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Pakistan : l’ambassadeur de France va-t-il être expulsé avant le 20 avril ?



Roland Jacquard (*)

Les relations diplomatiques entre la France et le Pakistan sont probablement au plus bas, Marc Barety, ambassadeur de France à Islamabad, étant confronté à de graves menaces de sécurité, à la suite de la demande d’expulsion de l’ambassadeur formulée par le parti politique islamiste radical Tehreek-e-Labbaik Pakistan. Le parti islamiste a refusé de revenir sur l’ultimatum qu’il a lancé au gouvernement pakistanais, arguant que la France avait insulté le Prophète et commis ainsi un blasphème, un péché qui ne peut être pardonné. Le Tehreek a soumis deux autres exigences au gouvernement pakistanais, à savoir la rupture des liens diplomatiques avec la France et le boycott des produits français.

Pour compliquer encore les choses, le 22 février, le président pakistanais Arif Alvi, s’adressant à un public international, dont l’ambassadeur de l’UE au Pakistan, a exhorté les dirigeants politiques français à « ne pas inscrire dans la loi des attitudes discriminatoires à l’égard des musulmans » et a prévenu que cela aurait de graves répercussions prenant la forme de haine et de conflits. « Vous [la France] devez rassembler les gens et ne pas étiqueter une religion d’une certaine manière pour créer de la discorde et des préjugés ». La déclaration d’Alvi faisait référence au récent projet de loi contre le séparatisme adopté par l’Assemblée nationale française.

Les commentaires du président pakistanais ont suscité une vive réaction du ministère français des affaires étrangères, qui a convoqué le chargé d’affaires du Pakistan à son ambassade à Paris. Le ministère des affaires étrangères a exprimé sa surprise et sa réprobation à l’égard des remarques d’Alvi et a précisé que le projet de loi français ne comportait aucune disposition discriminatoire et était guidé par les principes fondamentaux relatifs à la liberté d’opinion et de conscience.

Le président Alvi n’est pas le premier dignitaire pakistanais à commenter le nouveau projet de loi français. Plus tôt, la ministre pakistanaise des droits de l’Homme, Shireen Mazari, avait attaqué personnellement le président français Emmanuel Macron en déclarant sur Twitter : « Macron fait aux musulmans ce que les nazis ont fait aux juifs : les enfants musulmans recevront des numéros d’identité (les autres enfants n’en recevront pas), tout comme les juifs ont été forcés de porter l’étoile jaune sur leurs vêtements pour être identifiés ». À la suite des pressions diplomatiques exercées par la France, Shireen Mazari a supprimé son tweet, mais l’incident a entaché les relations bilatérales.

Cependant, il est peu probable que cette polémique soit la dernière dont nous entendons parler. Après les menaces du Tehreek-e-Labbaik Pakistan de relancer les manifestations nationales au Pakistan si leur demande d’expulsion de l’ambassadeur français n’était pas ordonnée par le gouvernement d’Imran Khan, ce dernier a gagné du temps en promettant de soumettre cette question au Parlement du pays avant le 20 avril. Il serait intéressant de voir comment le Parlement pakistanais traitera cette question. En octobre 2020, l’Assemblée nationale du Pakistan avait adopté à l’unanimité une résolution condamnant la publication de « caricatures blasphématoires » en France et la « résurgence d’actes islamophobes » dans certains pays. Alors que la grande majorité de la population du Pakistan tombe rapidement sous l’emprise de l’idéologie islamiste radicale, une fois la question soumise au vote du parlement, il sera difficile pour les élus de ce pays à dominante sunnite d’ignorer le ressentiment populaire.

Bien que l’issue de ce vote soit incertaine, ce qui est certain, c’est la montée de la haine envers la France au sein de la population pakistanaise. Et ce sentiment est alimenté par les groupes islamistes radicaux. Traditionnellement, la France et le Pakistan entretiennent des relations bilatérales chaleureuses qui couvrent tous les aspects de la coopération, de l’art et de la culture à la défense. Par conséquent, cette soudaine animosité pakistanaise a pris les responsables français par surprise, certains espérant même naïvement qu’il s’agit d’une phase passagère.

Cependant, ceux qui observent l’infiltration de ce radicalisme islamique profondément enraciné dans la société pakistanaise, encouragé par une propagande d’État selon laquelle le pays est le premier gardien de l’islam, ne manqueront pas de mesurer l’émergence du Pakistan comme l’un des épicentres les plus actifs de l’extrémisme islamique dans le monde. Il serait donc prudent pour le gouvernement français de revoir sa politique à l’égard du Pakistan et d’actualiser son évaluation de la menace provenant de cette partie du monde.

* Écrivain et consultant, président du Roland Jacquard Global Security Consulting (RJGSC).