Fashion Week de Paris

Pierpaolo Piccioli embrasse le passé chez Balenciaga

Par Asma Ramdani
Par Asma Ramdani

Entre mémoire et modernité, Pierpaolo Piccioli signe chez Balenciaga une première collection qui réconcilie les contraires : l’héritage architectural de Cristóbal, la provocation de Demna, et sa propre vision d’un romantisme apaisé. Dans le silence feutré d’un défilé parisien, le couturier italien offre à la maison un nouveau cœur battant, entre rigueur et tendresse.

Paris, 4 octobre 2025. Ce soir-là, la lumière de l’automne parisien s’est reflétée sur les verrières du siège de Kering, comme pour annoncer une renaissance. Dans le silence suspendu d’une salle pleine de visages célèbres — Anne Hathaway, Meghan Markle, Isabelle Huppert — Pierpaolo Piccioli a signé ses débuts chez Balenciaga, en offrant un défilé où la mémoire se mêle à la modernité, et où chaque couture semblait raconter une histoire de transmission.

« Je veux embrasser le passé », a-t-il confié d’une voix posée, les yeux encore pleins d’émotion après le show. Ce passé, il ne le revisite pas pour le figer, mais pour le faire respirer. Il y a chez Piccioli cette conscience rare du temps, celle d’un créateur qui ne cherche pas à effacer, mais à continuer.

Son Balenciaga n’est ni rupture ni répétition. C’est un dialogue entre les fantômes de Cristóbal, les audaces de Demna et sa propre vision d’un romantisme discipliné. Les silhouettes, taillées dans la précision architecturale chère au fondateur, avançaient comme des sculptures en mouvement : jupes boules, robes bustier dorées, épaules nettes et volumes calculés. Puis, soudain, un blouson en cuir oversize ou une chemise blanche libéraient l’allure — comme un rappel que la mode ne vit que dans le frottement des contraires.

La palette, d’un noir et blanc souverain, s’illuminait parfois d’un éclat de rouge ou d’un jaune soleil, échos du langage chromatique qu’il avait perfectionné chez Valentino. La sensualité, chez lui, n’est jamais criarde : elle est lumineuse, presque pudique, comme un murmure entre deux temps.

Un héritage apprivoisé

À 58 ans, après un quart de siècle passé à redessiner les contours de la féminité chez Valentino, Pierpaolo Piccioli aborde Balenciaga avec le calme de ceux qui savent que l’élégance est une conversation, pas une provocation.

Face à l’héritage tumultueux de Demna, ce créateur géorgien qui a fait de la laideur un manifeste et du scandale un outil, Piccioli choisit la nuance. Sa mode n’est pas une réaction mais une respiration. Elle recuse l’ironie pour renouer avec la dignité du vêtement, avec cette façon presque méditative d’habiller le corps sans l’enfermer. « Je ne veux pas nier ce qui était là avant moi », dit-il. Ses mots pourraient servir de manifeste à une époque pressée de rompre sans comprendre.

Le silence dans une maison de vacarme

Chez Balenciaga, tout a longtemps été affaire de gestes radicaux, de campagnes provocatrices, de déconstruction et de chaos visuel. Piccioli, lui, arrive comme un contrepoint poétique. Il ne crie pas. Il répare. Là où Demna faisait exploser les codes, Pierpaolo les recoud patiemment, fil après fil. Son entrée marque peut-être la fin du fracas et le début d’une ère nouvelle : celle d’une mode qui ose être calme — une rareté, presque un luxe en soi.

Dans un moment où le luxe traverse des turbulences économiques, ce défilé semblait envoyer un message discret mais fort : la vraie modernité n’est pas dans le cri, mais dans la cohérence.

Et si la prochaine révolution de la mode était, justement, un retour à la douceur ?

Pierpaolo Piccioli, en embrassant le passé, rappelle que l’avenir de la couture n’est pas dans la rupture, mais dans la mémoire habitée — celle qui, à travers les étoffes et les ombres, continue de battre, comme ce cœur qu’on entendait sur la bande son accompagnant son le défilé.

Un battement pour dire : la maison Balenciaga respire à nouveau.