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La première fatwa contre les ‘‘Versets sataniques’’ ne venait pas de Khomeini !



Ian Hamel (*)

En septembre 1988, Jean-Claude Buhrer, grand reporter au journal Le Monde, est en déplacement en Inde, au moment de la publication par Salman Rushdie de son roman ‘‘Les Versets sataniques’’. « La réaction des chiites en Inde est immédiate. Ils lancent aussitôt une fatwa contre Salman Rushdie, réclamant sa mise à mort », se souvient le journaliste. Il appelle aussitôt son journal… qui décline sa proposition d’article. Vraisemblablement, l’importance du sujet a échappé sur le moment au grand quotidien parisien.

L’Inde sera le premier pays à interdire ‘‘Les Versets sataniques’’, bien avant les pays majoritairement musulmans : Pakistan, Arabie saoudite, Égypte, Bangladesh, Soudan, Somalie, Indonésie, Malaisie, Qatar. Ce n’est qu’en février 1989, soit cinq mois après sa parution, que l’ayatollah Khomeini, le guide suprême de la révolution iranienne, qualifiera le livre de Salman Rushdie de « blasphématoire » envers l’islam et accusera son auteur d’« apostasie ». Lançant contre lui une fatwa, il le condamnera à mort. Pour l’ayatollah Khomeini, il appartenait désormais à tout Musulman d’exécuter Salman Rushdie.Depuis, une récompense de plus de trois millions de dollars est promise à celui qui passera à l’acte.

Jean-Claude Buhrer, qui vit aujourd’hui à Lausanne, est un spécialiste de l’Amérique latine et de l’Asie. On lui doit notamment ‘‘Allende, un itinéraire sans détours’’ paru en 1974, ‘‘Aung San Suu Kyi. Un espoir foudroyé’’, édité en 2004, et ‘‘Tibet, Tibétains, un peuple, un regard’’ (2010), ouvrages écrits avec son épouse, Claude B. Levenson, aujourd’hui décédée.

Né à Bombay en 1947, au moment de l’indépendance de l’Inde, dans une famille musulmane laïque, Salman Rushdie, qui écrit essentiellement en anglais, était déjà un écrivain réputé en 1988, au moment de la publication des ‘‘Versets sataniques’’ Il n’a donc jamais voulu – comme le sous-entendent certains esprits malicieux –  mener une opération de communication pour faire le buzz à travers ce livre. On lui doit notamment ‘‘Les enfants de minuit’’, paru en sept ans auparavant, en 1981, qui a décroché le prestigieux Booker Prize, l’équivalant anglo-saxon du Goncourt.