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France : Pourquoi l’islam fait-il polémique ?



Hamid Zanaz (*)

La perversion de la cité, disait Platon, commence par la fraude des mots. Concernant l’islam, on en est arrivé, en France, au massacre des mots. Si cette religion est au cœur des polémiques électorales françaises, ce n’est pas à cause de l’importance de ce que pourraient représenter les voix des musulmans dans les urnes, mais pour d’autres raisons, liées à des problématiques bien plus explosives. Pourquoi l’islam est-il devenu un sujet capital de la campagne électorale en France ? C’est seulement par peur ou par semblant de peur face au ‘‘grand remplacement’’, ou dans le but de le réfuter. Si la droite dans toutes ses couleurs et tendance a trouvé son cheval de Troie dans ce ‘‘grand remplacement’’, le déclassement politique de la gauche est essentiellement dû au déni de cette situation, qui est aujourd’hui au cœur du débat politique en France.

La peur du ‘‘grand remplacement’’ n’est plus une vue de l’esprit de certains ‘‘islamophobes’’ ou un simple thème de campagne électorale comme veulent le faire croire les bienpensants. Cette expression est à réfuter, car elle est devenue maudite dans la bouche de beaucoup de politiciens qui on en fait le synonyme d’une dérive racisante et essentialiste. On peut cependant parler d’une ‘‘islamisation progressive par le nombre’’. Il ne s’agit pas de remplacer des populations par d’autres, mais de l’islamisation d’un territoire. Et c’est une idée islamique essentielle, car l’islam est venu, selon ses adeptes, pour islamiser l’humanité tout entière. La plupart des musulmans croient, dur comme fer, que cela est réalisable par la volonté d’Allah et par leur influence discrète sur leurs sociétés d’accueil.

Jacques Attali, considère que le grand remplacement est « une réalité de la vie, des peuples, des cultures, des langues. Ce qui nous menace, c’est plutôt le grand obscurantisme, qui verrait anéantir huit siècles de combat pour les Lumières et la laïcité ». Ce grand remplacement renvoie, selon lui, à « des vieux fantasmes qui occupaient tous les débats il y a un siècle, quand on disait la France menacée de ‘perdre son âme sous les coups de boutoir des envahisseurs italiens’, puis polonais ».

Or, comment explique qu’Attali, qui est pourtant un observateur averti, ne tient pas compte des événements capitaux qui ont changé la donne, à une échelle mondiale, en l’occurrence la révolution islamique de Khomeini en 1979, l’apparition d’Al-Qaïda, la décennie rouge algérienne de 1992 à 2003, les massacres perpétrés par l’État islamique (Daech), les révolutions arabes, les terribles attentats islamistes en France et en Europe, depuis 2015…

Attali réfute « la menace des migrants de fraîche date : s’ils viennent en Europe, c’est justement, pour l’essentiel, parce qu’ils fuient l’obscurantisme et la dictature chez eux » ! Il oublie que l’un n’empêche pas l’autre. Il suffit de regarder de près les itinéraires de certains terroristes, qui ont perpétré des attentats sur le sol Français, pour s’en rendre compte.

Autre exemple édifiant : les Frères Musulmans ont fui leurs pays, accueillis généreusement en Occident. Que font-ils depuis 40 ans ? Ils islamisent tranquillement, pour ne pas dire : ils ‘‘remplacent’’ !

Les banlieues sont devenues le terreau idéal pour les fanatiques : multiplication des salles de prières, développement ostentatoire de la pratique de l’islam : barbes, marque de prière au front, changement du langage, conversion des non-musulmans, sans parler du voile qui gagne sans cesse du terrain… C’est un ‘‘petit remplacement’’ qui rêve de devenir ‘‘grand’’ !

Aucune religion se considérant intégralement ‘‘révélée’’ n’est compatible avec la modernité.  Ce sont deux visions contradictoires du monde et de l’homme, inconciliables par essence. C’est une perte de temps que de chercher un quelconque mariage même circonstance entre les deux.

Résultat : une crise d’identité grandissante, car la personnalité du musulman d’aujourd’hui – ici comme ailleurs – est schizophrène, écartelée entre une moitié qui vit au passé, croit, prie, psalmodie, jeûne, et une moitié qui tente de vivre dans le présent, en adoptant tous les éléments matériels de la modernité, tout en rejetant catégoriquement ses aspects philosophiques et juridiques. Le musulman se sent agressé, bafoué, humilié face à la pensée occidentale moderne. Raison pour laquelle il ne trouve pas la voie pour « être là dans le monde moderne ».

Pour en revenir à la réflexion de Jacques Attali, suffit-il de dénoncer l’obscurantisme, sans le lier à sa source idéologique, en Europe comme ailleurs ? Sans remettre en cause le corpus lui-même, considéré comme sacré par ces mêmes obscurantistes, corpus dont la validité est perçue comme éternelle par tous les musulmans du monde.

Avec l’islam, la collision entre le moi ethnique et le surmoi républicain est inévitable. Entre l’islam et la République, ce n’est pas d’un match amical qu’il s’agit, mais d’un conflit ontologique. Un musulman ne peut pas être un croyant à mi-temps, il est croyant à temps plein : un croyant intégral. Son dogme est considéré comme incontestable et jamais il ne lâche rien. Et, comme il ne peut adapter sa religion à son nouvel environnement, il veut adapter cet environnement à sa religion.

Cela ne suit pas le schéma du ‘‘grand remplacement’’ tel qu’il a été théorisé par Renaud Camus, qui le décrit comme un ‘‘processus involontaire’’. A un certain moment, pensait Engels, la quantité devient une qualité. L’idée d’un grand remplacement , voulu et calculé, est bien plus ancienne : dans son discours à l’ONU en 1974, le président algérien Houari Boumediene (mort en 1978) annonçait déjà la victoire future sur l’Occident, grâce au djihad par le l’arme démographique du ‘‘ventre fertile’’ : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour aller dans l’hémisphère Nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire ».

Tout est dit, comme l’affirmait le professeur d’Histoire au début de son cours inaugural, dans le Déclin de l’empire américain, de Denys Arcand : « Il y a trois choses importantes en Histoire. Premièrement, le nombre.Deuxièmement, le nombre. Troisièmement le nombre ».