USA : Les sept défis mondiaux de l’après Trump



Christian Malard (*)

Après quatre années de Trumpisme, avec leur cortège de tweets à répétition, de foucades, d’imprévisibilités, d’incohérences, le nouveau Président américain devrait s’appeler Hercule Biden, tant les dossiers qu’il a hérité de Donald Trump, en matière de politique internationale, sont autant de défis colossaux à relever. Ces dossiers ont pour noms : Iran, Russie, Turquie, Chine, Corée du Nord, Afghanistan, conflit israélo-palestinien…

1- IRAN

Ce sera un dossier d’autant plus difficile à traiter que les Iraniens et les Américains ont des visées opposées, d’où leurs discours antagonistes qui confinent au blocage. Joe Biden pourra, au mieux, dire aux Iraniens : Nous revenons dans l’accord de Juillet 2015, mais à la condition que vous reveniez au strict respect de vos engagements. Mais on peut douter que cela suffise. Car les Iraniens, maîtres du chantage, exigent désormais la « levée de toutes les sanctions Américaines, avant toute reprise des discussions ». Ce qui sera difficilement acceptable pour les États-Unis.

Les Iraniens veulent faire payer le prix fort aux Américains. Ils ne leur pardonnent pas d’être sortis de l’accord, en mai 2018. Et pour le surplus, ils refusent de satisfaire à l’exigence non seulement américaine, mais aussi européenne, d’associer toute négociation d’un nouvel accord à l‘arrêt de leur programme de missiles balistiques et leur politique expansionniste au Moyen Orient.

Les ultra-conservateurs, liés au Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, qui détiennent pratiquement tous les leviers du pouvoir, mènent la danse et sont hostiles à l’option d’un simple retour à la case départ de l’accord de Vienne.

La suite sera sans doute inquiétante, car les Iraniens vont profiter du blocage actuel pour accélérer leur programme nucléaire, en enrichissant l’uranium à 20% et en produisant davantage d’uranium métal, qui est une composante indispensable pour l’arme nucléaire. Ils viennent d’ailleurs de poursuivre leur violation de l’accord de mai 2019, en reconnaissant, selon l’AIEA, avoir produit en un mois 17 Kg d’uranium enrichi à 20% et, sans doute, iront-ils jusqu’à remettre en cause les inspections de l’AIEA.

Le comble de la duplicité a été atteint, récemment, lorsque le ministre des Affaires Étrangères Iranien, Mohammad Javad Zarif, a déclaré que « l’Iran a respecté, jusqu’alors, l’accord sur le nucléaire » Antony Blinken, le nouveau Secrétaire d’État Américain, n’est pas dupe. Il a raison de déclarer que « l’Iran a cessé de respecter ses engagements sur plusieurs fronts et que s’il accepte de revenir dans les clous, il faudra du temps pour vérifier qu’il respecte ses obligations ».

On est donc loin de l’apaisement ! Les difficultés vont, au contraire, s’accroitre, car l’Iran est soutenu, économiquement et militairement, par les deux grandes puissances que sont la Russie et la Chine, qui viennent de signer avec l’Iran un partenariat stratégique d’une portée de 25 années. De quoi amener Joe Biden à durcir le ton à l’encontre de Vladimir Poutine, envers lequel Donald Trump affichait, bizarrement, une bienveillance aveugle.

2- RUSSIE 

Vladimir Poutine a pu profiter, de l’amateurisme de Donald Trump, en matière de politique étrangère, pour l’influencer, voire le manipuler. Avec Joe Biden, le ton va changer.

Tout en se déclarant prêt, comme Vladimir Poutine, à prolonger, pour 5 ans, le traité START sur la réduction de leurs arsenaux nucléaires respectifs, Joe Biden a mis le doigt sur les sujets qui fâchent : les ingérences russes dans les élections présidentielles américaines de 2016 et 2020, le traitement infligé au principal opposant russe, Alexeï Navalny, le possible financement russe aux Taliban afghans pour les inciter à tuer des soldats américains.

Bref, lorsque Vladimir Poutine déclare que lui-même et Joe Biden prendront leurs responsabilités pour maintenir la sécurité et la stabilité du monde, ce sont de belles paroles. Il faut, à présent, passer aux actes pour éviter toute confrontation.

3- TURQUIE

La Turquie, qui est le flanc sud de l’OTAN, pose un sérieux problème, en raison de la duplicité d’Erdogan, qui consiste à vouloir avoir un pied dans l’alliance transatlantique et un autre chez Vladimir Poutine.

Avec le départ de Donald Trump, Erdogan perd un allié de poids qu’il savait influencer, manipuler, comme le faisait Vladimir Poutine. Avec Joe Biden, les rapports seront plus frontaux, même si le Président Américain n’oublie pas que l’armée turque est la deuxième plus grande armée, après celle des États-Unis, au sein de l’OTAN. Et que l’Amérique dispose, sur le sol turc, de plusieurs centaines de missiles à têtes nucléaires.

