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Présidentielle 2022 : une radicalité nommée abstention



atmane tazaghart (*)

Méfions nous des scrutins qui semblent pliés d’avance. S’il y a une leçon à retenir de cette singularité française qui consiste à élire le Président de la République au suffrage universel, il s’agit bien de celle-là ! Ces chers ‘‘Gaulois réfractaires’’ prennent un malin plaisir à démentir les prédictions, rejetant l’idée que médias, analystes ou sondages – ces outils de mesure du débat démocratique, dont ils raffolent par ailleurs – puissent leur ‘‘imposer’’ la fatalité d’un scénario électoral inéluctable.

Or, les bouleversements qui émergent dans les dernières lignes droites des campagnes électorales, pour démentir les pronostics et bouleverser les scénarios préétablis, ne sont jamais de bonne augure : ils résultent, le plus souvent, de ‘‘décrochages électoraux’’ dus au manque de suspense ou à l’ennui électoral provoqué par une offre politique jugée indigente.
Pour de multiples raisons (restrictions sanitaires liées à la covid, dérives populistes, guerre des égos provoquant des divisions chroniques notamment à gauche…), l’actuelle campagne présidentielle n’a guère soulevé d’enthousiasme. Et à cet inquiétant marasme s’est additionné un désintérêt provoqué par l’actualité tragique liée à l’invasion russe de l’Ukraine, qui a quasiment stoppé la campagne électorale et l’a reléguée à la marge du paysage politique et médiatique.
Ainsi, par dépit ou manque d’intérêt, l’électorat se retrouve plus que jamais volatil. À moins d’un mois du premier tour du scrutin, seuls 69% des Français sont sûrs d’aller vote. Ce qui augure d’un taux d’abstention flirtant dangereusement avec le seuil d’un tiers du corps électoral (contre 22% en 2017). Et si les choses n’évoluent pas dans la dernière ligne droite de la campagne, on risquerait de battre le record absolu d’abstention à une élection présidentielle en France : les 28% qui ont conduit au désastre du 21 avril 2002, avec la qualification du Front national, pour la première fois, au second tour de la présidentielle.
Et même si, encore une fois, les dix précédentes élections du Président de la République au suffrage universel ont apporté la preuve qu’il faut toujours se méfier des scénarios écrits d’avance, le fait que deux tiers des Français soient convaincus qu’Emmanuel Macron sera confortablement réélu (même s’ils sont loin d’être tous des électeurs potentiels du Président sortant) apparaît comme un facteur aggravant de l’abstention. Tant et si bien qu’un ‘‘sursaut électoral’’ ne semble envisageable que dans l’optique d’une ‘‘mobilisation républicaine’’ : à la double condition que le challenger du Président sortant soit un(e) candidat(e) de la droite nationaliste ou identitaire et que l’écart, au second tour, se réduise de façon significative.
Qu’adviendra-t-il si la défiance électorale se confirme, conduisant un électeur sur trois à bouder les urnes ? Un taux record d’abstention ne serait, en aucun cas, une bonne nouvelle pour l’exercice démocratique. De deux choses l’une : soit le Président sortant est reconduit ‘‘par défaut’’, dans un marasme et une indifférence généralisés ; ou alors les répercussions de l’abstention sur les rapports de forces électoraux parviennent à provoquer une ‘‘remontada’’ de nature à bouleverser le scénario, peu réjouissant, d’un deuxième tour opposant de nouveau Emmanuel Macron à Marine Le Pen.
Une telle remontada profiterait fatalement aux extrêmes. Car, ils jouissent d’une assise électorale aux motivations idéologiques, voire dogmatiques, très peu sensible à la tentation abstentionniste. Reste à savoir, dans ce cas de figure, si le ‘‘joker’’ sera d’extrême gauche ou d’extrême droite. Autrement dit, Jean-Luc Mélenchon parviendra-t-il à tirer profit de la tectonique (accentuée par le cataclysme Zemmour) des trois blocs qui se disputent les voix à droite, pour se frayer un ‘‘trou de souris’’ vers le second tour ? Ou alors, la surprise viendra-t-elle du camp populiste ? Car, même si tout semble indiquer que la percée zemmourienne s’est beaucoup tassée, la nature atypique de sa candidature et l’aspect ‘‘underground’’ de sa campagne font que l’ampleur de sa véritable audience est difficilement sondable par les outils traditionnels de la mesure électorale.