François Hollande : La radicalisation et l’islamisme politique gangrènent la France



Cinq années se sont écoulées, depuis les attentats terroristes qui ont endeuillé Paris, le 13 novembre 2015. Au moment où la France commémore l’évènement et rend hommage aux victimes de ces attaques, le Président François Hollande, qui était en exercice lors de ces événements tragiques, a accordé une interview exclusive à Global Watch Analysis.

L’ancien Président évoque le souvenir des attentats, la douleur des victimes et de leurs familles et son souci de ne pas tomber dans le piège tendu par les terroristes : diviser les Français et les monter les uns contre les autres.

– La France commémore aujourd’hui les attentats terroristes du 13 novembre 2015. Quel souvenir gardez-vous, en tant Président de la république en exercice au moment des ces douloureux évènements ?

Cinq ans après les attentats du Stade de France, du Bataclan, des terrasses [des cafés parisiens], c’est un souvenir qui est resté gravé dans ma mémoire. Parce que j’étais Président et j’ai mesuré ce qu’étaient la détresse, la douleur de nombreuses familles qui ont été frappées. Ces familles et victimes étaient de toutes confessions, toutes religions et de toutes couleurs de peau, j’allais dire. Elles venaient pour être ensemble sur des terrasses.

J’ai été en face d’un terrorisme islamiste structurel avec Daesh. C’était Daesh qui nous faisait la guerre. Et nous y avons répondu en intervenant, dans la coalition en Syrie et en Irak, et en frappant durement ce groupe, qui a été seulement en partie éradiqué.

Ce qui comptait pour le Président que j’étais, c’était d’éviter que les terroristes nous divisent et nous séparent les uns des autres. Mais aussi qu’il y ait des réactions qui viennent mettre en cause des musulmans qui n’étaient pour rien dans ces événements.

Mais, c’est ce que cherchaient les terroristes : faire en sorte que nous puissions nous en prendre à l’islam et aux musulmans, alors que nous savions qu’il s’agissait d’un détournement de l’islam dont les musulmans sont souvent les premières victimes.

En tant qu’ancien Président, comment réagissez-vous aux nouvelles polémiques que soulèvent actuellement, dans certains pays musulmans, les caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo ?

J’ai été très peiné de voir l’incompréhension, au sein de certains pays, à l’égard de ce qu’on a appelé « les caricatures ». Les caricatures constituent une liberté d’expression que nous avons en France. Ce n’est pas l’État ou les responsables politiques qui les décident.Nous avons à faire que ces caricatures ne puissent pas toucher des personnes, mais simplement faire en sorte qu’il puisse y avoir une forme de dérision, qui a toujours existé en France.

Je veux donc dire aux pays et populations qui ont pu être heurtés par ces caricatures : Sachez bien que la liberté est une règle en France, mais nous n’avons pas à approuver ni à désapprouver ces caricatures. Nous sommes les responsables de ce pays, et à ce titre, nous devons faire respecter la loi française, qui autorise les caricatures, mais elle n’autorise pas la haine.

On n’a pas le droit en France de s’en prendre à des gens, pour leur appartenance religieuse. La laïcité n’est pas l’écrasement des religions, mais au contraire leur reconnaissance, comme un élément de liberté.

Nous avons cette liberté et je ne laisserai jamais penser que la France doive renoncer à ses libertés, pas plus que je ne laisserai penser que les musulmans n’ont pas le droit d’exercer leur culte comme ils l’entendent en France, et là aussi avec liberté.

– Les polémiques au sujet des ces caricatures ont fait apparaître au grand jour un discours incitant à la haine et à la violence qui n’est plus seulement l’œuvre des groupes djihadistes radicaux, mais aussi de mouvements – comme les Frères musulmans – se revendiquant de l’« islamisme politique », longtemps considérés comme des « modérés ». Comment faire face à ce discours de la haine qui gangrène la France ?

– Ce qui gangrène la France, c’est la radicalisation et l’islamisme. C’est le fait d’utiliser une religion pour mener des attaques ou des agressions contre l’esprit-même de la République, voire contre des représentants de la République : des professeurs, des fonctionnaires, des policiers et même contre des religieux.

Il est insupportable de penser qu’on puisse utiliser une religion contre la République française ou contre une autre religion. L’islamisme politique, celui qui encourage et, finalement, qui permet de justifier ces actes terroristes, doit également être combattu.

C’est pour cela qu’en France, nous menons, et j’y ai contribué, une action contre la radicalisation et le détournement par les réseaux sociaux d’un certain nombre de croyances, pour des fins agressives.

Mais ne confondons jamais l’islamisme avec l’islam et les musulmans avec des terroristes. Nous devons toujours faire valoir une liberté qui soit la même pour tous, quelle que soit la religion. Et que les terroristes sont des terroristes, avant d’être des hommes ou des femmes fanatisés par un dieu qu’ils ont détourné.