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L’antisémitisme viral des Frères musulmans



Ian Hamel (*)

Au début du mois de mars, Tariq Ramadan a exigé le renvoi d’un expert désigné par la justice afin d’analyser l’emprise qu’il pouvait exercer sur des jeunes femmes avec lesquelles il entretenait des relations sexuelles violentes. Pour demander le départ du docteur Daniel Zagury, la défense du prédicateur évoque « une manipulation ». En fait, le principal reproche fait à ce médecin est d’être… juif !

Dans le même temps, un soutien de Tariq Ramadan va jusqu’à réclamer sur les réseaux sociaux que « tous les juges, avocats et experts qui sont juifs ou binationaux israéliens doivent être révoqués pour cause de suspicion légitime ».

Depuis ses multiples mises en examen pour viols, le petit-fils d’Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, ne cherche plus guère à camoufler son antisémitisme. Certes, dans le passé, Tariq Ramadan dérapait parfois, comme lorsqu’il publiait en octobre 2003, une « Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires », en s’en prenant à Alexandre Adler, Bernard Kouchner, André Glucksman. Ou lorsqu’il rendait hommage à Roger Garaudy, auteur du livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, niant le génocide commis par les nazis contre les juifs. Pour Ramadan, Garaudy restait le « philosophe de référence dans la compréhension du monde occidental ».

L’historien Dominique Avon constate que dans ses ouvrages, Tariq Ramadan ne s’en réfère jamais une seule fois à un auteur juif ! Néanmoins, contrairement à l’« humoriste » Dieudonné et à l’idéologue d’extrême droite Alain Soral, le prédicateur se gardait jusqu’à présent d’utiliser l’antisémitisme comme fond de commerce.

Cette haine des juifs ne remonte pas exactement à la création de la Confrérie des Frères musulmans sur les bords du canal de Suez en 1928. Elle ne se manifeste véritablement qu’au moment de la grande révolte des Palestiniens de 1936 à 1939 contre la domination britannique et l’arrivée massive des juifs en Palestine. Dès 1935, Hassan al-Banna noue les premiers contacts avec le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini. Celui-ci est en relation avec l’Abwehr, le service de renseignement de l’armée allemande.

Le livre Le croissant et la croix gammée raconte que les leaders politiques de cette région sont fascinés « à l’égard des méthodes totalitaires des mouvements fascistes d’Europe », qu’il s’agisse du modèle fasciste italien ou du modèle allemand (1). Le grand mufti va d’ailleurs s’établir en Allemagne en 1941, et y rester jusqu’en 1945. Un cliché l’immortalise à jamais, le montrant en conversation animée avec Adolf Hitler. Cliché diffusé à des millions d’exemplaires dans le monde entier, et qui fait la couverture de l’ouvrage Jihad et haine des juifs, de l’essayiste et politologue allemand Matthias Küntzel (2).

De cet entretien, Amin al-Husseini retiendra : « la condition précise de notre collaboration avec l’Allemagne était l’entière liberté pour éliminer les juifs, jusqu’au dernier, de la Palestine et du monde arabe. J’ai demandé à Hitler son accord explicite pour nous autoriser à résoudre le problème juif d’une façon bénéfique à nos aspirations raciales et nationales et conforme aux méthodes scientifiques que l’Allemagne a inventées pour s’occuper de ses juifs. La réponse que je reçus fut : les juifs sont à vous ».

Dans sa thèse universitaire, Aux sources du renouveau musulman, Tariq Ramadan ne consacre que deux lignes aux liens entre son grand-père et Amine al-Husseini : « Hassan al-Banna préparera et organisera son exil politique en Égypte en 1946 » (3). En fait, le grand mufti a bien, à son tour, contaminé Hassan al-Banna. Ce dernier ne cache plus son admiration pour le nazisme. S’inspirant des jeunesses hitlériennes, il crée en 1940 « Les jeunes musulmans », surnommés les « Chemises kaki ». Ces Chemises kaki défilaient le soir dans les rues du Caire avec des flambeaux, « chantant des slogans islamiques exprimant la force et la supériorité de leur mouvement (…) Ces jeunes militants de la Confrérie étaient d’ailleurs responsables d’attaques contre les magasins et propriétés juifs » (4). Les chemises kaki scandaient « L’Égypte au-dessus de tout », imitant « Deutschland, Deutschland über alles » (l’Allemagne doit dominer le monde), interprété par les nationaux-socialistes. Dans Frères musulmans. Enquête sur la dernière idéologie totalitaire, Michaël Prazan constate que la devise des Frères, « Action, obéissance et silence », raisonne comme un écho du « Croire, obéir et combattre » des fascistes italiens (5).

Selon le prédicateur qatari, d’origine égyptienne, Youssef al-Qaradawi, cité dans L’Histoire secrète des Frères musulmans, « l’idéologie du Reich allemand est quasiment similaire à la vision et au projet politique d’Hassan al-Banna pour l’oumma islamique ». De la même façon que le Reich allemand se prétendait le défenseur de la race aryenne, « l’islam oblige chaque musulman à se considérer comme le protecteur de toute personne respectant les prescriptions du Coran » (6).

Pour avoir longtemps animé sur Al-Jazeera l’émission « La charia et la vie », Youssef al-Qaradawi, aujourd’hui âgé de 93 ans, est incontestablement le Frère musulman le plus connu dans le monde. Il est aussi l’auteur des dérapages antisémites les plus notables. Le 30 janvier 2009, intervenant sur la chaîne qatarie, il proclame que « tout au long de l’histoire, Allah a imposé [aux juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler […] C’est un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par les mains des croyants ».

Alors que l’islam interdit le suicide, comme de s’en prendre aux femmes et aux enfants, Youssef Qaradawi apporte son soutien au Hamas, justifiant le recours aux attentats suicides en Israël. « Les opérations du Hamas sont du djihad et ceux qui [les accomplissent et] sont tués, sont considérés comme des martyrs », déclarait-il en 2001, ajoutant que la société israélienne est une société militaire, « tous les hommes et femmes sont soldats. Ils sont dans leur totalité des troupes d’occupation (…) Et si un enfant ou un vieux est tué dans ces opérations, il n’est pas visé, mais c’est par erreur, et en conséquence des nécessités absolues de la guerre, et les nécessités absolues lèvent les interdictions ».

 

* Journaliste et écrivain, spécialiste des Frères musulmans.

 

(1) Roger Faligot et Rémi Kauffer, Albin Michel, mars 1990, p. 58.

(2) Matthias Küntzel, Jihad et haine des juifs. Le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international, éditions du Toucan, août 2015.

(3) Tariq Ramadan, Editions Tawhid, 2002, p. 206.

(4) Chérif Amir, Histoire secrète des Frères musulmans, ellipses, février 2015, p. 29.

(5) Michaël Prazan, Frères musulmans. Enquête sur la dernière idéologie totalitaire, Grasset, janvier 2014, p. 41.

(6) Chérif Amir, op. cit., p. 34.