Sous la verrière mythique du Grand Palais métamorphosée en une galaxie d’étoiles et de songes, le créateur franco-belge Matthieu Blazy a écrit un nouveau chapitre dans l’histoire de Chanel. Pour sa première collection à la tête de la maison, présentée lors de la Fashion Week parisienne, il a offert un défilé tout en contraste — entre héritage et audace, entre la mémoire de Gabrielle Chanel et l’élan effervescent de la modernité.
Dialogue entre passé et présent
Tel un astre maîtrisant à la perfection la lumière et l’ombre, Blazy a réinventé les codes fondateurs de la maison, ces talismans presque sacrés dans l’imaginaire de la mode : le tweed, le camélia, la perle, et ces lignes masculines empreintes d’une féminité rigoureuse.
Le résultat : une garde-robe qui conjugue discipline et liberté. Vestes courtes sur pantalons amples à taille basse, jupes fendues d’un trait discret, chemises fluides mariées à des jupes spectaculaires en plumes — une véritable ode textile à l’esprit de Coco Chanel, entre grâce intemporelle et souffle contemporain.
Un renouveau porté par une vision jeune
Avant le défilé, Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel, confiait : « Blazy a continué de jouer avec les codes de la maison, mais il leur a offert la liberté dont nous avions besoin. » Une liberté que le créateur a incarnée avec brio. En déconstruisant les classiques, il a su en extraire une énergie neuve : tweed effiloché, couleurs franches dominées par le rouge, et une bande-son électrisante, mêlant The Corrs, MC Solaar et le générique nostalgique de Dawson’s Creek.
Dans la salle, l’émotion était palpable : avant même que Blazy ne paraisse, le public s’est levé pour saluer, d’un seul élan, cette première collection qui semblait déjà marquer un tournant.
Un premier rang constellé d’étoiles
Sous la lumière des projecteurs, le premier rang brillait comme une constellation : Nicole Kidman, nouvelle égérie de la maison, côtoyait Madonna, Penélope Cruz et Pedro Pascal. Une scène à l’image de ce que Blazy veut exprimer — Chanel comme un astre gravitant au centre de la galaxie mode, toujours lumineuse, toujours désirée.
Depuis le départ de Virginie Viard à l’été 2024, la question demeurait : vers où voguerait Chanel ? La réponse de Blazy, tout en élégance, tient en une promesse : avancer, sans renier son âme.
De Bruxelles à Paris, itinéraire d’un créateur discret
Formé à La Cambre, l’école de mode bruxelloise, et complice de longue date de Raf Simons, Matthieu Blazy a façonné son univers entre Margiela, Céline et Calvin Klein, avant de trouver sa pleine maturité chez Bottega Veneta. Là, il transforma le cuir en une matière poétique, en mouvement, sensuelle et sculpturale. Sa philosophie créative se résume à une idée subtile : l’élégance ne se copie pas — elle se redécouvre, à chaque collection.
Chanel, entre héritage et défi
Dans un contexte économique délicat – une baisse de 28 % du bénéfice net en 2024 -, la nomination de Blazy apparaît comme un pari sur l’avenir. Alors que l’industrie du luxe traverse vents contraires et mutations, Chanel continue de rayonner, guidée par un créateur qui conjugue respect du passé et regard vers l’infini.
Avec ce premier défilé, Matthieu Blazy signe plus qu’une collection : il ouvre une ère nouvelle. Avec pour objectif de faire de Chanel une maison fidèle à ses racines, mais désormais ouverte à l’immensité de sa propre galaxie.




