France : Covid et le virus communautariste !



atmane tazaghart (*)

C’est une toute petite fiche dans la jungle des recommandations administratives émises en France, à l’occasion du déconfinement, mais elle constitue un énorme pas dans la lutte contre le communautarisme. Ce document de trois pages émis par le ministère de l’éducation nationale, sous l’intitulé de « Coronavirus et risque de replis communautaristes », est d’une clairvoyance inédite, à la fois, sur la complexité du « spectre des idées radicales du communautarisme », sur les « techniques et manières de procéder » des différents « groupes radicaux » porteurs de projets « anti-démocratiques et antirépublicains » et sur les « conduites à tenir » pour contrecarrer les visées « séparatistes » de tels groupes, qu’ils soient « communautaires, autoritaires ou inégalitaires ».

 

De premier abord, le lien entre le Covid et le repli communautariste peut ne pas sembler évident. Mais, le document relève que « divers groupes radicaux exploitent cette situation dramatique dans le but de rallier à leur cause de nouveaux membres et de troubler l’ordre public ». Pour ce faire, les groupes en question tentent d’« exploiter la pandémie comme un présage apocalyptique » et d’« attiser les peurs », en qualifiant l’émergence du Covid-19 de
« châtiment envoyé par Dieu sur qui Il veut ». Ils veulent, ainsi, promouvoir une « satisfaction vengeresse », en exploitant les effets de ce désastre sanitaire « sur le mode coutumier de la vengeance », qui participe d’une « vision manichéenne du monde » opposant « les croyants et les impies ».

Pour parer à de telles desseins, le document recommande en premier lieu de déjouer le piège des « glissements sémantiques » entre « communauté » et « communautarisme ». Tout en rappelant que « les communautés en France sont anciennes et expriment le lien social » et que « l’appartenance à une communauté, voire à plusieurs communautés, est un lien positif, voire essentiel pour la construction de l’identité de la personne et le développement des valeurs de l’individu », il définit le communautarisme comme étant « une dérive opposée à l’idéal républicain, qui donne la primauté des règles du groupe sur la loi républicaine française universaliste et intégratrice » et qui constitue de ce fait « une menace pour la cohésion sociale ».

Bien entendu, « les discours et les signes de replis communautaristes », que le document appelle à identifier et à combattre à l’école, ne se limitent pas à la seule dimension islamiste. Le document recommande de « prendre en compte l’intégralité du spectre des idées radicales du communautarisme », en soulignant que la dérive communautariste peut être « ethnique, religieuse, culturelle, sociale, politique, mystique… »

Cependant, l’islamisme – qui est une dérive de l’islam, tout comme le communautarisme est une dérive de l’appartenance communautaire – tient la part du lion dans le tableau que le document dresse des « techniques et manières de procéder » des radicalités communautaristes : Engendrer volontairement des confusions et des antagonismes (islam/islamisme, communauté/communautarisme, identité/nationalité, religion/laïcité…) ; Exploiter la pandémie comme un présage apocalyptique ; Participer à une vision manichéenne du monde (les bons scientifiques et les mauvais, les croyants et les impies etc.) ; Critiquer tous les discours d’autorité, notamment scientifiques, et en même temps de s’en servir pour discréditer les discours qui sont hostiles à leurs thèses. Et, mère de toutes les batailles communautaristes, prôner « la primauté des règles du groupe [communauté] sur la loi républicaine ».

Or, les « groupes extrémistes » coupables de telles pratiques ne sont pas seulement les salafo-djihadistes qui prônent la violence et le clash des civilisations, mais aussi – et surtout – les prétendus « islamistes modérés », dont les Frères musulmans constituent la maison-mère. Car, tout en se revendiquant du pacifisme et du « juste milieu », ces derniers nourrissent le repli communautariste et usent de subterfuges victimaires pour distiller un « relativisme culturel », synonyme de la primauté de la communauté (des croyants) sur la République, de la loi d’Allah sur celle des Hommes.

 


Lire le document original du ministère français de l’éducation nationale


 

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est bien la première fois qu’un document officiel français envisage la radicalité islamiste autrement qu’à travers le spectre de la violence. Pour la première fois, à travers ce document du ministère de l’éducation nationale, le discours gouvernemental semble avoir intégré l’idée que l’extrémisme ne peut se définir par la seule et réductrice notion de la violence / non-violence. Que des courants se revendiquant du pacifisme doivent être perçus et traités comme des « groupes extrémistes », quand ils sont porteurs de « projet politique anti-démocratique et antirépublicain » ou de « contre-projets de société qui portent atteintes aux valeurs du pacte républicain ».

C’est une petite fiche pour l’éducation nationale, un grand pas pour la laïcité !