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L’Autriche, bastion historique des Frères musulmans devenu l’ennemi juré de la Confrérie



Avec la nouvelle loi antiterroriste, adoptée jeudi par l’Assemblée du Peuple, l’Autriche a franchi le pas et devient le premier pays européen à interdire les Frères musulmans,

Par Atmane Tazaghart

Rien ne va plus pour les réseaux Frères musulmans en Autriche. Dans le collimateur du gouvernement écolo-conservateur, depuis l’attentat de Vienne (4 morts et 23 blessés, le 2 novembre 2020), la Confrérie islamiste vient d’être inscrite sur la liste noire des organisations liées à la « criminalité à motivation religieuse ». Ses slogans et sa littérature sont frappés d’interdiction. Leur détention ou propagation est désormais passible de 4000€ d’amende et un mois de prison.

Vienne est aussitôt accusée par les Frères musulmans et leurs cousins turcs des Millî Görüs d’« alimenter l’islamophobie » et de « multiplier les attaques contre les musulmans ». Pourtant, l’Autriche est difficilement accusable d’islamophobie : seul pays d’Europe à reconnaitre l’islam comme « religion officielle », elle a longtemps été l’un des principaux fiefs des Frères musulmans et l’une des plaques tournantes financières de l’islamisme dit « politique » sur le Vieux Continent.

C’est à Graz, capitale de la province de Styrie (145 kilomètres au sud-ouest de Vienne) que les adeptes de Hassan al-Banna ont implanté leurs tous premiers réseaux européens, au milieu des années 1960. Youssef Nada, le financier occulte de la Confrérie islamiste, y a implanté, en 1969, les premières usines (production de fromages et de produits laitiers !), de son empire industriel fondé avec le « trésor de guerre » de la Confrérie. Avant qu’il ne migre vers la Suisse voisine, pour y fonder la fameuse banque al-Taqwa.

Basée dans l’enclave italienne de Campione, en plein cœur du canton Suisse du Tessin, cette banque islamique a été épinglée par les enquêteurs américains, au lendemain des attaques du 11 septembre 2001. Accusée de financement du terrorisme, elle s’est empressée de se mettre en faillite. Ce qui a permis au « trésor de guerre » des Frères musulmans de s’envoler vers de nouvelles places financières.

De ce fait, la Grande Bretagne, qui accueille le commandement de du Tanzim al-Dawli [Organisation internationale] (Instance occulte qui fédère tous le mouvements liés aux Frères musulmans à travers le monde), s’est imposée comme le nouveau fief financier de la Confrérie en Europe.

En février 2017, Donald Trump menace d’inscrire l’organisation Internationale des Frères musulmans sur la liste noire des groupes terroristes. Prises de panique, les branches européennes de la Confrérie (dont l’ex-UOIF, la filiale tricolore des Frères musulmans), réunies à Istanbul, decident de changer de noms et annoncent solennellement leur « retrait » de l’Organisation internationale, dont l’existence même était niée jusque-là par les Frères musulmans !

L’argent étant le nerf de la guerre, les financiers de Confrérie islamiste ont discrètement initié des mouvements de fonds visant à sortir le « trésor de guerre » Frères-musulman de Grande Bretagne, pour parer à d’éventuels gels américains. Leur choix se porte, alors, sur l’Autriche et tout particulièrement Graz, où la Confrérie dispose de solides relais politiques et associatifs. Selon une note confidentielle citant des sources internes au sein Frères musulmans en Europe, il fut même envisagé, à un moment, de transférer le siège du Tanzim al-Dawli de la Grande Bretagne vers l’Autriche.

Cependant, les mouvements de fonds qui ont déferlé sur la capitale de la Styrie ne tardèrent pas à éveiller les soupçons des enquêteurs autrichiens. Et ce fut le point de départ d’un long bras de fer qui aboutira, deux ans plus tard, à l’interdiction de la Confrérie islamiste.

Sur ordre du procureur général de Graz et du Bureau de Protection de la Constitution de la Styrie, une vaste investigation est lancée : nom de code « opération Luxor ». Elle durera près de deux ans et s’étendra à quatre provinces (Styrie, Vienne, Carinthie et basse Autriche). Une soixantaine d’entités (associations, mosquées, clubs socio-culturels, commerces…etc) sont visées. Et au bout de 21 mille heures d’écoutes et 1,2 millions d’images de filature, le procureur décide de clore cette gigantesque enquête et dresse une liste de 70 personnalités frères-musulmanes soupçonnées de « liens avec une organisation terroriste, financement du terrorisme et blanchiment d’argent ». Une grande rafle est décidée. Elle devait avoir lieu au matin du 3 novembre 2020. Mais, la veille, Vienne est – comme par hasard – frappée par un attentat djihadiste !

L’information à propos de cette rafle fuite dans la presse. Et l’opinion voit aussitôt dans cette corrélation un lien de cause à effet. D’autant plus que le procureur général de Graz a révélé, dans la foulée, que son enquête avait permis de geler plus de 20 millions d’euros d’argent sale. Et qu’une « Ennemies List » de personnalités opposées à l’Islam politique a été saisie pendant les perquisitions !

Tant et si bien qu’au lendemain de l’attentat, le ministre de l’Intérieur, Karl Nehammer, promet de s’attaquer « aux racines de l’Islam politique ». Dans la foulée, la ministre de l’intégration, l’écologiste Susanne Raab, annonce la création d’un « Centre de documentation sur l’Islam politique » chargé de surveiller de près la mouvance Frères-musulmane. Et lorsqu’une nouvelle loi antiterroriste est déposée devant l’Assemblée du Peuple (parlement fédéral), le 16 décembre dernier, le chancelier autrichien Sebastian Kurz annonce que cette loi aura pour objectif d’« affirmer la volonté d’en découdre avec l’islam politique ».

En effet, au terme d’un long processus législatif, la nouvelle loi antiterroriste est adopté, jeudi 8 juillet. Elle offre aux autorités de plus larges prérogatives dans le domaine de la surveillance et du contrôle des milieux extrémistes. Mais sa disposition la plus forte est l’inscription des Frères musulmans sur la liste noire des « groupes extrémistes liés à la criminalité à motivation religieuse ».

Le nom de la Confrérie s’ajoute ainsi à quatre autres organisations islamistes inscrites sur cette liste noire, depuis novembre dernier : Daech, al-Qaida, le Hamas et l’aile armée du Hezbollah. L’aile politique du Hezbollah a ensuite été ajoutée, en mai dernier, à cette liste noire qui comporte aussi trois d’autres organisations de tendance nationaliste : le PKK kurde, les Loups Gris turcs (interdits aussi en France et en Allemagne) et le mouvement fasciste croate Ustasha.

Selon les dispositions de cette nouvelle loi antiterroriste, toute détention ou propagation de slogans ou de documents faisant l’apologie des groupes inscrits sur la liste noire sera puni d’une amende de 4.000€ et/ou d’une peine d’emprisonnement d’un mois. Et en cas de récidive, les condamnations pourront aller jusqu’à 10.000€ d’amende et six mois de prison.

Plus judicieuse que le simple fait de prononcer l’interdiction de groupes ou d’associations, qui se reconstituent aussitôt sous de nouveaux intitulés, cette stratégie autrichienne dite de « l’interdiction des symboles » s’avère très efficaces. Plus de 27 milles infractions ont été constatées, selon le ministre de l’intérieur Karl Nehammer, depuis sa mise en place, au lendemain de l’attentat de novembre 2020. Le fait de l’étendre aux Frères musulmans est le coup le plus dur jamais porté à la Confrérie en Europe.