Cannes Film Festival 2026

‘‘Garance’’ de Jeanne Herry : l’alcool, un ami qui ne vous veut pas du bien !

Atmane Tazaghart
Atmane Tazaghart

Dans une édition du Festival de Cannes où le cinéma semble souvent chercher l’éclat visuel et les grandes démonstrations de mise en scène, ‘‘Garance’’, le nouveau film de la réalisatrice française Jeanne Herry, choisit le chemin inverse. Celui de l’intime, du silence et de la fragilité humaine.

Présenté en compétition officielle, le film s’impose moins comme un drame sur l’addiction que comme le portrait mélancolique d’une génération épuisée par ses propres excès.

Sur le tapis rouge, Adèle Exarchopoulos portait déjà dans son regard quelque chose de cette fatigue intérieure qui traverse tout le film. Depuis ‘‘La Vie d’Adèle’’, Palme d’or en 2013, l’actrice possède cette capacité rare à faire du corps un langage émotionnel. Dans ‘‘Garance’’, elle incarne une jeune comédienne parisienne dont la vie se délite lentement au fil des années, entre alcool, relations affectives instables et angoisse permanente de l’échec.

Mais le film de Jeanne Herry ne cherche jamais le spectaculaire. Ici, l’addiction n’est ni romancée ni transformée en mécanique dramatique excessive. Elle est diffuse, presque quotidienne, comme une ombre qui accompagne chaque déplacement du personnage. La réalisatrice filme cette dérive avec une sobriété remarquable. Sa caméra s’approche de Garance comme le ferait un ami impuissant, conscient que les mots ne suffisent plus à sauver quelqu’un.

Le Paris de ‘‘Garance’’ est loin des fantasmes romantiques du cinéma classique. La ville devient un espace froid, pressé, fragmenté, où les êtres se croisent sans vraiment se rencontrer. Les soirées s’enchaînent, les appartements paraissent temporaires, les histoires d’amour se consument avant même d’avoir commencé. Même le milieu artistique apparaît comme un territoire précaire, où le jeu d’acteur devient parfois un masque supplémentaire pour dissimuler la fatigue intérieure.

Le film suit huit années de la vie de son ‘‘héroïne’’, comme une chronique lente de l’effondrement intime d’une jeunesse qui se consume sous couvert de liberté. Jeanne Herry signe ainsi une œuvre profondément générationnelle : celle d’une France urbaine où la réussite sociale, la pression professionnelle et la solitude émotionnelle fabriquent des individus de plus en plus vulnérables.

Le choix du prénom ‘‘Garance’’ n’a évidemment rien d’anodin. Impossible de ne pas penser à la mythique héroïne des Enfants du paradis de Marcel Carné. Mais là où le cinéma classique faisait de Garance une figure mystérieuse et insaisissable, Jeanne Herry transforme son personnage en femme contemporaine cherchant simplement à survivre à elle-même. Une héroïne moins idéalisée, plus fragile, plus humaine.

La grande force du film repose sur l’interprétation d’Adèle Exarchopoulos. Ses regards épuisés, ses éclats de rire nerveux, ses silences du matin dans une lumière parisienne glacée : tout participe à créer une vérité émotionnelle saisissante. Même lorsque le scénario s’affaiblit légèrement dans sa dernière partie, notamment en simplifiant parfois le parcours de reconstruction du personnage, l’actrice maintient intacte la puissance émotionnelle du récit. Une performance qui pourrait bien la placer parmi les favorites pour le prix d’interprétation féminine.

Sans être le film le plus spectaculaire de cette édition cannoise, ‘‘Garance’’ est sans doute l’un des plus sensibles. Un film qui préfère murmurer plutôt que démontrer, et qui laisse derrière lui cette tristesse discrète que seuls les films profondément sincères savent provoquer.