Le financier du « cerveau » du 11 septembre sévit toujours !



Peut-on financer ouvertement le « cerveau » de l’attentat terroriste le plus spectaculaire et le plus meurtrier de l’Histoire, qui a ébranlé la première puissance mondiale, faisant près de 3000 victimes, et échapper à toute poursuite ou inculpation ?Pis encore, peut-on être inscrit sur les listes noires de l’ONU et du Trésor américain et continuer, durant dix ans, à accéder, en douce, à ses avoirs censés être gelés, pour y retirer la coquette somme de 120 milles dollars par an, soit 10.000 $ par mois ? 

 

La réponse est oui, à condition d’être un citoyen du Qatar, protégé par les personnalités les plus influentes de ce richissime émirat gazier !

Les récentes révélations du Wall Street Journal, au sujet des lacunes des sanctions onusiennes contre les financiers du terrorisme, ont levé le voile sur la rocambolesque histoire de Khalifa al-Subaiy, éminent cadre de la banque centrale du Qatar et généreux mécène… d’al-Qaida !

Lorsque les préparatifs des attaques du 11 septembre 2001 sont entrés en phase active, durant le printemps 2000, al-Subaiy était responsable de la lutte contre le blanchiment et la criminalité financière (lire la chronique de Roland Jacquard, page 10) au sein la banque centrale du Qatar. Une couverture idéale pour se prêter, en toute impunité, à ses activités secrètes de bailleur de fonds au profit des cadres les plus éminents d’al-Qaida, dont le « cerveau » du 11 septembre, Khalid Sheikh Mohamed. 

Il fallait attendre sept ans pour voir le nom de ce « mécène de la terreur » inscrit sur les listes noires de l’ONU et du Trésor américain. Ses comptes bancaires sont alors, théoriquement, gelés. Mais, on découvre aujourd’hui que les autorités qataries sont intervenues auprès du Conseil de sécurité pour obtenir des dérogations lui permettant de retirer de ses avoirs gelés pas moins de 120.000 $ par an, sans que personne ne s’en émeuve durant plus d’une décennie ! 

Plus grave, des télégrammes diplomatiques américains, révélés par WikiLeaks, rapportent qu’en plus de ces dérogations lui permettant d’accéder à une partie de ses avoirs gelés, al-Subaiy dispose toujours d’un compte bancaire actif, ce qui devrait être interdit à toute personne fichée pour financement du terrorisme. Télégrammes qui apportent, par ailleurs, la preuve que les autorités américaines étaient au courant des largesses dont il bénéficiait et n’ont rien fait, ou presque, pour les faire cesser.  

Il fallait attendre mars 2008, suite à une condamnation, par contumace, d’al-Subaiy au Bahreïn, pour des activités de soutien au terrorisme postérieures au 11 septembre, pour que l’Administration américaine exerce, enfin, des pressions sur Doha pour la contraindre à engager des poursuites à son encontre. Il est alors incarcéré. Mais, très vite, de hautes personnalités au sein de pouvoir Qatari interviennent pour le faire libérer. Tant et si bien qu’il recouvre la liberté moins de six plus tard. Et le sous secrétaire du Trésor américain, David Cohen, se contente de protester du bout des lèvres, déplorant que « les autorités de Doha adoptent des juridictions laxistes en matière de lutte contre le financement du terrorisme »  

Fort de cette impunité, que lui  a assuré sa proximité avec certaines grandes figures de la famille princière du Qatar, al-Subaiy n’a pas tardé à renouer avec ses activités de « mécène de la terreur », en levant, à nouveaux, des fonds pour des réseaux liés à al-Qaida et à Daech. Activités dont il ne se cache même pas, allant jusqu’à diffuser sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles il exhorte ses compatriotes à faire des dons pour la cause djihadiste.   

5 Dates :

11 septembre 2001 : les attaques contre les tours jumelles du Word Trade Center à New York font 2977 morts.
1 mars 2003 : le « cerveau » du 11 septembre, Khalid Sheikh Mohamed, est arrêté à Rawalpindi au Pakistan.
Mars 2008 : les autorités qataries emprisonnent Khalifa al-Subaiy, puis le relaxent six mois plus tard.
10 octobre 2008 : le conseil de sécurité de l’ONU inscrit al-Subaiy sur la liste noire des financiers du terrorisme.
20 juin 2019 : le Wall Street Journal révèle qu’al-Subaiy contourne le gel de ses avoirs et continue à financer le terrorisme.