Daesh et Frères musulmans, même combat !



Hamid Zanaz (*)

Disons-le d’emblée, la seule différence qui existe entre la confrérie des Frères Musulmans et Daesh, c’est la méthode. La fin reste la même : appliquer la charia islamiya, la loi islamique, et réinstaurer le califat, en désignant un calife à la façon islamique, sans vote. Une fois cela fait, ils oeuvrent  à islamiser l’existence et à dominer le monde. Ainsi, deux entités intégristes se rendent service souvent consciemment, parfois inconsciemment.

Les Frères Musulmans exploitent les monstruosités commises par Daesh pour se montrer réformistes et pacifiques, se présenter aux occidentaux comme les représentants exclusifs du vrai islam, l’islam modéré. De leur côté, les terroristes de Daesh exploitent à leur tour l’apparente attitude conciliante et pacifiste des Frères Musulmans afin de se montrer intraitables, en véritables révolutionnaires, seuls défenseurs d’un islam fort et sans complexe.

Point d’antagonisme, c’est juste une question de répartition des rôles, même à distance. Cependant, la Confrérie reste le pilier théorique de l’intégrisme depuis 1928. Et, à chaque époque, elle engendre un groupe décidant, qui se donne pour mission de concrétiser les idées de Confrérie – quelques par la pression et l’intimidation, parfois par la violence – et le dernier en date est l’organisation terroriste Daesh.

La Confrérie a toujours servi d’anti-chambre à tous ceux qui veulent passer de la théorie de Hassan al-Banna et Sayyid Qutb à la pratique. Passer à la violence et au terrorisme pour mettre en œuvre ce dont les deux grandes figures des Frères Musulmans rêvaient dès les années 20 : restaurer le leadership des musulmans pour retourner au califat.

Au su et au vu de tout le monde, la Confrérie a planté dans la conscience et dans l’inconscient de plusieurs de générations de musulmans une idée toxique qui empêche toute coexistence avec l’Autre, le non-musulman. Une idée par laquelle les terroristes justifient leurs actions et leur haine de l’autre : le monde entier est contre les musulmans et ne cesse de conspirer contre eux pour qu’ils ne puissent pas restaurer le califat, source de leur force, de leur unité, de leur domination du monde.

Aussi toxique que cette idée propagée par la Confrérie dans le monde arabe, l’idée d’islamophobie est un piège tendu aux musulmans résidant en Occident et à la gauche européenne. De nombreux musulmans et la plupart des gauchistes européens sont tombés dans ce piège. Par naïveté ou par paresse intellectuelle, ils ont remplacé le mot racisme par le mot islamophobie. Et, selon eux, toute personne qui critique les islamistes en Europe, en particulier les Frères musulmans, est raciste et islamophobe.

Quant aux jeunes musulmans européens, qui ont été trompés par cette expression/piège, ils considèrent désormais leurs sociétés occidentales comme hostiles à eux et à leur religion. Ce qui facilite leur recrutement dans les rangs de groupes extrémistes comme Daesh, pour mener des opérations terroristes chez eux, en Occident, comme cela s’est produit en France, en Belgique, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Il est pour le moins étrange et suspect qu’aucune étude occidentale n’a dévoilé le rôle prépondérant des Frères Musulmans dans la radicalisation des jeunes d’origine musulmane en Occident et leur engagement militaire, parfois dès l’adolescence, dans les rangs de Daesh, pour « tuer et être tués au nom d’Allah », comme disait un Hadith de leur prophète, glorifiant le djihad.

La majorité des experts en Europe expliquent la radicalisation par la propagande de Daesh sur Internet, particulièrement via les réseaux sociaux. Comme si ce travail se faisait uniquement par voie virtuelle. Ces spécialistes, souvent autoproclamés, font semblant de ne pas voir le travail d’embrigadement initial mené sur le terrain par les Frères Musulmans. Sans ce lavage de cerveau dès la petite enfance, les jeunes musulmans n’auraient pas été une proie facile pour les recruteurs de Daesh.

Ce sont les Frères Musulmans et leurs alliés qui préparent et formatent ces jeunes, en leur inculquant une formation religieuse précoce, en opposition avec les valeurs de la vie moderne. Une dé-formation dispensée, au vu et au su de tous, dans les mosquées, les centres « cultuels » sournoisement qualifiés de « culturels » et autres clubs sportifs gérés par la Confrérie de façon directe ou indirecte.

Dans son livre Mosquées radicales : Ce qu’on y dit, ce qu’on y lit , le directeur de l’Observatoire de l’islamisation en France, Joachim Véliocas, dénombrait environ 450 mosquées contrôlées par les mouvements extrémistes islamiques, dont 200 sous la houlette de « Musulmans de France », la filiale de la confrérie des Frères muslmans en France. Et ce n’est pas tout, cette même Association intégriste dirige un centre de formation des imams. Elle accueillait Youssef Al Qauradawi pour donner des conférences, avant qu’il ne soit interdit d’entrer en France et recherché par Interpol pour incitation au meurtre !

Depuis sa création, la Confrérie sème des phrases creuses dans les esprits des jeunes et moins jeunes, telles que « l’Islam est la solution », « la laïcité, une impiété », « la modernité, une hérésie »… Et, avec le temps, à force de les répéter partout, ces slogans dogmatiques se sont mués en bombes prêtes à exploser à tout moment, au profit de Daesh.

Il est naïf de croire que l’origine de la propagation de la violence djihadiste est due essentiellement à la propagande fanatique sur les réseaux sociaux. Les graines de l’extrémisme sont semées dans toute mosquée chapeautée par les Frères Musulmans et leurs acolytes. L’internet n’est qu’un support facilitateur et n’est pas le véritable géniteur de la violence sacrée, contrairement à ce que veulent nous faire croire les Frères musulmans et certains experts  et médias français.

Cet égarement ne se limite pas seulement aux médias et à une certaine gauche, car les autorités politiques françaises n’ont pas été d’une grande clairvoyantes non plus. A défaut d’une approche profonde et courageuse, la France s’est contentée de traiter les symptômes au lieu d’affronter la maladie islamiste.

Les rapports commandés par les gouvernements successifs ont approché la question avec des pincettes, pour ne pas énerver les prétendus « musulmans des banlieues ». Ils se sont éloignés de la réalité du terrain, en concentrant leurs efforts sur ce qui se passe sur la toile, pour tenter de comprendre comment se construit le travail de propagande de Daesh en direction des jeunes français d’origine musulmane. Comme si ces jeunes n’avaient pas d’autres espaces de vie en dehors d’internet et des écrans bleus. Ces derniers ne sont, en réalité, que la dernière étape d’un long travail de radicalisation qui débute d’abord au sein de la famille, depuis la tendre enfance, puis se consolide dans la rue, au club islamique et à la mosquée tenue par des Frères Musulmans ou d’autres mouvements intégristes contrôlant le quartier.

C’est ainsi que se développe le phénomène de la radicalisation, grâce à un long travail préparatoire, une vraie  formation intégriste. Et à l’issue de leur apprentissage, les jeunes deviennent une proie facile, un fruit mûr qui va être dévoré par le discours de Daesh, car il trouve dans ce discours la concrétisation pratique et rigoureuse des idées acquises dans les ateliers des Frères Musulmans. Daesh vient donc en dernier recours pour moissonner ce que la confrérie a semé, en recrutant des tueurs, des kamikazes, des poseurs de bombes bien formés et prêts à l’emploi.

Cette légion de tueurs islamistes, les Frères Musulmans en ont toujours rêvé, Daesh l’a fait !