Abdelhakim Belhaj : ex-djihadiste, futur proconsul turc en Libye !



De tous les chefs des milices qui se disputent le pouvoir en Libye, depuis la chute de Kadhafi, Abdelhakim Belhaj est le plus controversé. Né en 1966, dans le quartier populaire de Souk al-Joumâa, à Tripoli, il rejoint, à 22 ans, les rangs des moudjahidines arabes en Afghanistan, où il fonde avec d’autres djihadistes, parmi ses compatriotes, le Groupe Islamique Combattant Libyen (GICL).

A la fin de guerre anti soviétique, le GICL décide de retourner en Libye, avec pour objectif de renverser la dictature de Kadhafi. Mais, la tentative d’assassinat qu’il fomente, en 1994, ne parvient qu’à blesser légèrement le « Guide ». Et le Groupe, retranché dans ses fiefs de Benghazi et de Derna, est réprimé dans le sang.

Belhaj parvient à prendre la fuite vers le Soudan, où il renoue avec Oussama Ben Laden, connu jadis lors du djihad anti soviétique. Devenu l’émir en chef du GICL, sous le nom de guerre d’Abdellah Saddek, Belhaj décide de s’allier à al-Qaida. Ce qui le conduit à suivre l’organisation Ben Laden, lorsqu’elle quitte le Soudan vers l’Afghanistan, en 1996.

Disparu des radars après les attaques du 11 septembre 2001, la CIA retrouve sa trace en Malaisie, en 2004. Arrêté, il est secrètement remis au Régime de Kadhafi, qui l’incarcère à la prison d’Abou Slim, où il rejoint plusieurs centaines des ses ex-compagnons du GICL.

En 2009, une médiation en sa faveur est menée par les Frères musulmans. L’imam Ali al-Sellabi, chef de file des Frères musulmans libyens, et le cheikh Youssef al-Qaradaoui, figure emblématique du « Bureau mondial » de la Confrérie et prédicateur vedette de la chaîne qatarie al-Jazeera, parviennent à convaincre Saif al-Islam Kadhafi de libérer Abdelhakim Belhaj et ses compagnons djihadistes, suite à la publication par ses derniers d’une longue missive de 417 pages dans laquelle ils reniaient l’idéologie djihadiste et affirmaient renoncer à la violence.

Deux ans plus tard, Belhaj reprend les armes. En mai 2011, il rejoint la rébellion anti Kadhafi, à la tête de la « brigade du 17 février ». En aout, il s’empare de la capitale, suite à la fuite de Kadhafi, et s’autoproclame commandant du « Conseil militaire de Tripoli ». Il installe, alors, son quartier général au sein de l’aéroport militaire de Maâitiga. Et règne sur la capitale libyenne en seigneur de guerre incontesté.

Très vite, il montre un appétit insoupçonné pour l’affairisme. Tant et si bien qu’à peine une année plus tard, à l’automne 2012, son nom figure sur la liste des libyens les plus riches de l’ère post Kadhafi et sa fortune est estimée à plus de 2 milliards de dollars !

Un an plus tard, il fonde sa compagnie aérienne al-Ajniha (les ailes) et instaure un monopole de fait sur les vols vers la capitale libyenne : l’aéroport de Maâitiga, qu’il contrôle, est devenu le seul aéroport opérationnel, depuis la destruction de l’aéroport international de Tripoli.

En janvier 2019, Belhaj a fini par être rattrapé par la justice. Un rapport parlementaire britannique pointe son implication dans le trafic de migrants. Et le procureur de la république libyenne, Siddiq al-Sour, lance à son encontre un mandant d’amener pour « exactions et crimes de guerre ».

Acculé, Belhaj décide, alors, de s’installer à Istanbul. On le croit, un moment, définitivement reconverti dans les affaires. Mais, il ne tarda pas à refaire parler de lui, en décembre 2019, lorsque le président truc, Recep Tayyip Erdogan, décide d’intervenir militairement en Libye. Belhaj met à la disposition du gouvernement turc quatre avions de sa compagnie al-Ajniha et installe un pont aérien entre Istanbul et l’aéroport de Maâitiga, resté sous le contrôle de ses hommes. Ce qui a permis aux turcs de transférer vers Tripoli plus de 6000 djihadistes en provenance Syrie.

Ce faisant, Belhaj n’a pas seulement renoué, une nouvelle fois, avec le djihadisme. Dans le grand dessein d’Erdogan visant à ressusciter le califat ottoman, l’ancien chef du GICL se rêve désormais en proconsul turc de la libye !

5 dates :  

– 1988 : Il fonde le Groupe Islamique Combattant Libyen, affilié ensuite à al-Qaida.

– 2004 : Arrêté par la CIA en Malaisie, il est remis au Régime de Kadhafi.

– 2011 : À la tête de la « brigade du 17 février », il s’empare de la capitale libyenne et s’autoproclame commandant du « Conseil militaire de Tripoli ».

– 2012 : Sa fortune est estimée à plus de 2 milliards de dollars.

– 2019 : Installé à Istanbul, il met à la disposition du gouvernement turc quatre avions de sa compagnie aérienne al-Ajniha, pour transférer vers Tripoli plus de 6000 djihadistes syriens.