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Mubashir Hassan/Pacific Press/sh/SIPA

 

80 % des enseignants soutiennent l’interdiction de l’Abaya à l’école

31 août 2023 News   139806  

La décision du nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, d’interdire le port de l’Abaya (et de son équivalent masculin, le Qamis) à l’école a soulevé une vive polémique. Plusieurs voix se sont élevées, notamment à gauche, pour dénoncer l’instauration d’une‘‘police du vêtement’’ et La France insoumise (LFI) a annoncé son intention d’attaquer cette décision au Conseil d’État. Pourtant, l’interdiction des Abayas et Qamis ne fait guère débat au sein du corps enseignant, comme l’a montré un sondage réalisé par l’IFOP pour notre mensuel Ecran De Veille, en novembre dernier.

Ce sondage intitulé ‘‘Observatoire des enseignants face à l’expression du fait religieux à l’école’’ a révélé que 80 % des enseignants étaient opposés au fait que des élèves puissent porter des vêtements traditionnels larges, comme les ‘‘abayas’’ ou les ‘‘qamis’’ à l’école. Alors que 60 % du corps enseignant s’opposaient, en général, au principe de ‘‘liberté vestimentaire’’ selon lequel les élèves doivent pouvoir aller en cours ‘‘dans les tenues qui leur conviennent’’.

Autre indicateur de l’unanimité des enseignants à propos de l’interdiction des Abaya et Qamis : au palmarès des attitudes considérées comme portant atteinte à la laïcité, 75 % des enseignants évoquent le port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une ‘‘abaya’’ ou un ‘‘qamis’’, juste derrière le port par les élèves de couvre-chefs à caractère religieux comme un voile ou une kippa (85 %).

Ces chiffres indiquent clairement que ce sujet ne fait guère débat dans le corps enseignant et ne nécessite pas de ‘‘marge d’appréciation’’, comme le suggérait une note de l’ex-ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, adressée aux recteurs, le 16 septembre 2022, préconisant de laisser aux chefs d’établissements une ‘‘marge d’appréciation’’ pour juger du caractère religieux (ou pas) de vêtements comme les ‘‘abayas’’, ‘‘qamis’’  ou ‘‘djellabas’’.

À la question : « À vos yeux, les tenues amples traditionnelles de type ‘‘abaya’’  ou ‘‘qamis’’ sont-elles des tenues ‘‘cultuelles’’ qui n’ont pas leur place dans l’enceinte d’un établissement scolaire public ? », une majorité d’enseignants (68 %) répond par l’affirmative. Et seuls 15 % considèrent qu’il s’agit de tenues ‘‘culturelles’’ qui peuvent être autorisées à l’école publique.

Cependant, les réactions des enseignants confrontés à des comportements portant atteinte à la laïcité semblent indiquer qu’ils considèrent le port des vêtements amples traditionnels moins grave que les autres signes religieux dits ‘‘ostensibles’’. En effet, concernant les cas de port par les élèves de couvre-chefs à caractère religieux comme un voile ou une kippa, 71 % des enseignants affirment avoir demandé aux élèves de les ôter. Quant au port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une ‘‘abaya’’ ou un ‘‘qamis’’, seuls 52% des enseignants ont demandé aux élèves des les ôter.

Autre enseignement de notre sondage, le nombre d’incidents portant atteinte à la laïcité signalés à l’administration scolaire est nettement inférieur au nombre de cas réellement constaté par les enseignants. S’agissant du port de signes religieux ostensibles (comme un voile ou une kippa), seuls 51 % des enseignants affirment avoir signalé ces incidents à l’administration. Et s’agissant du port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une ‘‘abaya’’ ou un ‘‘qamis’’, 56 % seulement en ont fait le signalement.

Ce phénomène s’explique par le fait que parmi les 69 % d’enseignants qui ont fait face à des incidents à motivation religieuse ou identitaire, un enseignant sur trois (33 %) affirme qu’il ne s’est pas senti soutenu par sa hiérarchie lorsqu’il lui a signalé des atteintes à la laïcité.

Un manque de soutien qui semble infléchir le comportement des enseignants face à ce type d’incidents : seuls 52 % d’entre eux affirment qu’à l’avenir, en cas de constat de ‘‘port par les élèves de couvre-chefs à caractère religieux comme un voile ou une kippa’’, ils demanderaient à l’élève de l’ôter et signaleraient l’incident à l’administration. Par contre, 28 % préfèreraient demander à l’élève de l’ôter, sans en avertir l’administration.

Quant aux incidents concernant le ‘‘port par les élèves de vêtements traditionnels larges comme une abaya ou un qamis’’, seuls 41 % des enseignants affirment qu’ils demanderaient aux élèves des les ôter tout en signalant l’incident, alors que 22 % se contenteraient de demander aux élèves des les ôter, sans pour autant faire de signalement.

Cependant, ce constat dû à la défiance des enseignants envers leur hiérarchie ne reflète nullement un renoncement au principe de laïcité : au moment où la loi du 15 mars 2004, sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école, entame sa vingtième rentrée scolaire, 80 % des enseignants réfutent les thèses en vogue dans les milieux communautaristes, selon lesquelles cette loi serait ‘‘islamophobe’’ ou hostile à l’islam et aux Musulmans.