Impunité des financiers du terrorisme : l’incroyable exemple qatari !



Roland Jacquard (*)

Les récentes révélations du Wall Street Journal, sur les dysfonctionnements et les insuffisances du programme des sanctions de l’ONU contre le financement du terrorisme, ont fait éclater au grand jour ce que de nombreux experts et responsables onusiens savaient et dénoncaient depuis de longues années. 

Au lendemain des attaques du 11 septembre 2001, j’ai fait partie du groupe d’experts antiterroristes formé par le Conseil de sécurité de l’ONU. Et à ce titre, j’ai pris part à la mise en place des toutes premières listes noires des organisations et personnalités finançant le terrorisme, dont le gel des avoirs a été ordonné par l’ONU. J’étais encore en poste, en 2008, lorsque le qatari Khalifa al-Subaiy a été mis sur la liste noire onusienne, pour avoir été l’un des principaux financiers du « cerveau » du 11 septembre, Khalid Sheikh Mohammed.  

Et voici que, plus d’une décennie plus tard, les documents onusiens, qui ont servi de base à l’enquête du Wall Street Journal, révèlent que cet ancien cadre de la banque centrale du Qatar n’a jamais cessé ses activités de « mécène de la terreur » ! Il ressort de ces documents qu’il a contribué, en 2009, puis en 2012 et 2013, à lever des fonds pour les réseaux d’al-Qaida au Pakistan, en Iran, en Irak et en Syrie ! 

Pis encore, en dépit du gel de ses avoirs, par une double décision émanant du Conseil de sécurité de l’ONU et du Trésor américain, il a continué à avoir accès à ses comptes, pour retirer pas moins de 120.000 dollars par an, durant une décennie ! 

Cette situation ubuesque montre les limites du système de contrôle et d’application des sanctions décrétées par l’ONU, qui se heurte à la souveraineté des États où résident les personnes visées, à leur manque de coopération et quelques fois à leur complicité qui offre aux bailleurs de fonds des organisations terroristes une impunité quasi-totale. 

À cet égard, l’exemple de Khalifa al-Subaiy est édifiant. Le cas de ce citoyen qatari n’est, en effet, pas anodin. Il s’agit d’un proche parmi les proches de l’ancien premier ministre et ministre des affaires étrangères de l’émirat gazier, Hamad Bin Jassim al-Thani. De surplus, il était au moment des faits, qui lui sont reprochés, haut cadre de la banque centrale du Qatar, chargé précisément de la lutte contre le blanchiment et la criminalité financière ! Et c’est au moment où il occupait cette fonction qu’il s’est rendu coupable de financement d’un chef terroriste et non des moindres : celui-là même qui a planifié et dirigé les attaques du 11 septembre ! 

Pourtant, il n’a jamais été inquiété avant mars 2008. Date à laquelle les autorités de Doha ont été contraintes à l’emprisonner, suite aux pressions grandissantes du Trésor américain. Mais, son incarcération n’aura duré que six mois. En octobre de la même année, ses relais dans les hautes sphères du pouvoir qatari sont intervenus pour le faire libérer. Et l’impunité, qui lui a ainsi été offerte, lui a permis de reprendre aussitôt ses activités de « mécène de la terreur » !    

* Écrivain et consultant, président du Roland Jacquard Global Security Consulting (RJGSC)