En découdre avec les adorateurs de la secte du couteau et de la bombe !



Jean Marie Montali (*)

Un enseignant. C’était un prof d’Histoire qui, lorsqu’il enseignait celle de la liberté d’expression, demandait à ceux de ses élèves que cette liberté fondamentale pouvait choquer de sortir de la classe. Ça en dit long, déjà. Ce professeur était menacé de mort sur les réseaux sociaux. Il le savait. Il avait porté plainte. Des parents avaient même demandé sa démission parce que vous comprenez, la liberté d’expression c’est obscène.

C’est que, pensaient ces parents. L’instruction, le savoir, la liberté, la science et toutes ces autres matières qu’on enseigne dans les écoles de la République, ça peut vous pourrir vite fait la tête d’un enfant endoctriné. A quoi ça sert de bourrer le crâne des gamins d’un dogme religieux si un professeur de la République veut y fourrer autre chose ? Le bourrage de crâne, ça ne laisse pas de place à rien, et surtout pas à la liberté. L’indépendance, l’émancipation, le libre-arbitre, ça ne cadre pas avec le dogme. Ces mots ont d’ailleurs des synonymes : indépendance, délivrance, affranchissement, autonomie. Des mots blasphématoires, comme les caricatures. Et comme elles, des mots désormais mortels ? Pour les fanatiques, adorateurs de la secte du couteau et de la bombe, rien en dehors du Coran, de ses 114 sourates et quelques 600 versets ! Instruction ? Oeuvre du diable ! Intelligence et connaissance ? Sorcellerie ! L’ignorance, c’est le fumier du fanatisme, rien d’autre et ça ne sert à rien de se tortiller.

Il y a quelques siècles en Europe, nous brulions nos sorcières et nos sorciers, ou du moins les malheureuses et les malheureux jugés comme tels par des bigots fous de Dieu. Aujourd’hui, on attaque au hachoir des journalistes, on égorge et décapite au couteau de cuisine un enseignant indigne de fouler la terre d’Allah. Mais sacré Nom de Dieu, Conflans-Sainte-Honorine n’est pas la terre d’Allah ! C’est la République ! La République laïque ! On est libre de croire ou de ne pas croire, de prier ou de blasphémer, parce que le blasphème est un non crime envers un non être, tant qu’on aura pas prouver l’existence de Dieu. Dieu, on y croit ou pas. Que cela choque ou pas, Dieu est un non être, comme le Père Noël, Gargamel ou le Schtroumpf Grognon.

En France, il y a longtemps, on a botté le cul aux curés et aux bonnes soeurs, parce qu’on aimait pas trop les voir fouiner dans les quartiers, autour de nos jeunes à essayer de les convaincre. On trouvait que ça nous ramenait vers les ténèbres, à des âges superstitieux. Faut nous comprendre aussi : on a grandi avec les classiques et les humanistes. L’irrationnel, ce n’était pas notre truc, surtout que ça vire souvent au fanatisme. L’illusion monothéiste qui poursuit le rêve du triomphe d’un dieu unique dans le monde entier ne nous plaisait pas du tout. Nous étions pour un autre universalisme. L’universalisme républicain qui laisse à chacun sa liberté de conscience. Les curés et les bonnes soeurs se sont dépiauté vite fait de leurs soutanes et de leurs cornettes, parce que ce n’était ni plus ni moins que du prosélytisme sournois, une agression visuelle pour nous les mécréants et les croyants d’une autre religion. Qu’ils se fondent dans la République, nom de Dieu ! On a décroché les Christ en croix des salles de classe, parce que la loi de Dieu n’a pas à s’imposer dans l’école publique, laïque et républicaine. Ce qui est vrai avec le Dieu des catholiques doit l’être aussi avec celui des Musulmans : il doit rester à la porte de l’école.

Les caricatures sont outrancières ? Vulgaires ? Parfois même obscènes ? Et alors ? C’est pour mieux dénoncer, l’obscénité et la vulgarité du pouvoir quand il en abuse. Il faut être demeuré pour ne pas comprendre ça : la caricature est un contre pouvoir. Elle sert aussi à mieux condamner l’écœurante manipulation exercée par de prétendus docteurs de la foi, faux prophètes et vrais cinglés, qui contaminent les esprits au point de leur faire croire que la sainteté est dans le meurtre d’innocents. Que Dieu se repaît de sang et de larmes. Ce sont eux les vrais blasphémateurs : ils défigurent l’image de Dieu pour en faire un être à leur image, barbare et sanguinaire. Les caricatures sont violentes ? Et alors ? Une caricature n’a jamais tué personne. La violence de son trait dénonce la violence exercée sur les esprits et sur les personnes par des marchands d’illusions qui racolent en promettant gloire et paradis, là où il n’y a que l’oubli et le néant.

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond, dans la tête de ces cinglés, pour ne pas comprendre que ce n’est pas la caricature qui provoque le fanatisme, mais le contraire : c’est le fanatisme qui inspire les caricaturistes.

Autre chose encore : la caricature existait avant Dieu, Jésus, Allah, les prophètes et tous les saints. Dans l’Egypte ancienne, on caricaturait déjà la toute puissance des prêtres pour dénoncer leur emprise sur les esprits. En France, pendant les guerre des religions, les catholiques représentaient Calvin en porc, et les protestants avaient fait du Pape un âne. Avant et pendant la Révolution, Louis XVI était dessiné en étron et Marie-Antoinette en prostituée. Mais il faudra attendre les caricatures de Mahomet pour que des journalistes soient assassinés, une rédaction massacrée, un enseignant décapité.

Alors que ceux qui auraient envie de se tortiller sur la tombe de Samuel Paty, ce vrai martyr en se demandant, d’un air pénétré, si lui aussi n’aurait pas un peu cherché à se faire assassiner, la bouclent. Il faut être drôlement contaminé pour penser un truc pareil. Tout comme une caricature ne provoque pas le fanatisme mais est inspirée par lui, la liberté d’expression n’est pas responsable d’une exécution. C’est le fanatisme, et lui seul, le coupable.