L’épouse du cousin de l’émir du Qatar, condamné à 25 ans de prison, dénonce le régime



Pendant des mois le Qatar a nié que des membres de la famille régnante étaient emprisonnés. L’épouse du propre cousin de l’émir Tamim ben Hamad al-Thani vient de témoigner à Genève devant l’ONU.

Par Ian Hamel

L’émirat gazier a remis une pratique ancienne que l’on croyait oubliée, celle de punir toute la famille du condamné. Talal Abdulaziz al-Thani, né le 22 août 1968, est le cousin de l’émir. Il s’est marié en 2007 avec Asma Arian, une Allemande d’origine marocaine. Ils ont quatre enfants. Sur le passeport de Talal , sous la rubrique « occupation », il est précisé qu’il est « member of the ruling family ». On peut imaginer qu’il est immensément riche. Pourtant, il croupit dans une cellule depuis 2013 pour « dettes ». Un délit qui lui a valu l’année dernière une condamnation à vingt-cinq ans de prison. Son épouse, âgée de 38 ans, a profité d’une session du Conseil des droits de l’homme à l’ONU à Genève (du 6 au 17 mai 2019) pour dénoncer non seulement l’incarcération de son mari sans motif sérieux, mais aussi pour révéler qu’elle et ses quatre enfants ont aussi été réprimés.
Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés dans un baraquement insalubre, sans climatisation, à la périphérie de Doha. Sans moyen de locomotion pour emmener les enfants à l’école. Sans argent pour payer des avocats pour défendre son mari. Et surtout, sans les avantages dont bénéficient automatiquement tous ceux qui possèdent la nationalité qatarie. « Pendant cinq ans, on nous a tout refusé. On nous a humilié. Je n’ai pas eu d’autres choix que de m’enfuir du Qatar », explique-t-elle. L’année dernière, elle est parvenue à quitter le pays avec ses quatre enfants, pour rejoindre sa famille établie en Allemagne. « Mais je suis menacé et je vis sous la protection de la police allemande », assure-t-elle.
L’emprisonnement de Talal avait été révélé en octobre 2017 dans la presse internationale, mais Doha démentait avec la plus grande énergie. A cette époque, il n’y avait pas un mais une vingtaine de membres de la famille al-Thani emprisonnés. Leurs crimes ? Ne pas appartenir à la bonne branche des al-Thani. Le grand-père de Talal, Ahmad ben Ali al-Thani, père de l’indépendance, a été renversé en 1972 par son cousin Khalifa ben Hamed al-Thani, le grand-père de l’actuel émir. Depuis la rupture des relations diplomatiques entre le Qatar et ses voisins, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, et l’Égypte, l’émirat utilise n’importe quel prétexte (dettes ou trafic de drogue) pour embastiller ceux parmi les membres de la famille princière qui sont soupçonnés de pouvoir pactiser avec « l’ennemi ». Selon ses proches, la sanction extrêmement lourde prononcée à l’encontre du prince Talal se justifie, en réalité, par son hostilité au soutien des autorités qataries apportent au mouvement des Frères musulmans.
Le groupe de travail du Conseil des droits de l’homme en charge de l’examen périodique universel examinait la situation de 14 États, dont le Qatar, la République démocratique du Congo, la Corée du Nord, Brunei, la Guinée équatoriale. Des pays dont la démocratie n’est pas la principale caractéristique. Une nouvelle fois l’émirat a été épinglé concernant le traitement réservé aux travailleurs étrangers. Il lui a également été reproché de soutenir des médias qui propagent « la haine et la violence », et ,à mots couverts, de ne pas mettre beaucoup d’entrain pour combattre le terrorisme.