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Festival de Cannes : l’hymne à l’engagement du président Lindon



Dans un discours poignant qui a marqué la cérémonie d’ouverture du 75ème festival de Cannes, l’acteur français Vincent Lindon, qui préside le jury de la compétition officielle, s’est illustré par une ode au cinéma engagé et citoyen qu’il a qualifié d’« arme d’émotion massive », dont la fonction est de « réveiller les consciences et bousculer les indifférences ».

Lindon qui a, maintes fois, ému la croisette à travers des films au souffle social et militant – de « La loi du marché, qui lui a valu le prix d’interprétation masculine (2015), à « En guerre » (2018) – a exhorté le cinéma à « porter haut et fort la parole des sans-voix », affirmant que « même si cela revient à écoper, avec un dé à coudre, la coque d’un navire qui se remplit par vagues, notre force c’est que nous y croyons, et que vos œuvres sont immortelles ».

Voici le verbatim intégral de ce discours qui restera, pour longtemps, dans les mémoires des festivaliers et amateurs de septième art.

« Ne devrait-on pas évoquer, depuis cette tribune, qui concentre pour un temps, tous les regards du monde, les tourments d’une planète qui saigne, qui souffre, qui étouffe et qui brûle dans l’indifférence des pouvoirs ? Oui, sans doute. Mais que dire, sinon, de neuf, ou au moins d’utile ?

C’est une question à laquelle tous les artistes ont été, sont, et seront confrontés. Doit-on user de sa notoriété, aussi modeste soit-elle, pour porter haut et fort la parole des sans-voix, ou, au contraire, refuser d’exprimer publiquement une position dans des domaines où nous n’avons ni légitimité, ni compétence particulière ?

mal à l’aise dans le confort et les privilèges, même si bien trop humain pour y renoncer, j’ai souvent pris le risque de parler haut, parfois naïvement, pour dénoncer des douleurs ressenties par d’autres, mais qui, si elles épargnaient mes chairs, torturaient ma conscience.

Le Festival International du Film de Cannes prolonge cette tradition séculaire. Né d’une volonté de lutte, contre un fascisme, qui avait dénaturé le cinéma européen, il n’a cessé d’accueillir, de protéger et de réunir les plus grands cinéastes de leur temps.

Ouvert sur toutes les cultures, n’exigeant rien d’autre que l’exigence, ses sélections ont retenu des films dont l’ambition ne se limitait pas seulement à remplir les salles.

C’est la fonction du Festival de Cannes. C’est sa gloire. C’est cette ligne inflexible, artistique et citoyenne, qui rend nécessaire, ce qui, sans cela, serait obscène : projeter des images radieuses en surimpression de celles abominables, qui nous parviennent d’une Ukraine héroïque et martyrisée, ou bien encore, ensevelir sous la mélodie du bonheur, les massacres silencieux qui s’abattent sur le Yémen, ou le Darfour.

Et enfin pour conclure, une question :

« Pouvons-nous faire autre chose, qu’utiliser le cinéma, cette arme d’émotion massive, pour réveiller les consciences et bousculer les indifférences ? »

Même si cela revient à écoper, avec un dé à coudre, la coque d’un navire qui se remplit par vagues, notre force c’est que nous y croyons, et que vos œuvres sont immortelles.

Même si parfois, quand l’actualité nous écrase et que le découragement me gagne, je me demande, si nous ne sommes pas en train de danser sur le Titanic…

Peut-être alors, si nous prêtions l’oreille, entendrions-nous, au milieu du vacarme des empires et des nations, comme un tendre et faible bruissement d’ailes, le doux murmure de la vie et de l’espoir.

Voici venu le temps des artistes, des cinéastes responsables, pour nous porter, pour nourrir notre imaginaire, et nous aider, à nous répéter en nous même, chaque fois que nous le pourrons, en hommage à tous ceux qui souffrent et qui se battent dans le monde : être vivant et le savoir. »