Hamza Ben Laden, la fin du rêve dynastique d’al-Qaida



La mort du fils cadet du fondateur d’al-Qaida, Hamza Ben Laden (30 ans), annoncée fin juillet dernier, puis confirmée officiellement par le Pentagone le 22 août, est l’un des coups les durs que la maison-mère du djihadisme mondial a subi, depuis la mort de son fondateur en mai 2011.

En effet, la disparition du « nouveau prince du djihad » a brutalement mis fin au rêve dynastique à travers lequel le nouveau chef de d’al-Qaida, Aymen al-Zawahiri, espérait redorer le blason d’une organisation vieillissante et en perte de vitesse.
Voyant son organisation concurrencée puis supplantée par la montée en puissance de Daech, al-Zawahiri a annoncé, en août 2015, l’intégration de Hamza Ben Laden au sein de la « direction centrale » d’al-Qaida. A son instigation, le « nouveau prince du djihad » a ensuite publié plusieurs messages audio incitant au combat et appelant à unifier les rangs du djihad.
Dans sa toute première missive, datée du 9 mai 2016, Hamza Ben Laden appelait à soutenir la « révolution des couteaux » en Palestine et évoquait la « libération de Jérusalem ». Un discours radical qui enflamma les réseaux sociaux djihadistes. Al-Zawahiri se mit aussitôt à rêver d’introniser à la tête d’al-Qaida un « nouveau Ben Laden », auprès duquel il jouerait, à nouveau, le fidèle n°2, comme il l’a fait, durant un quart de siècle, aux côtés du père fondateur, Oussama Ben Laden.
Affaibli par près de deux décennie de vie clandestine et critiqué par ses pairs pour son manque de charisme et d’autorité, al-Zawahiri – connu pour être un fin stratège – a vu dans l’entrée fracassante de Hamza Ben Laden sur la scène médiatico-djihadiste un « don providentiel » de nature à donner à Al-Qaida le second souffle qui lui faisait défaut depuis la perte de son fondateur.
Car, qui d’autre pourrait porter l’étendard de l’héritage d’Oussama Ben Laden mieux que son fils préféré ? Celui-là même qui apparaissait à ses côtés, dès l’âge de 12 ans, dans la célèbre vidéo diffusée par al-Jazeera, en novembre 2001, qui fut la toute première apparition publique du chef d’al-Qaida, après les attentats du 11 septembre.
À cette aura acquise par Hamza Ben Laden, dès son plus jeune âge, du fait de sa proximité avec son père, s’est ajouté un autre facteur de popularité, non moins important, aux yeux des djihadistes : son mariage, en 2007, avec la fille de l’égyptien Mohamed Atta, le chef des commandos du 11 septembre.
De surplus, cette alliance avec la famille du kamikaze le plus célèbre du djihadisme mondial constituait un gage important, pour rassurer la « famille égyptienne » au sein d’al-Qaida quant à son avenir et son influence au sein de la mouvance djihadiste. De ce fait, al-Zawahiri pouvait rassurer ses compatriotes que son projet d’abdication en faveur de Hamza Ben Laden n’allait pas affaiblir le clan égyptien dont la mainmise sur la direction d’al-Qaida est contestée par les djihadistes yéménites et maghrébins.
Ce projet dynastique envisagé par al-Zawahiri, en vue introniser un « nouveau Ben Laden » à la tête d’al-Qaida, avait un double objectif.
Il s’agissait, tout d’abord, d’instrumentaliser l’aura du nom « Ben Laden », pour redonner à al-Qaida une attractivité qui pouvait faire d’elle l’alternative idéale pour des milliers de transfuges de Daech, déboussolés par les débâcle du pseudo Califat instauré par Abou Bakr al-Baghdadi.
Par ailleurs, l’intronisation de Hamza Ben Laden pouvait aussi redonner à al-Qaida son attractivité auprès des bailleurs de fonds djihadistes des pays du Golfe, dont les flux des donations ont considérablement diminués depuis la mort d’Oussama Ben Laden et l’instauration d’une Choura dominée par les Égyptiens.
C’est toute cette stratégie qui a été ébranlée par le raid du 31 juillet dernier qui a ciblé et tué Hamza Ben Laden.

5 Dates :

– 1989 : Naissance à Djeddah, en Arabie saoudite.
2007 : Mariage en Iran avec la fille de Mohammed Atta, le chef des kamikazes du 11 septembre.
Août 2015 : Son intégration au sein de la direction d’al-Qaida est annoncée par Aymen al-Zawahiri.
– 5 janvier 2017 : Son nom est inscrit sur la liste noir américaine des chefs terroristes plus lus recherchés. Et la récompense le concernant est augmentée à 1 million de dollar, en février 2019.
31 juillet 2019 : Annonce de sa mort lors d’un raid américain. L’information est confirmée par le Pentagone, le 22 août.