Quand le chercheur François Burgat incite les musulmans de France au communautarisme !



Président du Centre arabe de recherches et d’études politiques (CAREP) à Paris, un organisme financé par le Qatar, François Burgat appelle les musulmans à manifester dans les urnes leur opposition à la « posture française face à la radicalisation ». 

Par Ian Hamel

« La partition que le Rassemblement national nous joue au tambour, la droite nous la joue au saxo et la gauche à la flute », lâche François Burgat. Ce qui signifie, pour l’ancien directeur émérite de recherche au CNRS, que la très grande majorité des Français cautionne un « processus de criminalisation de la population musulmane ». Dans ces conditions, « il faut taper aux urnes. Il faut taper où ça fait mal ». Comme l’Hexagone compte six millions de musulmans, « le rapport de force n’est pas si terrible que ça (…) Nous devons nous mobiliser sur le terrain électoral », ajoute l’auteur de Comprendre l’islam politique.

Dans l’esprit de François Burgat, il ne s’agit pas d’encourager les musulmans à s’engager dans des formations politiques, de droite, de gauche ou écologistes, mais bien de constituer des listes musulmanes, donc de favoriser le communautarisme.

Par ailleurs, ce « nous » est significatif. Car il semble confirmer les accusations portées, à l’encontre de François Burgat, par Mohamed Louizi, l’auteur de Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans. François Burgat ne serait pas seulement un universitaire tombé amoureux de son objet d’études (les Frères musulmans, les islamistes), « c’est un compagnon de route de la Confrérie et on peut même se demander s’il n’est pas lui-même Frère musulman », assure Louizi.

Devant un public conquis d’avance, au siège du CAREP, le 18 octobre dernier, Burgat s’est lâché sans retenue lors d’une conférence intitulée « La France face à la radicalisation ». Selon lui, si le raidissement anti musulman traverse toute l’Europe, c’est la France qui en a pris la tête. « En raison de son hystérie anti voile, elle se décrédibilise. On sourit de nous dans le monde anglo-saxon », jette-t-il. Et de dénoncer « la décrépitude intellectuelle de la France », les « franchouillardises » qui poussaient l’Hexagone au temps des colonies à décerveler les musulmans en leur apprenant « nos ancêtres les Gaulois ».

Certes, il ne s’agit surtout pas de nier les innombrables horreurs commises par la colonisation, mais piocher dans des arguments aussi éculés ne fait pas honneur à un ancien directeur de recherche au CNRS. Et que penser quand François Burgat se réjouit que « les gauches arabes sont minables dans les urnes », ou quand il se gausse des « féministes laïcardes » ?

Plus grave encore, l’ancien chercheur accuse le « système » français de « préparer le prochain Mickaël Harpon », du nom du tueur de la préfecture de police de Paris. Si l’on suit le raisonnement du président du CAREP – qui qualifie les quatre meurtres de policiers  d’« événement » – en criminalisant les musulmans, la France cherche à pousser à bout certaines personnes fragiles car discriminées à commettre l’irréparable. En clair, c’est la France qui fabrique volontairement de la radicalisation ! Finalement, selon Burgat, les terroristes les plus sanguinaires ne seraient que d’innocentes victimes de l’égoïsme et de l’iniquité de l’Occident.

Haoues Seniguer, enseignant à Sciences Po Lyon, constate que la « “bonne“ version de l’islam [de François Burgat] serait celle des islamistes, qui l’interpréteraient comme il se doit, conformément à ce que serait son essence profonde : un islam intégral, normatif, “identitaire“ donc, et politiquement oppositionnel ». Oubliant que l’islam est « une religion séculaire qui s’est longtemps passée d’islamisme », écrit-il dans un article, sur le site Mondafrique, intitulé : « Pour François Burgat, les islamistes ont toujours raison ».

Il est  vrai que le Centre arabe de recherches et d’études politiques (CAREP) de Paris est une filiale du CAREP Doha Institute, dirigé par Azmi Bishara, arabe israélien, installé au Qatar depuis une dizaine d’années et conseiller officieux de l’émir. Et que le politologue français est un fidèle habitué des palaces de Doha, devenus pratiquement ses cantines favorites. Ce qui pourrait expliquer que depuis des mois l’ancien chercheur ne cesse de dénigrer Qatar Papers, le livre signé par Christian Chesnot et Georges Malbrunot, et leur documentaire « Qatar, guerre d’influence sur l’Islam d’Europe », diffusé sur Arte.

Ce qui fait dire au site francophone Oumma.com : « Stupéfiant ! L’homme de gauche, qui hurle avec les loups, s’indigne donc que l’on s’en prenne à la théocratie esclavagiste par excellence, là où l’argent coule à flots, un critère qui, il est vrai, ferait trouver du charme à n’importe quelle monarchie absolue ». Petite précision, François Burgat, comme Tariq Ramadan, son meilleur ami (ils se sont connus en Égypte au début des années 90) se prétendent toujours de gauche…