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France : Les enseignants face aux atteintes à la laïcité



Deux ans après la décapitation de Samuel Paty, notre sondage auprès des enseignants démontre que la peur n’a absolument pas changé de camp. Les atteintes à la laïcité enregistrent une telle recrudescence que plus de la moitié des enseignants s’autocensurent pour éviter de provoquer des ‘‘incidents’’…

Merci Deux après la mort de Samuel Party, décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves lors d’un cours sur la liberté d’expression, 77 % des enseignants estiment que le ministère de l’Éducation nationale n’a pas tiré les enseignements nécessaires de cet assassinat et de la manière qu’a l’institution scolaire de gérer les faits relatifs aux atteintes à la laïcité et aux violences à motivations religieuses. Raisons pour lesquelles 51% seulement des enseignants approuvent l’action de l’actuel ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, en ce qui concerne la laïcité et la gestion du fait religieux à l’école.

Le sondage dresse un tableau très sombre de l’état d’esprit des enseignants. Ainsi, seuls 61 % des établissements scolaires ont organisé, à la mi-octobre, des ‘‘temps d’hommage à Samuel Paty’’, comme l’a demandé le ministère de l’Éducation nationale. Et lors de ces hommages, 21 % des enseignants ont observé des comportements de contestation émanant d’élèves : il s’agit pour 17% des cas de ‘‘justifications religieuses, politiques ou culturelles du crime commis contre Samuel Paty’’, 17 % de refus de participer aux temps d’hommage et 15 % d’injures ou de provocations émises lors des hommages.

Concernant les atteintes à la laïcité, 62 % des enseignants (contre 61 % en 2020) ont rencontré des cas d’élèves exprimant des contestations à motivations religieuses. Raison pour laquelle, 79 % des enseignants reconnaissent qu’ils craignent un certains nombre de situations conflictuelles. Trois d’entre elles sont directement liées à l’assassinat de Samuel Paty : 47 % appréhendent d’évoquer les motifs de cet assassinat, 28 % redoutent de travailler dans un établissement portant le nom de Samuel Paty et 25 % dans un établissement qui a donnerait son nom à un espace scolaire. Dans les trois autres cas, les situations appréhendées par les enseignants concernent la présentation des caricatures de personnages religieux (62 %), la gestion des cas d’élèves qui veulent porter des tenues traditionnelles ou religieuses en classe (59 %) et l’évocation de certains sujets historiques, comme la Shoah, le conflit israélo-palestinien ou la colonisation (43 %).

La situation est tellement tendue que 54 % des enseignements reconnaissent qu’ils s’autocensurent dans leurs enseignements « afin d’éviter de possibles incidents provoqués par certains élèves » !

Autre signe du manque d’adhésion des enseignants à l’action de l’actuel ministre de l’Éducation nationale en matière de laïcité : le 16 septembre 2022, le Ministère a envoyé une note aux recteurs laissant aux chefs d’établissements une ‘‘marge d’appréciation’’ pour juger du caractère religieux (ou pas) de vêtements comme les ‘‘abaya’’ (robes longues de tradition moyen-orientale pour les femmes), les ‘‘qamis’’ et ‘‘djellaba’’ (tuniques longues pour les hommes) ou les bandanas (pour les cheveux). Or, à la question : « A vos yeux, les tenues amples traditionnelles de type ‘‘abaya’’  ou ‘‘qamis’’ sont-elles des tenues ‘‘cultuelles’’ qui n’ont pas leur place dans l’enceinte d’un établissement scolaire public ? », une écrasante majorité des enseignants (68 %) répondent par l’affirmative. Et seuls 15 % considèrent que ce sont des tenues ‘‘culturelles’’ qui peuvent être autorisées à l’école publique.

Ces chiffres indiquent que le sujet ne fait guère débat dans le corps enseignant et ne nécessite pas de ‘‘marge d’appréciation’’ comme semble le suggérer la note du Ministère. Autre indicateur de l’unanimité des enseignants à ce sujet : au palmarès des attitudes considérées comme portant atteinte à la laïcité, 75 % des enseignants évoquent le port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une ‘‘abaya’’ ou un ‘‘qamis’’, juste derrière le port par les élèves de couvre-chefs à caractère religieux comme un voile ou une kippa (85%).

Cependant, les réactions des enseignants confrontés à des comportements portant atteinte à la laïcité semblent indiquer qu’ils considèrent le port des vêtements amples traditionnels moins grave que les autres signes religieux dits ‘‘ostensibles’’. En effet, concernant les cas de port de signes religieux ostensibles par des élèves lors de sorties scolaires, 73 % des enseignant indiquent avoir demandé aux élèves portant ces signes de les ôter. Mêmes proportions pour le port par les élèves de couvre-chefs à caractère religieux comme un voile ou une kippa : 71 % des enseignants ont demandé aux élèves les portant de les ôter. Quant au port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une ‘‘abaya’’ ou un ‘‘qamis’’, 52 % seulement des enseignants ont demandé aux élèves de les ôter.

Ultime enseignement de notre sondage, le nombre d’incidents portant atteinte à la laïcité signalés à l’administration scolaire est nettement inférieur au nombre réel des cas constatés par les enseignants. S’agissant du port de signes religieux ostensibles par des élèves lors de sorties scolaires, seuls 52 % des enseignants affirment avoir signalé ces incidents à l’administration. Ils ne sont que 51 % à avoir fait un signalement lorsqu’ils ont été confrontés à des cas de port par les élèves de couvre-chefs à caractère religieux comme un voile ou une kippa. Et concernant le port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une ‘‘abaya’’ ou un ‘‘qamis’’, 56 % uniquement en ont fait le signalement.