Daech : vers une « guerre d’usure » par procuration ?



Le chef de Daech Abou Bakr al-Baghdadi, est apparu dans une vidéo de propagande publiée par le bras médiatique de l’organisation l’agence Al-Furqan . Une apparition qui marque un tournant décisif dans le mode opératoire de l’organisation terroriste que son chef a qualifié de : « guerre d’usure ».

5 ans après sa première et dernière apparition sur l’estrade de la mosquée al-Nouri de Mossoul en Iraq, Abou Bakr al-Baghdadi, l’émir en chef de Daech, est de nouveau apparu dans une vidéo de propagande tournée cette fois à huis-clos. Entouré de 3 de ses collaborateurs proches, dont les visages ont été floutés, le discours leader de la mouvance djihadiste parait bien loin du triomphalisme du 5 juillet 2014, lorsqu’il s’était autoproclamé calife.
Donné pour mort ou blessé à maintes reprises, depuis 2017, par la Russie et la coalition internationale en Syrie ; disparu des radars depuis un dernier message audio qui lui a été attribué, en août 2018 ; la réapparition d’Al-Baghdadi dans une vidéo diffusée le 29 avril 2019, marque un tournant dans le parcours de l’organisation qui renonce à son revue d’asseoir un État Islamique en Irak et en Syrie.
Dans ce message vidéo d’une durée de 18 minutes, al-Baghdadi appelle de nouveau à la guerre sainte, mais aussi à la réorganisation de Daech et des organisations djihadistes qui lui ont prêté allégeance. au travers du monde.
Le chef de Daech ameute ses troupes pour ce qu’il qualifie de « guerre d’usure », combat de longue haleine contre des ennemis de tout bord, avec un changement tactique dans le choix des cibles visées par les attaques terroristes : cibles plus fragiles et plus symboliques comme les lieux de cultes et les locaux de police (attaque de Zulfi en Arabie Saoudite) etc…
Al-Baghdadi apparaît sur cette vidéo en bonne santé et sans signe visible de blessures, dans une mise en scène qui vise à réaffirmer la place centrale qu’il occupe au sein de la nébuleuse daechienne et son aptitude à la diriger.
Le leader de Daech est filmé assis à même le sol, dans ce qui semble être une cache secrete, dans une posture qui rappelle celles des célèbre vidéos du leader d’Al-Qaida, Oussama Ben laden, et de son succéder Ayman al-Zawahiri.
Tournée après l’ultime défaite de Daech à Baghouz, qui a marqué la chute de son dernier bastion territorial en Syrie, la vidéo ambitionne d’insuffler un nouvel élan aux adeptes de l’idéologie djihadistes, en les incitant à commettre des attaques de « vengeance » sur de nouveaux territoires, au-delà de ce qui était le terrain de guerre traditionnel de Daech.
Al-Baghdadi affirme dans la vidéo que 92 attaques ont été perpétrées par son organisation dans 9 pays. Et dans un message audio additionnel, probablement enregistré après la vidéo, il évoque les attentats meurtriers du 21 avril dernier au Sri Lanka. Al-Baghdadi s’attaque aussi à la France, appelant à la cibler par de nouvelles attaques.
Cette apparition médiatique d’al-Baghdadi vient mettre un terme aux interrogations concernant son leadership au sein Daech, puisqu’il parait garder toute sa puissance logistique et financière, et réaffirme la centralisation de sa chaîne de commandement.
Si, la vidéo confirme que Daech garde en partie de sa force de nuisance, elle prouve aussi qu’il traverse une phase de mutation et tente de réorganiser ses troupes et revoir les modus operandi de ses opérations, en adoptant un mode d’action insurrectionnel pour combler les lacunes provoquées par la chute de ses bastions en Syrie et en Irak.
Essoufflé et à cours de combattants, Daech mise notamment sur une guerre par « procuration », en Asie et en Afrique du Nord et de l’Ouest. Et ce grâce à l’allégeance d’organisations djihadistes implantées dans ces régions. Organisations qui ont une autonomie d’action, mais dont les opérations contribuent à la renaissance de Daech qui se les attribue.
Al-Baghdadi tente de réaffirmer la position centrale de son organisation dans la nébuleuse djihadiste, en mettant en scène une nouvelle réorganisation des wilayas (provinces) qui compose la califat daechien. Cette mise en scène s’est aussi illustrée par l’évocation de l’allégeance d’Abou Walid al-Sahraoui et de ses troupes au Sahel comme étant un fait nouveau, alors qu’en réalité elle date de 2015.
Cela montre bien que ans la guerre médiatique et de propagande de Daech, tous les arguments fallacieux sont les bienvenus !