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Youssef al-Qaradawi : le ‘‘modéré’’ qui adorait l’effusion du sang !

5 octobre 2022 Expertises   19142  

Ian Hamel

Décédé le 26 septembre dernier, à 96 ans, le Qataro-Égyptien Youssef al-Qaradawi, présenté comme le guide spirituel des Frères musulmans, n’aura été, en fait, qu’un courtisan adaptant ses prêches à ce que souhaitaient entendre ses protecteurs qataris. Car, il doit d’abord son immense popularité à la chaîne qatarie Al-Jazeera où, pendant des années, il a pu distiller dans son émission ‘‘La Charia et la vie’’, sa version rétrograde de l’islam. Ainsi, une femme qui porterait un vêtement moulant, non seulement n’entrerait pas au paradis, mais elle « n’en sentira même pas l’odeur ». Le vêtement d’une musulmane « ne doit pas ressembler à ce que portent spécialement les mécréantes, les juives, les chrétiennes et les idolâtres », prévenait-il. Quant aux hommes, leurs parties intimes « sont comprises entre le nombril et les genoux ». Comprenez qu’ils ne doivent pas laisser les femmes s’extasier devant leurs cuisses… et y jeter des regards « affamés et avides », que Youssef Qaradawi, père-la-pudeur, baptisait « fornication de l’œil ».

Dans son ouvrage le plus connu, ‘‘Le licite et l’illicite en Islam’’, traduit en de très nombreuses langues, le prédicateur qualifie ainsi l’homosexualité, d’« acte vicieux », de « perversion de la nature », de « plongée dans le cloaque de la saleté », et de « dépravation de la virilité ». En revanche, la barbe est une « preuve de virilité ». Il est donc réprouvé « de se la raser ou de la tailler ou de la raccourcir ». Le théologien en profite pour déplorer que « la grande majorité des Musulmans s’est mise à se raser la barbe, par imitation de ses ennemis et des colonisateurs de son pays, Chrétiens et Juifs ».

De tels propos lénifiants, et finalement assez creux, prêtent à sourire. Ils étaient pourtant écoutés religieusement par des millions de Musulmans dans le monde. J’ai pu assister, il y a de nombreuses années, à un Conseil européen pour la fatwa et la recherche, qui se tenait à Istanbul. J’ai été impressionné par la vénération que lui portait la trentaine de “savants’’ musulmans venus de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, mais également du Soudan et de Mauritanie, qui composaient ce Conseil. Aucun n’aurait osé contredire, même sur le plus petit détail, le plus célèbre prédicateur du monde arabo-sunnite.

Celui qui sait tout, sur tout

En autorisant une femme à ouvrir au facteur en l’absence de son mari, à la condition, tour de même, que l’employé des Postes approche la soixantaine, ou en acceptant que les Musulmans en Europe puissent utiliser du vinaigre fabriqué à partir d’alcool, Youssef al-Qaradawi avait réussi à se faire passer pour un intellectuel modéré.

Comment peut-on expliquer l’aura dont ce prédicateur bénéficiait ? Né en Égypte dans une famille de petits paysans dans le delta du Nil, orphelin de père très tôt, Youssef al-Qaradawi aurait, selon sa légende, mémorisé le Coran dès l’âge de 10 ans. Diplômé de la prestigieuse université Al-Azhar du Caire, il s’engage dans la Confrérie des Frères musulmans, fondée par Hassan Al-Banna en 1928. Ce qui lui vaut d’être arrêté et emprisonné à de multiples reprises, en 1949, 1954 et 1962.

À l’instar de la plupart des membres de la Confrérie titulaires de diplômes universitaires, déchus de leur nationalité égyptienne, Youssef al-Qaradawi trouve refuge dans les pays du Golfe, notamment au Qatar. Dans l’émirat, il fonde le département des études islamiques de l’université de Doha. Dans ce pays dépourvu de cadres, il obtient rapidement la nationalité qatarie.

Considéré comme une personnalité majeure de la Confrérie, il est sollicité à plusieurs reprises pour prendre la tête des Frères musulmans, ce qu’il refuse. C’est du moins ce qu’il a déclaré. Pourtant, sur la chaîne Al-Jazeera, le prédicateur au turban blanc va pouvoir s’exprimer dans absolument tous les domaines de la vie, qu’il s’agisse de religion, de finance, d’Internet ou de sexualité. Il est l’homme qui sait tout, sur tout.

Jusqu’à neuf épouses !

Youssef al-Qaradawi en profite pour multiplier les provocations, sans que les organisations islamiques, dans les pays musulmans comme en Europe, ne paraissent s’en offusquer. Le 30 janvier 1999, sur Al-Jazeera, il déclare que « tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le premier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait – et bien que [les Juifs] aient exagéré les faits –  il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants ». Plus tard, en 2004, il soutient le Hamas et justifie les attentats suicides en Israël : « Les opérations martyrs sont l’arme que Dieu a donné aux pauvres pour combattre les forts. C’est la compensation divine. La société est une société militaire. Ses hommes et ses femmes sont des soldats dans l’armée, qui peuvent être rappelés à tout moment. Si un enfant ou un vieux est tué dans ces opérations, il n’est pas visé et c’est par erreur, et en conséquence des nécessités absolues de guerre, et les nécessités absolues lèvent les interdictions ».

Le prédicateur a également donné l’autorisation d’exterminer tous les alaouites (une branche de l’islam liée aux chiites, au pouvoir en Syrie), qu’il s’agisse de militaires comme de civils, d’hommes comme de femmes, jugeant que’ils étaient ‘‘pires que les juifs’’.

Malgré la publication de quelques 120 ouvrages, Youssef al-Qaradawi risque de ne laisser que le souvenir d’un théologien de seconde zone, un prédicateur de cour. Un béni-oui-oui qui adaptait son discours aux volontés de ses maîtres qataris. Les mauvaises langues retiendront les révélations de sa dernière épouse, une Algérienne de quarante ans sa cadette avec qui j’ai pu m’entretenir à Doha. Après leur rupture, elle avait raconté dans le détail le comportement de son illustre mari au lit et son addiction pour les films pornographiques !

Youssef al-Qaradawi savait aussi adapter le coran à ses fantasmes, en justifiant notamment la fellation. Et que même si un homme ne peut avoir au maximum que quatre épouses, Allah pouvait parfois accorder une permission particulière, comme à Mahomet, qui en a eu neuf, « pour les besoins de sa mission durant sa vie et pour qu’elles enseignent à sa communauté après sa mort ».

Lors de mon dernier entretien avec lui, à Doha, le fondateur du Conseil européen pour la fatwa et la recherche s’était plaint amèrement de ne pouvoir revenir dans l’Hexagone depuis 2003. « Je regrette profondément cette image d’un intégriste que l’on m’attribue parfois en France. Je suis au contraire un homme tolérant, et je dénonce le terrorisme », m’avait-il confié. Tout en le demandant si je connaissait un éditeur français qui accepterait de publier ses mémoires. Il disait cela avec un grand sourire, comme un bon vieux papa gâteau !