opérations, durant la première moitié des années 80, et dans un attentat manqué contre le leader du Parti populaire basque, Carlos Iturgaiz, en janvier 2001.

[iv] Combattant de l’ETA.

[v] Un indice qui n’est pas sans rappeler la découverte d’un Coran et d’un texte en arabe écrit de la main de Mohamed Atta aux côtés de plusieurs manuels de navigation aérienne, dans une camionnette abandonnée par les kamikazes du 11 septembre 2001.

[vi] Une technique largement enseignée dans les camps d’entraînement d’al-Qaida en Afghanistan et utilisée dans de nombreux attentats, notamment au Pakistan, en Arabie Saoudite et en Irak. Cependant le fin connaisseur d’ETA, Jean Chalvidant, relève dans un entretien accordé au mensuel La lettre Sentinel (n°13, mars 2004) que cette technique utilisant des téléphones portables pour télécommander les détonateurs à distance a déjà été utilisée par l’ETA, lors de l’attentat manqué contre le leader du Parti populaire basque.

[vii] La simultanéité de plusieurs actions est considérée comme l’une des caractéristiques principales marquant la signature ou le mode opératoire d’al-Qaida. Ce fut le cas lors des attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam en août 1998, lors des attaques du 11 septembre 2001, et dans 5 vagues d’attentats successives perpétrées depuis le 11 septembre et incluant chacune plusieurs actions simultanées dans différents pays (voir détails dans le chapitre concernant la nouvelle machine de guerre d’al-Qaida).

[viii] Personnage inconnu des services de renseignement européens, présenté dans cette cassette vidéo comme le chef militaire des réseaux al-Qaidaen Europe.

[ix] N° 2055 du 25 mars 2004.

[x] Selon les enquêteurs espagnols, Emilio Suarez Trashorras et son beau-frère Antonio Toro Castro, tous les deux arrêtés le 18 mars, auraient vendu les 150 kilos de dynamite en question à Rachid Adli et Rafa Zuheir, deux Marocains soupçonnés d’être des proches de Djamel Zougham, le chef opérationnel du commando des attentats du 11 mars.

[xi] Le 28 juillet 2004, dans une prestation très remarquée, jugée sérieuse et très bien documentée par la presse espagnole, l’ex-ministre de l’Intérieur du gouvernement Aznar, Angel Acebes, a affirmé, au cours d’une audience record – qui a duré plus de dix heures – devant la commission d’enquête parlementaire espagnole sur les attentats du 11 mars, que « l’ombre de L’ETA plane toujours sur ces attentats [et que] quelque chose ne cadre pas[dans la version officielle des enquêteurs espagnols], car il difficile de croire que des délinquants impliqués dans un trafic de drogue et des vols de voitures se soient convertis en peu de temps en terroristes capables de planifier et d’exécuter des attentats ». Tout en prenant le soin de ne divulguer aucun détail concernant les secrets dont il était le dépositaire en tant ministre de l’Intérieur au moment des faits, il a conclu sa déposition en affirmant qu’il y avait encore bien des points à éclaircir, notamment au sujet de ce qu’il a appelé « l’autorité morale sur ces attentats » !

[xii] Au bout de cinq mois d’enquête, nous avons pu reconstituer les composantes de ce réseau complexe qui a planifié et exécuté les attentats de Madrid. Les têtes de ce réseau sont Rabei Osman Sayed Ahmed, alias Mohamed al-Masri, émir-coordinateur de plusieurs réseaux d’al-Qaida basés en Italie, en Allemagne et en Espagne, arrêté le 8 juin à Milan ; Abdelilah Fouad El Akil, le financier des attentats, arrêté à Ceuta le 6 avril ; Serhane Ben Fakhet, alias le Tunisien, l’émir-local du réseau qui s’est fait sauter lors de l’assaut policier contre son repaire, à Leganès, le 3 avril ; et Djamel Zougham, le chef opérationnel du commando qui a exécuté les attentats. Al-Masri a joué le rôle de recruteur et de guide idéologique ; El Akil a financé les attentats via une filière de trafic de haschisch ; Ben Fakhet est le cerveau qui a planifié les attentats avec six de ses lieutenants, Djamel Ahmidan, les deux frères Mohamed et Rachid Oulad, Abdennabi Koudjma, Abderrahim Z’badj et Anouar Asni Rifaât, qui se sont tous faits exploser en même temps que lui. Djamel Zougham est le propriétaire de la boutique de téléphonie de Lavapiès où les portables-détonateurs ont été confectionnés. Il fut arrêté en compagnie de trois complices : son demi-frère Mohamed Chaoui, son employé à la boutique de téléphonie, Mohamed Bakali, et Bassel Ghayoun, identifié par des témoins comme étant l’un des exécutants des attentats ayant introduit les sacs à dos mortels à bord des trains. L’enquête a aussi établi que ce réseau, mis en place pour organiser et exécuter les attentats de Madrid, était placé sous l’autorité d’Abdelkrim El Medjatti, surnommé le Marocain de Ben Laden. Cet émir régional chapeaute plusieurs réseaux de l’émirat de guerre euro-méditerranéen d’al-Qaida. Avant les attentats de Madrid, son nom avait déjà été cité dans les enquêtes sur les attentats de Casablanca, d’Istanbul et de Riyad (voir détails dans le chapitre concernant le plan de redéploiement planétaire d’al-Qaida). L’agent coordinateur qui servait de lien entre Medjatti et les réseaux madrilènes serait un activiste marocain, membre du GICM (Groupe islamique combattant marocain), du nom d’Ammer Azizi.

