Nouvelles révélations sur la « Qatar Connexion »



Malgré les dénégations des autorités qataries, qui s’efforcent de démentir toute implication dans le financement du terrorisme, les scandales se multiplient et les révélations se succèdent, depuis le début de l’été, apportant un lot surprenant de documents et de preuves qui accablent l’émirat gazier. Des révélations qui éclaboussent de nombreux hommes d’affaires et dignitaires locaux, mais aussi d’éminents membres de la famille princière, dont Fahad Bin Hamad Bin Khalifa al-Thani, l’un des frères de l’émir actuel, Tamim Bin Hamad Bin Khalifa al-Thani, et l’ancien premier ministre Hamad Bin Jassim al-Thani, proche conseiller et associé en affaires de l’ancien émir Hamad Bin Khalifa al-Thani…

Le feuilleton estival des révélations apportant les preuves de l’implication du Qatar dans le financement du terrorisme a débuté le 20 juin par une enquête du Wall Street Journal. En se basant sur des documents internes du l’ONU, cette enquête révélait que le célèbre argentier qatari d’al-Qaida, Khalifa al-Soubaiy, connu pour être le financier du « cerveau » des attentats du 11 septembre 2001, Khalid Sheikh Mohammed, inscrit à ce titre sur les listes noires de l’ONU et du Trésor américain, depuis 2008, continuait – grâce à la complicité des autorités de Doha – à avoir accès à ses avoirs censés être gelés par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Pis encore, fort de l’impunité due à sa proximité avec certaines grandes figures de la famille princière du Qatar, dont l’ex-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Hamad Bin Jassim al-Thani, al-Subaiy n’a pas hésité à renouer avec ses activités de « mécène de la terreur », en levant à nouveaux des fonds, en 2009, puis en 2011, 2012 et 2013, au profit de réseaux liés à al-Qaida et à Daech au Pakistan, en Iran, en Irak et en Syrie.
Doha abrite et protège un autre « mécène de la terreur » non moins célèbre. Son nom est Abdelrahman al-Nuaimy. Les enquêtes de l’ONU ont établi qu’il a récolté à partir de 2005 plus de 2 millions de dollars par mois pour le compte d’al-Qaida en Mésopotamie, autrement dit pour l’organisation Zarqawi, l’ancêtre de Daech. En 2013, le Trésor american l’a classifié parmi les « terroriste spécialement ciblés ». Son nom est alors inscrit sur les listes noires américaines, européennes et onusiennes. Comme pour Khalifa al-Subaiy, les avoirs d’al-Nuaimy sont censés être gelés. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à financer Osbat al-Ansar, au Liban, les Shebbabs en Somalie et le front al-Nosra en Syrie.
La générosité d’al-Nuaimy n’épargne pas le continent Européen. A travers l’association Eid Charity, dont il est le co-fondateur, il finance, en Grande Bretagne, l’Human Appeal International, une association liée au Frères musulmans, affiliée à l’organisation Union of Good, fondée et présidée par le cheikh Youssef al-Qaradhawi, inscrite par le Trésor américain sur la liste noire des organisations finançant le terrorisme, depuis 2008.
Et à travers sa fondation al-Karama, al-Nuaimy est accusé de fournir du financement à de nombreuses associations liées au Frères musulmans et à des groupes terroristes dont le Hamas palestinien, à travers deux personnages controversés basés en Suisse : le qatari Khalifa Bin Mohammed al-Rabban, patron de la branche suisse d’al-Karama, et l’algérien Ahcene Kerkadi, membre d’al-Karama et ancien cadre du Front Islamique du Salut (FIS) algérien.
Huit autres dignitaires et hommes d’affaires qataris ont été épinglés par des rapports d’enquêtes occidentaux ou onusiens.
Ainsi, Salem Hassan Kuwari et Abdullah Ghanim Khawar a été épinglé par le Trésor américain d’avoir « fourni plusieurs centaines de milliers de dollars à al-Qaida pour ses opérations, ainsi que pour faire libérer des détenus d’al-Qaida en Iran et ailleurs ». Un troisième citoyen qatari, Ibrahim Issa al-Bakr, a lui aussi été blacklisté par le Trésor américain pour avoir collecté des fonds pour al-Qaida et les Taliban. Il aurait aussi fourni du soutien logistique au Fond al-Nusra en Syrie.
En 2012, l’ancien membre du comité olympique qatari, Abdulaziz Bin Khalifa al-Attiyah a été arrêté au Liban, pour avoir fourni du financement à des activistes liés à al-Qaida en Syrie.
En 2014, deux frères de nationalité qatarie, Abd al-Malik et Ashraf Mohammed Yusuf Abd al-Salam ont été inscrits sur les listes noires américaines, en raison de leur soutien financier au front al-Nusra en Syrie. Ils sont les fils de Mohammed Yusuf Abd al-Salam, alias Abdulaziz al-Qatari, le fondateur du groupe djihadiste Jund al-Aqsa en Syrie.
Ashraf Mohammed Yusuf Abd al-Salam est aussi accusé par les Américains d’avoir fourni du financement et des équipements technologiques pour al-Qaida en Mésopotamie (organisation Zarqawi) en 2005. De son côté l’ONU l’accuse d’avoir envoyé du financement à des chefs d’al-Qaida au Pakistan, via des « facilitateurs » basés en Iran. Son frère Abd al-Malik est lui aussi accusé d’avoir fait des transferts de fond pour le compte de Muhsin al-Fadhli, connu pour être un « facilitateur » travaillant pour al-Qaida en Iran.
Et en 2015, sous pression des Etats-Unis, Doha a gelé les avoirs de Saad al-Ka’bi et Abdelatif al-Kawari, considérés par Washington comme d’importants financiers du terrorisme, et leur a imposé une interdiction de sortie du territoire.