Le nouveau président va tout de même devoir remettre les pendules à l’heure et demander à Erdogan de clarifier sa position. D’autant plus que les Européens, marqués par les quatre années de l’Administration Trump, additionnées aux déconvenues de l’ère Obama, cherchent de plus en plus a développer une « autonome stratégique » européennes, tout en renforçant l’Otan face à la Russie et la Chine.

4- CHINE

La Chine et son timonier de fer, XI Jin Ping, inquiètent Joe Biden. Ils sont assoiffés de pouvoir et ont d’évidentes velléités hégémoniques. La Chine veut devenir la première économie mondiale et supplanter les États-Unis, première puissance mondiale, depuis la fin du 19ème siècle.

Pékin est en train de conquérir l’Asie et l’Afrique, grâce à son projet de « Nouvelle Route de la Soie ». Un projet qui lui permet aussi de s’implanter en Europe, en venant en aide à des économies chancelantes, comme celles de la Grèce et de l’Italie.

XI Jin Ping martèle, clairement, ses intentions : « Je veux jeter les bases d’un avenir où nous gagnerons l’initiative et aurons la position dominante. » Le Président Chinois peut se vanter, aujourd’hui, d’être à la tête du seul pays à avoir, en pleine pandémie, un taux de croissance de 4,9%. Il multiplie les accords pour doper son influence et sa croissance. En novembre 2020, il a signé le plus vaste accord de libre-échange au monde, avec 24 pays de la région pacifique. Et en décembre, il a signé avec l’Union Européenne un accord de principe pour des investissements gigantesques. Aujourd’hui, il met en garde Joe Biden contre une nouvelle guerre froide et fait tout pour l’empêcher de ressouder, à nouveau, les Occidentaux contre la Chine.

Il n’est pas étonnant, dans un tel contexte, que le nouveau Secrétaire d’État Américain affiche ses ambitions de « revigorer les alliances malmenées par Donald Trump, pour contrer les menaces posées par la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord ».

5- CORÉE DU NORD

En Corée du Nord, Kim Jung-un est déterminé à hausser le ton, affichant une posture plus agressive vis-à-vis des États-Unis, qu’il considère comme son plus grand ennemi.

Ni son économie chaotique, ni la pandémie, ni les sanctions internationales ne semblent affecter son acharnement à développer sa force de dissuasion nucléaire. Le nouveau missile qui sera testé prochainement, d’une portée de 3.200 kms, serait capable d’atteindre Guam et la Mer du Japon.

Un test, d’une telle portée, violerait les résolutions des Nations Unies et serait d’autant plus inquiétant qu’il pourrait être le prélude au lancement d’un missile balistique intercontinental capable d’atteindre n’importe quelle partie des États-Unis.

Pour l’instant, Kim Jung-un s’est imposé un moratoire sur l’utilisation de ce type de missiles, mais il pourrait y mettre fin à tout moment, en cas d’escalade. Kim Jung-un n’a sûrement pas oublié que, durant sa campagne électorale, Joe Biden l’a traité de « vermine ». Il faut donc s’attendre à des provocations et à des tensions entre les deux hommes, durant les mois à venir.

Pour éviter une telle crise, Joe Biden pourrait adoptera, à l’encontre de la Corée du nord, la doctrine dite de « la patience stratégique », chère à Barack Obama, même si cette doctrine n’a pas été couronnée de succès.

6- AFGHANISTAN

En Afghanistan, les Américains pourraient commettre leur erreur stratégique majeure, en matière de politique internationale, en y retirant leurs 2.500 soldats présents sur place. Joe Biden veut réexaminer l’accord signé avec les Taliban, par Donald Trump, en février 2020, après 19 ans de guerre, qui prévoit le retrait total des forces américaines, d’ici mai 2021.

Ce retrait total s’effectuerait, en échange de l’engagement des Taliban à ne pas laisser les groupes terroristes, comme al-Qaida et Daech, agir contre les intérêts occidentaux, depuis les zones qu’ils contrôlent. Autant dire que cela relève du vœu pieux, voire de l’irresponsabilité, quand on sait que le retour au pouvoir des Taliban sera synonyme d’un retour à l’obscurantisme le plus moyenâgeux .

7- CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN

Sur ce dossier épineux, il conviendra de voir si Biden parviendra à se démarquera de la politique de son prédécesseur. Et comment réagira-t-il à la proposition de la Russie, exprimée par son ministre des Affaires Étrangères, Sergueï Lavrov, d’organiser une Conférence Internationale, à laquelle prendront part la Russie, les États-Unis, l’ONU, l’Union Européenne, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn et l’Arabie saoudite, qui prônent tous une solution à deux États, israélien et palestinien. Sauf que c’est précisément tout ce dont ne veut pas entendre parler le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou !

* Expert en politique internationale et consultant diplomatique.