[xiii] Les auteurs ont publié plusieurs enquêtes et interviews à ce sujet, notamment dans la revue panarabe Al Majalla, n° 1258 du 27 mars 2004, dans Marianne, n° 278 du 19 août 2002 et dans le Figaro Magazine n° 18539 du 20 mars 2004.

[xiv] GRAPO : Groupe de résistance antifasciste du 1er octobre, groupuscule d’extrême-gauche.

[xv] Ancien garde du corps d’Oussama ben Laden.

[xvi] La plus célèbre de ces actions fut l’assassinat, le 23 décembre 1975, du représentant de la CIA à Athènes, Richard Welch.

[xvii] Cf. Carlos, le dossier secret de Roland Jacquard et Dominique Nauplèzes, édition Jean Picollec, 1997.

[xviii] Dans une lettre datée du 30 août 1998, adressée à Béchir Ben Yahmed, directeur de la revue Jeune Afrique, Carlos écrivait : « Les attentats de Nairobi et Dar es-Salaam sont dans la continuité historique des nôtres, commencés il y a un quart de siècle sur terre, mer et dans les airs contre les sionistes en Afrique de l’Est ».

[xix] Interview publiée dans Al Majalla, n° 1014 et 1015 du 18 et 25 juillet 1999.

[xx] Islamiste palestinien, il fut le guide spirituel des « Afghans arabes » et créa le Bureau des services à Peshawar pour accueillir et encadrer les volontaires pour le djihad anti-soviétique. Il fut assassiné dans cette ville le 24 novembre 1989.

[xxi] Kharbane et Anas sont, tous les deux, réfugiés politiques à Londres depuis 1994.

[xxii] Cheikh aveugle, figure éminente du salafisme algérien et membre fondateur du FIS.

[xxiii] Paradoxalement, le même général Lamari, qui avait « donné » Carlos, est intervenu à plusieurs reprises en sa faveur, pour obtenir des passe-droits à des personnes qui souhaitaient le rencontrer en prison. Le père-blanc Michel Lelong a ainsi obtenu un droit de visite régulier lui permettant de rencontrer Carlos une fois par mois. C’est le cas aussi d’autres personnages plus controversés et moins empreints de spiritualité que le père Lelong, comme l’ancien banquier favorable au IIIe Reich qui a édité les mémoires d’Hitler, le Suisse François Genoud. Grâce à l’intervention du général Lamari, il a pu rencontrer Carlos à la prison de la Santé et il a pu discuter des modalités de publication de mémoires que Carlos dit avoir mis en lieu sûr avant son arrestation.

[xxiv] Interview publiée dans Al Majalla, n° 1014 et 1015 du 18 et 25 juillet 1999.

[xxv] Dans une interview accordée à Al Hayat, publiée le 11 septembre 2002, à la question : « Si vous aviez un message à transmettre à Oussama ben Laden, que lui diriez-vous ? », Carlos répondait : « Je lui adresserais mes salutations fraternelles, l’encouragerais à continuer la lutte et à préserver sa vie, car il est devenu le symbole du djihad, et je lui demanderais de continuer le travail qu’il avait commencé à Khartoum, en vue de développer des relations stratégiques entre les mouvements djihadistes et d’autres organisations anti-impérialistes non religieuses ». Cela confirme qu’avant la création du Front mondial du djihad contre les juifs et les croisés, Oussama ben Laden projetait de fédérer tous les mouvements anti-américains au Moyen-Orient, qu’ils soient islamistes ou nationalistes-arabes, donc de tendance laïque.

[xxvi] Interview publiée par Al Majalla, n° 1180 du 22 septembre 2002.

[xxvii] L’organisation Abou Nidal, connue aussi sous le nom de Fatah-conseil révolutionnaire, est à l’origine d’un certain nombre d’attentats célèbres, comme celui, le 9 août 1982, du restaurant Goldenberg, rue des Rosiers à Paris, et celui en décembre 1988 de l’avion au-dessus de Lockerbie, commandité par Kadhafi.

[xxviii] Une version audiovisuelle de cette interview accordée en exclusivité à l’un des auteurs a été diffusée par la première chaîne de télévision allemande ARD, le 3 novembre 2002, dans le cadre de son émission phare Weltspiegel.

[xxix] Le premier cas de rapprochement entre les brigadistes italiens et les mouvements islamo-djihadistes remonte, en fait, à 1995. Lors de l’arrestation, le 10 mai de cette même année à Pavie, de Djamel Lounissi, un important chef de réseau du GIA algérien basé en Italie, les enquêteurs ont établi l’existence de contacts ayant permis au réseau Lounissi de racheter des stocks d’armes ayant appartenu aux Brigades rouges et de bénéficier de l’aide logistique de ces dernières pour les acheminer vers les maquis algériens.

[xxx] Division nationale antiterroriste.

[xxxi] Rencontre avec l’un des auteurs, début août 2002.

[xxxii] Nadia Desdemona Lioce a été jugée et condamnée à la prison à perpétuité, lors d’un procès qui s’est tenu à Rome, en juin 2004.

[xxxiii] Cette alliance anti-américaine entre al-Qaida et des organisations européennes non converties à l’islam a été confirmée par Abou Mohamed al-Abladj, l’un des porte-parole d’al-Qaida sur Internet, dans une lettre adressée à la revue panarabe Al Majalla.

[xxxiv] RAF : Rote Armee Fraktion, Fraction armée rouge allemande.

[xxxv] L’Unité (française) de coordination de la lutte antiterroriste.

[xxxvi] Cité par le Figaro Magazine, n° 18 627 du 26 juin 2004.

[xxxvii] Ce courant radical qui provoque les affrontements avec les forces de police lors des manifestations antimondialistes est encadré notamment par des jeunes militants d’ETA qui mettent leur savoir-faire en matière de kale borroka (guerre des rues) au service des Black Blocks.