fbpx
 
 

 

Nous sommes tous des survivants de la Shoah



atmane tazaghart (*)

Lorsque j’ai découvert, au début de l’été 2019, les témoignages des survivants de la Shoah recueillis par l’ami Jean-Marie Montali, pour les besoins de son livre Nous sommes la voix des morts (Le Cherche-midi, octobre 2020), j’étais en train de lire un texte inédit d’Hannah Arendt, qui venait d’être publié, dans l’excellente collection About & Around, aux éditions Allia.

Intitulé Nous autres réfugiés, ce texte a paru, pour la première fois, en janvier 1943, dans The Menorah Journal, à New York. Paradoxalement, il fallait attendre janvier 2019, pour le voir enfin traduit et publié en France.

Et la découverte – même 76 ans plus tard – de ce texte dense et poignant, édifiant de courage et de lucidité, jette un éclairage sans nul pareil sur les portraits de rescapés des camps de concentration, à travers lesquels Nous sommes la voix des morts a réussi l’exploit de décrire l’indicible et de nommer, avec une sobriété toute singulière, l’horreur absolue qu’est la Shoah.

Lire des extraits exclusifs du livre

Le récit d’Hannah Arendt sur les réfugiés Juifs allemands date de plus de deux ans avant la libération des camps, tandis que les témoignages des survivants de la Shoah recueillis par Jean-Marie Montali venaient célébrer le 75ème anniversaire de cette libération. Pourtant, Nous autres réfugiés fait écho à « l’optimisme forcené » qui caractérise ces témoignages de rescapés des camps, même si leur pudeur et leur sobriété bienveillante cachent un « pessimisme muet » qui les pousse le plus souvent à « éviter toute allusion aux camps de concentration ou d’internement qu’ils ont connus ».

Non pas qu’ils ont envie d’« oublier », comme le leur ont recommandé « les conseils avisés prodigués par [leurs] sauveurs », mais parce qu’« en affichant leur optimisme, ils tentent en vain de garder la tête hors de l’eau », devenant ainsi « des personnes hantées par une idée fixe et qui ne peuvent s’empêcher de tout tenter pour masquer une stigmate imaginaire ».

Il y a 77 ans, Hannah Arendt expliquait la chape de plomb qui s’était abattue sur les survivants de la Shoah par le fait que « personne n’aime entendre parler de tout cela », car les récits des rescapés des camps d’extermination nazis apportaient la preuve que « l’enfer n’est plus une croyance religieuse ou un fantasme, mais quelque chose d’aussi réel qu’une maison, une pierre ou un arbre ».

Aujourd’hui, bien au contraire, Nous sommes la voix des morts nous apporte la preuve que l’entretien de la douloureuse mémoire de la Shoah est le seul rempart pour se prémunir de la résurgence de cet enfer-là.

À la lecture de ces témoignages, qui peut résister à l’envie exprimée par Jean-Marie Montali de serrer dans ses bras les corps fragiles de ces rescapés des camps ? Et plus que jamais, tout humaniste se doit de clamer haut et fort : Nous sommes tous des survivants de la Shoah !