Union Européenne : Faire face à Erdogan, le belliqueux !



Christian Malard (*)

Le Président Turc, Recep Erdogan, veut montrer aux grandes puissances qu’il a son mot à dire sur la redistribution des cartes au Moyen Orient et sur la résolution des conflits dans la région, à un moment, qui, plus est, où l’ordre mondial, issu de 1945, fin de la 2ième guerre mondiale, est devenu caduc.

Or, les dérives belliqueuses du président turc, Recep Tayyip Erdogan, pointent les incommensurables lacunes des l’Union Européenne en matière de Défense. Du soutien aux djihadistes en Syrie et en Libye, aux provocations faites à la Grèce en Méditerranée orientale et à l’ostentatoire soutien militaire à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut Karabakh, la Turquie multiplie les provocations. Et l’Europe, affaiblie par les divergences franco-allemandes sur le sujet, ne parvient pas à s’affirmer comme une grande force capable de tenir tête au nouveau sultan Ottoman.

Et comme le dit Adel Bakawan, chercheur à l’Institut des Relations Internationales : « En engageant son pays sur plusieurs fronts, il essaie de capitaliser sur son image de chef de guerre ». Tout comme Vladimir Poutine, il veut profiter du retrait des puissances occidentales du Moyen Orient, notamment de celui des États-Unis. Il bouge ses pions pour faire avancer son grand projet de reconquête néo-ottomane.

Selon de nombreux observateurs, il a remis les pieds en Libye parce que c’est là que le fondateur de la Turquie, Kemal Ataturk, a remporté son premier succès militaire. Mais, en Libye, il a surtout monnayé son aide militaire contre l’approbation de l’homme fort de la région de Tripoli, Fayez Al Saraj, Frère musulman comme lui, de lui attribuer l’exploitation de nombreux champs pétroliers et de quatre bases militaires stratégiques.

Erdogan est dangereux, il veut islamiser le Maghreb, à commencer par la Tunisie où il entretient des liens étroits avec le « Khomeini Tunisien » : Rached Ghanouchi,  le chef du Parti Islamiste Ennahda.

Et en Méditerranée Orientale, malgré les vives critiques émises par le Président Français, Emmanuel Macron, vis-à-vis de la politique d’Erdogan, les Occidentaux, et surtout les Européens, ont peu de marge de manœuvre face à lui : Il est membre de l’OTAN, on ne peut pas lui déclarer la guerre. Les seuls moyens de pression, ce sont les sanctions économiques, d’autant plus que l’économie Turque est moribonde. Mais, en représailles, Erdogan peut faire pression sur l’Europe, en exerçant son chantage habituel lié au flux des migrants depuis la Grèce et désormais depuis la Libye.

À un moment donné, il va bien falloir aux Occidentaux mettre Erdogan au pied du mur, en lui disant : De quel côté êtes-vous ? Vous êtes membre de l’OTAN , avec la deuxième plus grande force armée de l’Alliance, après celle des États Unis, voulez-vous y rester ou pas, car vous vous rangez souvent du côté de Vladimir Poutine, auquel vous avez acheté des missiles S-400 incompatibles avec le matériel militaire de l’OTAN ?

La position géostratégique de la Grèce est un enjeu majeur. Il est de l’intérêt de l’UE de la soutenir face à Erdogan. Mais, comme le dit, le Conseiller Défense du Premier Ministre Grec, Kyriákos Mitsotakis : « Quand un pays engage toute sa flotte, en bravant le normes du droit international, c’est qu’il a l’intention d’aller jusqu’au bout »

Emmanuel Macron a raison de déclarer qu’Erdogan « mène une politique expansionniste qui mêle nationalisme et islamisme non compatible avec les intérêts européens et qui est un facteur de déstabilisation », tout en précisant qu’il n’est pour l’escalade, mais ne croit pas à une « diplomatie impuissante ».

Quand il parle de « diplomatie impuissante », Macron fait allusion indirectement à celle de Angela Merkel. Car, pour la chancelière, les relations avec la Turquie sont primordiales, non seulement en raison de l’importance de la présence de trois millions de Turcs sur le sol allemand, mais aussi parce que la Turquie est le pays clé dans le dossier migratoire dont, répétons-le, Erdogan se sert comme arme de chantage vis-à-vis de l’Union Européenne.

Damer le pion à Erdogan sera difficile, parce que les Européens sont divisés. Emmanuel Macron a le mérite de camper sur une ligne de fermeté vis-à-vis d’Erdogan. Il joue le rôle du gendarme européen, non seulement au Sahel face aux Djihadistes, mais désormais en Méditerranée Orientale aussi, face aux Turcs et à Erdogan. Il serait temps qu’Angela Merkel comprenne qu’on ne peut accepter qu’Erdogan se livre, en méditerranée, à une politique du fait accompli.

Erdogan, tout comme ses amis Poutine et Xi Jin Ping, ne comprend que le rapport de force. À cet effet, je partage tout-à-fait l’analyse de l’historien et théologien, Jean-François Colosimo : On ne peut laisser transgresser les frontières au Levant et agresser l’Union Européenne à ses frontières […] Toute paix que l’on croit pouvoir acheter à un belliciste a pour prix sa surenchère […] Les chancelleries et la Commission Européenne ont beau protester du droit, l’Europe, à la manière de la dernière Rome, finira par payer un nouveau tribut à la force, et, immanquablement, le montant de la rançon s’aggravera !

Depuis des années, les capitales européennes peinent à réagir, face aux multiples provocations et dérives autoritaires d’Ankara, des atteintes répétées aux droits de l’Homme à la partition durable de Chypre, en passant par l’entrisme d’Erdogan dans les Balkans, son l’interventionnisme en Syrie, en Libye et tout récemment encore au Haut Karabakh, son instrumentalisation des mercenaires djihadistes et ses complicités avec Daech. Sans oublier son basculement dans le giron militaire russe et ses accointances avec l’Internationale intégriste  des Frères Musulmans…

Il serait temps que cela cesse. L’Europe doit sortir de son mutisme, car l’heure du réveil a sonné !

* Expert en politique internationale et consultant diplomatique.