L’invraisemblable appel international en faveur de Tariq Ramadan !



Ian Hamel (*)

Une pétition signée par un peu plus d’une centaine d’intellectuels et d’activistes exige que la ministre française de la justice annule les mises en examen de Tariq Ramadan pour viols et révoque les magistrats en charge de son dossier. En d’autres termes, que le politique foule aux pieds l’indépendance de la justice !

Comment 35 Britanniques, présentés comme membres d’universités souvent prestigieuses, d’Oxford, de Bristol ou de Nottingham, ont-ils pu signer cet « Appel international à l’attention de Nicole Belloubet », publié sur un blog hébergé par Mediapart ? Dans cet appel, ils demandent à la ministre de la justice « l’arrêt immédiat du processus d’inculpation dans l’affaire Tariq Ramadan ». Non seulement la ministre doit virer séance tenante les trois juges d’instruction chargés de l’affaire depuis 2017, mais elle doit également se débarrasser de l’expert psychiatrique, le docteur Daniel Zagury, qualifié de « pro-sioniste » et qui s’opposerait « idéologiquement au professeur Ramadan ».

Comment faut-il qualifier un appel qui demande à un pays démocratique que son gouvernement intervienne pour bouleverser le cours de la justice ? Fort curieusement, les signataires sont souvent issus de pays occidentaux, à savoir, le Royaume-Uni, mais aussi les États-Unis (16  signataires), l’Italie (11), le Canada (3).

Le magazine Marianne ironise sur cette initiative lancée par le « fan-club » de Tariq Ramadan au moment du déconfinement. D’autant que l’appel n’a pu mobiliser que très peu de Français, comme François Burgat, un « chercheur » qui incite les musulmans de France au communautarisme, ou Houria Bouteldja, prêtresse de Parti des indigènes de la République, formation qui réunit moins d’une cinquantaine de militants. Face à cette pénurie hexagonale, il a fallu rajouter les noms de… footballeurs professionnels pour atteindre une petite dizaine de personnes ! À noter aussi que l’appel ne compte que trois Suisses, dont deux enseignants âgés de plus de quatre-vingts ans, et l’ancienne épouse de Bilal Ramadan, frère aîné de Tariq ! Tariq Ramadan est pourtant né en Suisse et sa famille vit à Genève. Enfin, il n’y a que deux Belges. Les trois pays francophones d’Europe ont-ils définitivement lâché le prédicateur ? Ce dernier a apparemment perdu deux de ses plus anciens compagnons de route, le Français Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, et Jean Ziegler, professeur de sociologie à l’université de Genève. De son côté, Edwy Plenel, même s’il ouvre son site à ce blog, le patron de Mediapart se garde bien d’apposer sa signature.

Pour sa part, le politologue Pierre-André Taguieff voit dans cet appel la « consécration académique du complotisme antisioniste ». N’a-t-il pas a été lancé par quelques figures des mouvances postcoloniales et décoloniales, des Américains, des Britanniques et des Français, qui considèrent que « l’islamophobie » a historiquement remplacé « l’antisémitisme » ? Tariq Ramadan n’étant, pour aux, que l’innocente victime du racisme frappant systématiquement les Arabo-musulmans en France.

Le petit-fils d’Hassan al-Banna, interdit de quitter l’Hexagone depuis sa sortie de prison en novembre 2018, sombre chaque jour un peu plus dans le complotisme. Dénonçant les « politiques sécuritaires », il écrit le 13 mai sur Twitter : « Des avions de 2001, visibles par toutes les télévisions du monde, au virus de 2020 partout invisible, voici venir la société bienheureuse de demain : on te prend ta liberté pour ta sécurité ».

Évoquer cette opération médiatique, n’est-ce pas, finalement, apporter beaucoup de publicité à un appel qui n’a été repris par aucun média sérieux, ni dans le monde francophone, ni dans les pays anglophones ? Son échec atteste de la perte d’audience, sans doute définitive, de Tariq Ramadan, qui était la plus médiatique des personnalités musulmanes en Occident depuis un quart de siècle.

Par ailleurs, cette pétition n’a recueilli que deux signatures dans le Maghreb (au Maroc) – aucune en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie – et deux encore au Qatar, où la famille de Tariq Ramadan était domiciliée encore récemment. Dont l’un se présente comme « journaliste, correspondant de guerre »… à Doha !

Reste à savoir si toutes ces personnalités, qualifiées « d’intellectuels et d’activistes de renommée internationale ») ont véritablement apporté leur caution à cet appel. Que valent les onze signatures obtenues en Malaisie ? Leurs auteurs sont-ils seulement au courant du contenu de l’appel ? A une autre époque, des personnalités comme Jean-Paul Sartre ou l’abbé Pierre signaient toutes les pétitions qu’on leur soumettait les yeux fermés. Il suffisait qu’elles parlent des droits de l’homme, de l’exploitation de l’homme par l’homme, du racisme ou du colonialisme, pour qu’ils approuvent, sans même lire les textes.