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KONRAD K./SIPA

 

Face à la montée des extrêmes, plaidoyer pour un ‘‘tri sélectif républicain’’

5 juillet 2024 Expertises   611  

atmane tazaghart

Face au risque d’une victoire électorale qui offrirait la majorité parlementaire à l’extrême droite, le salut ne peut venir que d’une mobilisation républicaine ralliant tous les démocrates, car aucune formation politique ne peut résister, seule, à la poussée du Rassemblement national. Or, de nombreux clivages entravent le ‘‘cordons sanitaire’’ républicain. Pour les dépasser, il conviendrait de substituer au bon vieux ‘‘Front républicain’’, dirigé exclusivement contre l’extrême droite, un ‘‘tri sélectif républicain’’ destiné à isoler et bloquer tous ceux que les outrances et les dérives placent hors de l’arc républicain, de quelque bord politique qu’ils se revendiquent.

D’aucuns pensaient l’idée de constituer un ‘‘Front républicain’’, pour barrer le passage à l’extrême droite, morte et enterrée. Or, il n’en est rien. Au lendemain du scrutin du 30 juin dernier, qui a vu le Rassemblement national arriver en tête avec 33,2 % des suffrages, 224 candidats qualifiés pour le 2ème tour se sont désistés pour empêcher le RN d’obtenir la majorité parlementaire.

De ce fait, sur les 306 triangulaires et 5 quadrangulaires issues des résultats du 1er tour, il ne reste plus que 89 triangulaires et 2 quadrangulaires. Preuve, s’il en faut, que le ‘‘cordon sanitaire’’ destiné à maintenir le RN hors de l’arc républicain est toujours opérationnel.

Pourtant, malgré les désistements massifs et les appels des leaders des principales formations politique à faire en sorte qu’aucune voix n’aille au RN, 1 électeur sur 2 dans le camp macronien et 1 sur 3 chez les électeurs de gauche sont tentés par l’abstention !

La consigne de faire barrage à l’extrême droite semble buter sur la répulsion d’un ‘‘vote contre-nature’’. En effet, les outrances mélenchonistes (dérives communautaristes, dérapages antisémites, hystérisation des débats parlementaires…) rendent inenvisageable pour nombre d’électeurs du centre et de la droite de voter pour des candidats du Nouveau front populaire quand ceux-ci sont issus de La France insoumise. Idem pour les électeurs de gauche qui rechignent à donner leur voix à des candidats issus de la ‘‘macronie’’ dont ils n’ont eu de cesse de combattre les ‘‘réformes anti-sociales’’ depuis 2017 (suppression de l’ISF, réformes du code du travail, des retraites, de l’assurance chômage…).

Ce décalage entre les consignes des états-majors politiques et le comportement des électeurs n’est pas seulement l’apanage de la ‘‘macronie’’ ou de la gauche. Il s’est illustré aussi, à droite, à travers la levée de bouclier engendrée, chez Les Républicains, par l’initiative d’Éric Ciotti de franchir le Rubicon, au lendemain de la dissolution, pour sceller une infamante alliance avec le Rassemblement national.

De Gérard Larcher à Laurent Wauquiez, de Xavier Bertrand à Valérie Pécresse, en passant par François Baroin, Éric Woerth ou Jean-François Copé, les ténors des Républicains ont tous affirmé que le fait de s’allier au Rassemblement national est une ‘‘trahison’’ de l’héritage gaulliste et chiraquien dont se revendique leur courant politique. Or, un sondage réalisé par Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro (12/06/2024) a révélé que seul 1 sympathisant des Républicains sur 2 trouvait inadmissible de s’allier à l’extrême droite.

Cet écart entre les dirigeants de la droite et leur base n’est pas uniquement le fruit de 15 années d’efforts déployés par Marine Le Pen pour dédiaboliser et banaliser son parti. Y contribuent aussi les errements et les compromissions de la gauche : tout en jetant l’opprobre sur le RN – malgré tout le travail (sincère ou feint ?) que ce parti a accompli, depuis l’éviction de Jean-Marie Le Pen, pour se démarquer du passé raciste, antisémite et fascisant du Front national –, la gauche s’empresse d’absoudre les extrémistes de son propre camp.

En témoigne l’unanimité avec laquelle les partis de gauche ont admis le parti mélenchoniste au sein du ‘‘Nouveau Front populaire’’, en dépit des multiples dérives (islamo-gauchisme, indigénisme, antisémitisme…) qui le placent aux antipodes des valeurs universalistes et humanistes constitutives de l’ADN de la gauche.

Ce double standard a pour effet de détourner une part grandissante des électeurs de droite de l’idée d’un ‘‘front républicain’’ dont ils déplorent – à juste titre – un fonctionnement à sens unique, alors qu’il serait plus équitable qu’il s’applique à tous les extrêmes, de droite comme de gauche.

Pis encore, et c’est un phénomène tout autant inédit qu’inquiétant, ce déni par la gauche face aux dérives de certaines de ses composantes semble affecter les électeurs de gauche eux-mêmes. La preuve en est que l’intégration de LFI au sien du Nouveau Front populaire rebute une part non négligeable des sympathisants de gauche. Tant et si bien qu’un sondage (Ifop-Fiducial pour LCI, Le Figaro et Sud Radio), réalisé les 10 et 11 juin, indiquaient que le score total des quatre principales formations de gauche (Parti socialiste, Parti communiste, LFI, EELV) allait être plus élevé (32 %) dans l’hypothèse où elles aborderaient les élections législatives chacune de son côté, contre 25 % seulement dans le cas où elles se présenteraient unies au sein d’une seule alliance. Une tendance confirmée par le résultat obtenu par le Nouveau Front populaire, le 30 juin dernier : 28,2 % des suffrages.

La multiplication de ce type de clivages risque de conduire, à terme, à l’érosion du ‘‘cordon sanitaire’’ républicain. Raison pour laquelle il serait urgent de substituer au ‘‘front républicain’’, destiné exclusivement à faire barrage à l’extrême droite, un principe de ‘‘tri sélectif républicain’’ qui aura pour objectif d’isoler politiquement et bloquer par les urnes tous ceux que les outrances et les dérives placent hors de l’arc républicain, de quelque bord politique qu’ils se revendiquent.

* Durant la campagne des législatives, plusieurs outils ont été mis à la disposition des électeurs désireux de pratiquer le ‘‘tri sélectif républicain’’. L’un des plus documentés et rigoureux est le site ‘‘bloquonsles.wordpress.com’’, qui recense les candidats (tous bords politiques confondus) ayant des propos ou des comportements anti républicains (racistes, antisémites, xénophobes, homophobes, misogynes …).