Festival de Cannes 2026

‘‘Hope’’ du Coréen Na Hong-jin : allégorie philosophique, aliens et humour burlesque !

Atmane Tazaghart
Atmane Tazaghart

Dix ans après l’impressionnant ‘‘The Wailing’’, le cinéaste sud-coréen Na Hong-jin signe avec ‘‘Hope’’ un retour spectaculaire qui s’impose déjà comme l’un des événements majeurs du Festival de Cannes. Présenté en compétition officielle, le film confirme l’ambition internationale du réalisateur tout en prolongeant son univers si singulier, à la frontière du thriller psychologique, du fantastique et de l’horreur métaphysique. Mais cette fois, Na Hong-jin pousse encore plus loin son cinéma, en y injectant une dimension de science-fiction cosmique et une étonnante dose d’humour noir.

L’intrigue se déroule dans une petite ville côtière baptisée ‘‘Hope Harbor’’, située près de la zone démilitarisée entre les deux Corées. Tout commence par une apparition mystérieuse que les habitants prennent d’abord pour un tigre sauvage. Peu à peu, le récit bascule vers une forme de cauchemar existentiel où la peur collective se transforme en menace incompréhensible. Tandis que policiers et habitants tentent de percer le mystère, le film glisse progressivement vers une confrontation avec l’inconnu, mêlant suspense paranoïaque, horreur viscérale et science-fiction apocalyptique.

Ce qui frappe immédiatement dans ‘‘Hope’’, c’est son ambition démesurée. Na Hong-jin ne se contente pas de reproduire les codes du cinéma de genre coréen : il cherche à les dépasser. Le film assume pleinement une esthétique du chaos, de la violence et du grotesque, tout en conservant une profondeur philosophique sur la peur humaine face à l’inexplicable. Derrière les créatures inquiétantes et les scènes de tension extrême, ‘‘Hope’’ parle aussi d’isolement, d’effondrement social et de la fragilité des communautés humaines confrontées à une catastrophe qui les dépasse.

Visuellement, le réalisateur retrouve ce qui faisait déjà la force de ‘‘The Wailing’’ : une maîtrise exceptionnelle du rythme et de la montée de tension. Mais ‘‘Hope’’ introduit également une dimension cosmique nouvelle, presque lovecraftienne, qui donne au film une ampleur rarement vue dans le cinéma coréen contemporain.

L’autre surprise du film réside dans son casting international. Aux côtés des grandes figures du cinéma coréen comme Hwang Jung-min, Zo In-sung et Jung Ho-yeon, apparaissent Michael Fassbender, Alicia Vikander et Taylor Russell. Ce mélange entre acteurs asiatiques et stars hollywoodiennes donne au film une portée mondiale évidente et traduit la volonté de ses producteurs de faire de ‘‘Hope’’ une œuvre capable de franchir définitivement les frontières du cinéma de genre asiatique.

Le ton du film est également plus complexe qu’il n’y paraît. Car malgré sa noirceur, ‘‘Hope’’ laisse régulièrement surgir une forme d’humour absurde et de décalage qui évoque parfois le cinéma des frères Coen. Na Hong-jin joue constamment avec les ruptures de ton : une scène de terreur peut soudain déboucher sur une séquence burlesque, avant de replonger dans l’angoisse pure. Cette capacité à mélanger les registres sans perdre la cohérence du récit constitue sans doute l’une des grandes réussites du film.

La présence de ‘‘Hope’’ en compétition officielle possède aussi une portée symbolique importante. Il s’agit de l’un des rares films de pur cinéma de genre à intégrer la sélection cannoise, signe du prestige croissant de la production sud-coréenne depuis les succès internationaux de ‘‘Parasite’’ ou ‘‘Decision to Leave’’. Déjà décrit par plusieurs critiques comme « l’un des films les plus attendus de 2026 », Hope bénéficie en outre du budget le plus important de l’histoire du cinéma coréen, preuve supplémentaire de l’ambition exceptionnelle du projet.

Au-delà de son probable succès commercial international, ‘‘Hope’’ apparaît surtout comme une œuvre appelée à marquer cette édition du Festival de Cannes. Car c’est un film-monstre au sens noble du terme : spectaculaire, inquiétant, déstabilisant, et profondément contemporain. Par son audace formelle, sa puissance visuelle et son mélange vertigineux des genres, le film de Na Hong-jin pourrait bien repartir avec l’une des récompenses majeures : du prix du scénario ? du prix du jury ? ou davantage encore ?